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GÉNOMIQUE ET INFORMATIQUE : L'impact sur les thérapies et sur l'industrie pharmaceutique
SERUSCLAT (Franck)
RAPPORT 20 (1999-2000) - OFFICE PARLEMENTAIRE D'EVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
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Table des matières
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N° 1871 |
N° 20 | ||
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Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale |
Annexe au procès-verbal de la séance du | ||
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le 15 octobre 1999 |
14 octobre 1999 | ||
OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION
DES CHOIX
SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
RAPPORT
sur
GÉNOMIQUE ET
INFORMATIQUE : L'IMPACT SUR LES THÉRAPIES
ET SUR L'INDUSTRIE
PHARMACEUTIQUE
par
M. Franck SÉRUSCLAT,
Sénateur.
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Déposé sur le Bureau de l'Assemblée nationale |
Déposé sur le Bureau du Sénat |
Recherche - Biologie- Génétique - Médicaments - Santé.
INTRODUCTIONINTRODUCTION
I. STRUCTURE DU RAPPORTI. STRUCTURE DU
RAPPORT
À l'évidence, nous assistons à un bouleversement des moyens
utilisés pour guérir les hommes malades et non seulement les soigner.
Chaque jour, la presse, spécialisée ou non, fait état des recherches et de leurs
résultats prévisibles ; la presse spécialisée en confirme la plupart tout
en restant prudente dans ses audaces.
L'Office parlementaire
d'évaluation des choix scientifiques et technologiques a adopté un rapport
destiné à faire le point sur les enjeux, déjà perceptibles ou prévisibles, de
cette rencontre entre l'informatique et la génomique.
Ce rapport,
réalisé à partir d'informations recueillies en France comme aux États-Unis,
nourri de la lecture de la presse spécialisée et de la consultation d'une
documentation scientifique comprend deux parties :
La première
partie décrit la véritable RÉVOLUTION SCIENTIFIQUE qui bouleverse
depuis quelques années le domaine de la santé.
De façon aussi précise et
détaillée que le permettent les informations recueillies, sont présentées en
deux chapitres :
- LES CONNAISSANCES ET LES TECHNIQUES
ENTIÈREMENT NOUVELLESrécemment maîtrisées :
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La génomique : |
Étude des génomes des organismes, en particulier de l'ensemble des gènes et de leur disposition sur les chromosomes ; |
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La bio-informatique : |
Combinaison de l'informatique et de la biologie, qui permet de déchiffrer les génomes et d'analyser l'information génétique ; |
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Les biopuces : |
Supports issus de la micro-électronique classique, mais sur lesquels sont fixés des fragments d'ADN permettant d'analyser d'autres brins d'ADN ; |
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La chimie combinatoire et le criblage à haut débit : |
Synthèse par combinaison chimique de très nombreuses molécules constituant des candidats-médicaments et tri rapide de ces molécules en fonction de leur action sur les cibles que constituent, par exemple, les protéines. |
- LEURS MULTIPLES APPLICATIONS :
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L'utilisation pour la recherche pharmaceutique de cibles issues de la génomique : |
Chaque gène code pour une protéine ; la déficience ou l'excès de protéine est à l'origine de nombreuses pathologies. L'utilisation des protéines identifiées grâce à la génomique, permet de mieux orienter la recherche pharmaceutique ; |
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La thérapie génique : |
Réparation d'un gène ou apport in situ d'un gène fonctionnel ; |
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Les nouveaux vaccins : |
Nouvelles techniques d'immunothérapie ; vaccins à base d'ADN ; vaccins traditionnels découverts grâce à la connaissance du génome des bactéries ; |
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La pharmacogénomique : |
Adaptation des traitements aux malades en fonction de leur profil génétique ; |
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Le diagnostic moléculaire : |
Tests ciblant le patrimoine génétique et permettant de détecter les maladies infectieuses ou génétiques ; |
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Les protéines thérapeutiques : |
L'utilisation des techniques du génie génétique pour la production de protéines par des bactéries ou des levures et, plus récemment par des animaux génétiquement modifiés. |
La deuxième partie présente les NOUVEAUX CHOIX À
FAIRE EN FRANCE, pour bénéficier de cette révolution scientifique, dans
trois domaine :
LA RECHERCHE, ses STRUCTURES et ses
ORIENTATIONS fondamentales, notamment vers la protéomique(étude des
protéines) ;
L'INDUSTRIE, les ACTIONS EN FAVEUR DES JEUNES
ENTREPRISES DE BIOTECHNOLOGIE, les BIOPÔLES ainsi que le problème des
BREVETS ;
LA SOCIÉTÉ, avec les deux aspects spécifiques de
la FORMATION PROFESSIONNELLE et de la MÉDECINE PRÉDICTIVE (étude génétique des
prédispositions à certaines pathologies).
La conclusion propose
une série de recommandations pour profiter de la révolution génomique et en
maîtriser les conséquences.
II. PROPOS LIMINAIRES : GÉNOMIQUE
INTIMEII. PROPOS LIMINAIRES : GÉNOMIQUE
INTIME
Je tiens avant tout à remercier M. Jacques
DANGOUMAU, professeur des universités, praticien hospitalier, pharmacologue
et M. Yves CHAMPEY, président de la Fondation Rhône-Poulenc Rorer,
qui ont bien voulu constituer, pour m'assister dans l'élaboration de ce rapport,
un comité de pilotage dont les conseils m'ont été infiniment précieux.
Dès le début de la préparation de ce rapport, et la rédaction de l'étude de
faisabilité préalable, j'ai découvert combien avaient progressé les
connaissances sur la nature intime de l'être humain. Les scientifiques sont
arrivés à identifier, ou vont y parvenir, la composition du génome humain et,
bientôt, ils n'hésiteront pas à le prendre comme matrice de médicaments
spécifiques, en feront une méthode thérapeutique ordinaire adaptée à une maladie
pour un malade personnalisé. Décrypter ces données nouvelles est indispensable,
l'objectif du rapport étant de mettre à la portée de chacun des informations
claires sur des sujets complexes.
" L'élucidation de la
structure de la double hélice de l'ADN, la découverte de l'ARN messager, le
déchiffrement du code génétique, le décryptage de la mécanique de la synthèse
protéique, la compréhension des grands principes de la régulation des gènes sont
des morceaux d'anthologie, désormais classiques [...]. L'étude approfondie des
systèmes n'a cessé de progresser, appuyée par une impressionnante avancée des
méthodes et des techniques. La plus spectaculaire a été sans doute l'avènement
du génie génétique qui a offert aux biologistes une méthode quasi-générale pour
isoler et purifier des gènes spécifiques, donc de les analyser et les manipuler
à des fins cognitives ou productrices [...]. Dotée de concepts et d'outils
performants, la recherche peut, au niveau moléculaire, aborder la confondante
diversité du vivant [...] (en découvrant en même temps) l'homogénéité
moléculaire du vivant qui contraste avec la grande diversité des formes [...]. À
peine repère-t-on, sur quelques organismes très différents un trait marquant,
que l'on peut formuler une loi générale s'appliquant à l'ensemble ou à des
sous-ensembles du monde vivant [...]. Un biologiste moléculaire, aujourd'hui,
raisonne et se documente de façon quasiment indifférente sur des données
obtenues chez des bactéries, des levures, la mouche du vinaigre, l'oursin, la
torpille, le crapaud, le poulet, le lapin, la souris ou l'homme [...]. Jamais
peut-être l'impact de découvertes fondamentales dans ses applications n'a été si
rapide [...]1(*).
L'origine de la vie, son évolution font étonnement, certes ; les
causes n'en sont, cependant, plus ignorées et des connaissances scientifiques et
techniques peuvent prendre place dans des débats philosophiques ou théologiques.
La vie des êtres humains, des végétaux comme des animaux, est portée par
les mêmes substances chimiques, substances que l'homme sait synthétiser dans ses
cornues : l'ADN, deux bases puriques, deux pyrimidiques, 24 acides
aminés, c'est tout. Avec des milliards de combinaisons, l'homme ne reproduit que
des être humains, tous différents entre eux, noirs, jaunes, métis, blancs, avec
des yeux bridés ou non, hommes grands ou petits, plus ou moins bancals, beaux ou
vilains, mais toujours, et seulement, des êtres à visages, corps et
comportements humains. Végétaux et animaux gênèrent des millions de différences,
de l'arbre immense au pissenlit à la fleur d'une délicatesse surprenante, dans
le règne végétal, de l'éléphant au virus du SIDA dans le règne animal.
Les plus fins détails de l'organisation du génome humain se sont précisés. Les
milliards de nos cellules sont, avec des fonctions précises, réparties dans
tous nos organes, peau et muscles, coeur, foie, cerveau, rein, pancréas, etc.
Ces cellules, sauf celles qui nagent dans le sang, ont des ponts entre elles
pour être maintenues en place ; dans le noyau de chacune d'entre elles est
pelotonné l'ADN avec ses bases puriques et pyrimidiques organisées selon la
séquence née de la fusion des patrimoines parentaux. Chacune de ces cellules
pourrait intervenir dans la naissance et la vie de n'importe quel organe, mais
chacune d'elle est limitée au rôle nécessaire pour l'organe où elle se trouve
logée ; celles qui sont dans le tissu musculaire ne fourniront pas du tissu
cérébral, cardiaque, ou rénal, etc. Le détail de l'intervention de l'ARN
messager, la présence de verrous répressifs ne laissant s'exprimer que la
séquence nécessaire d'ADN ne sont pas encore parfaitement connus.
L'objectif des scientifiques est d'acquérir la connaissance intime de ces
mécanismes et leurs maîtrises ; un jour, ils construiront l'homme à leur
manière pour créer " leur meilleur des mondes ". Fol espoir !
Terrible inquiétude !
Dégager les conséquences du recours au génome
comme matière pour des " médicaments génétiques " conduit à se
demander si l'homme ne serait qu'une étonnante " machine " faite de
moteurs chimiques pour penser, créer, imaginer, aimer ou détester, caresser,
torturer, tuer ou protéger, enchanter ou effrayer... La vie ne serait-elle plus
ce " miracle " impressionnant tant Menuhin (" Je suis né avec
un héritage qui date de milliers d'années. L'enfant est l'incarnation de vies
antérieures ; on croît qu'il est nouveau-né, mais il est le miracle d'une
vie qui n'a pas été interrompue depuis l'origine de l'homme "). Vie de
l'homme, vie des animaux, vie des plantes, toutes ont les mêmes éléments pour
accomplir les actes les plus essentiels comme les plus subtils de la vie à la
mort. Chaque seconde, fraction de seconde, fraction de fraction de seconde, nos
comportements les plus secrets, les plus ordinaires comme les plus compliqués en
seraient-ils dépendants ? La chimie supplanterait-elle toutes les autres
hypothèses ? Rendrait-elle caduc ce qui était légende ou mystère ?
Les premiers éléments réunis pour l'élaboration de ce rapport ont mis en
lumière une fulgurante évolution démultipliée par le développement parallèle
des moyens informatiques mis à la disposition de la recherche, et celui des
connaissances de la structure intime de l'être humain.
Génomique, chimie
combinatoire, informatique, thérapie génique, sont des mots qui aujourd'hui
enthousiasment les uns, inquiètent les autres, font naître des espérances ou des
inquiétudes ; jusqu'où l'homme va-t-il oser aller, sans risques
majeurs ? Quelles chances, quels risques pour l'espèce humaine au moment
où il disposera des clefs de son évolution dès avant la naissance, jusqu'à la
fin de la vie ?
Pour en bien comprendre les rôles respectifs des
composantes de ce génome humain, il m'a été utile d'en faire un recensement
explicatif.
Chaque cellule humaine a un noyau et un cytoplasme, sauf les
globules rouges.
Chaque cellule contient dans son noyau les
46 chromosomes porteurs des facteurs déterminant de l'hérédité
Le chromosome : Au début du XIXe siècle, l'examen
microscopique de cellules animales et végétales traitées par certains colorants
révéla la présence dans leurs noyaux de corps colorés qu'on appela chromosomes,
du grec khrôma,couleur, et soma, corps.
Chaque chromosome
est porteur de nombreux gènes originaux mais il n'a pas de fonction propre pour
autant. Il n'y a pas un gène qui soit porteur d'une finalité type par exemple
" yeux bleus ". C'est la conjugaison des gènes de plusieurs
chromosomes qui permettra que ce caractère héréditaire apparaisse.
Ceci
est vrai pour tous les chromosomes, sauf les chromosomes sexuels.
Chaque
chromosome n'a pas de spécificité par lui-même, sauf sa forme.
Le
composant principal des chromosomes est l'ADN (acide désoxyribonucléique) qui
possède une structure en double hélice lui permettant de stocker et de
transmettre une information génétique " À n'en pas douter,
l'élucidation de la structure de l'ADN marque une étape majeure dans la
compréhension du vivant et ouvre pour la recherche une nouvelle ère : celle
de la biologie moléculaire du gène. Ce dernier, support de l'hérédité, vient en
effet de trouver sa nature... "2(*).
Cette découverte, le 25 avril 1953, par CRICK et WATSON fut saluée par
les plus brillants biologistes du monde et par Salvador DALI :
" Aujourd'hui, les dernières découvertes de la science nous prouvent que
les lois de Dieu sont celles de l'hérédité contenue dans l'acide
désoxyribonucléique, ADN, et que l'acide ribonucléique, ARN, n'est que le
messager chargé de transmettre le code génétique, qui est le legi intimus
des deux acides en question formant ici l'échelle de Jacob de CRICK et
WATSON "3(*).
Cette première découverte n'était, pourtant, pas suffisante pour
connaître et comprendre le mécanisme intime de la transmission de l'information
génétique.
Il a fallu que SANGER, prix Nobel en 1958, interprète le rôle
des protéines à partir des premiers travaux de BANTING et BEST en 1922 sur
l'insuline, première protéine isolée à l'état pur, composée de 177 acides
aminés ; il démontra que ces acides aminés n'étaient pas dans un ordre
aléatoire mais en séquence bien déterminée et, si une seule erreur intervient
dans cet agencement, l'insuline perd ses propriétés. Il en conclut que ces
protéines étaient de grosses molécules chimiquement définies.
Ce sont,
enfin, les travaux de J. MONOD, F. JACOB et A. WOLF, prix Nobel
en 1965, qui ont permis de percer les mystères du mécanisme de la régulation
génétique au niveau de la cellule : on leur doit la découverte de l'ARN
messager ainsi que celle des étapes de la participation des acides aminés à la
constitution des protéines du vivant, qu'il s'agisse des être humains, des
animaux, des bactéries, des microbes mais aussi des plantes : pour tous
ADN, ARN messager, protéines et acides aminés, en des quantités totalement
différentes, sont les supports de la transmission de tous leurs caractères,
jusque dans leurs moindres détails. Cet ADN est localisé dans le noyau des
cellules et sert de matrice pour la synthèse des différents types d'acide
ribonucléique, ou ARN, par le processus de transcription. Il est le support de
la transmission héréditaire.
La molécule d'ADN est une molécule codée
que l'on peut considérer comme un " mot " formé de plusieurs millions
de lettres écrites avec un alphabet réduit de 4 lettres : A, C, G et T
(adénine, cytosine, guanine et thymine). L'ordre dans lequel sont placés ces 4
constituants s'appelle une information codée.
Le génome
est composé de tous les chromosomes d'un organisme vivant, humain, animal
vertébré ou non, plante..., donc de tous les gênes qu'il contient, sans qu'il y
ait de mélange.
La double hélice est constituée par le génome, donc par
tous les chromosomes , donc par tous les gènes. Mais cette double hélice n'a pas
pour autant un contenu physique unique ; elle est faite des
46 chromosomes restant individualisés : elle est faite de
46 fragments.
Le gène est la portion d'un chromosome
qui commande l'expression d'un caractère héréditaire précis : c'est un tout
petit fragment du chromosome Y qui détermine le sexe ; si ce petit fragment
est présent dans la cellule oeuf, il entraîne la " fabrication " d'un
garçon ; s'il est absent, d'une fille... La précision de leur localisation,
permet d'établir, peu à peu, les cartes génétiques.
Chaque gène est
constitué par une séquence de 4 bases allant toujours deux à deux :
adénine et thymine , bases puriques, et guanine et cytosine, bases pyramidiques.
On évalue à environ 80 000 à 100 000 le nombre de gènes.
Dans
le cytoplasme sont produits et assemblés une vingtaine d'acides
aminésdéterminant la constitution des caractéristiques
génétiques ; On distingue des :
- acides aminés
essentiels apportés par l'alimentation et que l'individu ne peut synthétiser
- acides aminés ordinaires synthétisés par les cellules.
Ces acides aminés seront ordonnés (= mis en ordre) par l'ARN messager qui, sous
la dictée de l'ADN, aura copié cet ordonnancement. Pour cela, l'ARN messager,
avec sa copie, quitte le noyau, met en ordre les acides aminés contenus dans le
cytoplasme selon les directives recopiées sur le fragment d'ADN dont il est le
correspondant.
Ainsi se construisent les protéines utiles :
- les unes aux formes de la cellule (ce sont des briques de
construction) ;
- les autres aux fonctions assurées par les
cellules.
L'altération, l'absence d'un des éléments ou d'un ensemble
d'entre eux peuvent être à l'origine de maladies. La découverte de la cause
génétique d'une maladie, sauf dans le cas où celle-ci serait ou paraîtrait être
due à un seul gène, est particulièrement difficile, tant le nombre de facteurs
est élevé.
40 mille milliards de cellules (peau, muscles, nerfs...)
contiennent, chacune dans leur noyau, 23 paires de chromosomes. Ces
23 paires sont enfermées dans un zygote totipotent et omnipotent, cellule
initiale née du mariage entre le spermatozoïde du père et l'ovule de la
mère ; celui-ci contient toutes les instructions nécessaires à notre
création puis survie.
Chaque chromosome est un long filament d'acide
désoxyribonucléique (ADN). Cette molécule est un serpentin à deux bandes formées
d'une longue suite d'unités fondamentales, les minuscules nucléotides, eux-mêmes
constitués de trois molécules : un phosphate, un sucre et une base.
Phosphates et sucres forment le serpentin qui s'enroule pour former une double
hélice. Les bases, associées deux à deux, forment des petits liens
perpendiculaires aux deux bandes comme les barreaux d'une échelle torsadée.
La totalité de notre matériel génétique est constituée par quelques trois
milliards de ces barreaux sur ces minces filaments d'un millième de millimètre
d'épaisseur.
Les quatre bases (adénine, cytosine, guanine, thymine,
désignés par leurs initiales A, C, G, T), sont disposées, par paires, en
vis-à-vis, sur chacune des deux bandes, selon une règle immuable :
l'adénine est toujours associée à la thymine (A-T) et la cytosine à la guanine
(C-G). À chaque gène correspond une information génétique définie par le nombre
et l'ordre de succession des paires de bases au sein du gène ; le nombre de
paires de bases sur ces gènes peut aller de 800 à plus d'un million par gène.
Les lettres A, C, G, T, peuvent être considérés comme quatre notes pour
écrire la partition de la vie. La lecture de cette partition se traduit par la
fabrication de protéines (ou d'enzyme, protéine ayant une fonction d'un type
précis, catalytique) toutes constituées d'une chaîne d'acides aminés qui, au
départ, nagent dans la cellule ; ils sont alignés dans un ordre bien
déterminé et caractéristique de la protéine en question. Chaque assemblage de
bases puriques correspond à un acide aminé particulier : le codon CGA code
pour l'acide aminé alanine, le triolet CCA pour la proline...
Dans la
cellule, ces opérations sont dirigées par un organite appelé ribosome : il
déchiffre un assemblage de bases puriques et ordonne à l'ARN messager d'aller
chercher l'acide aminé correspondant ; il lit un assemblage suivant, fait
chercher l'acide aminé pour le faire accrocher au précédent, jusqu'à lire le
dernier de la phrase ; ce gène est limité à ses deux extrémités par deux
triolets caractéristiques, au début ATG qui code pour l'acide aminé
méthionine ; à la fin, le triolet " dit non sens ", TAA, ne
correspond à aucun acide aminé : il ferme le gène.
La molécule
d'ADN mesure 1,80 m de long pour 2 millièmes de millimètre
d'épaisseur ; elle se pelotonne dans un espace de quelques micromètres.
Pour une compréhension plus facile de la fonction de chacun des
composants, génome, chromosome, gène, base purique, acide aminé, protéine, le
recours à des images plus familières peut être utile.
Comparaison avec une bibliothèque et des livres :
Le génome, enfermé dans le noyau, ressemble à une
bibliothèque avec 2 fois 23 rangées de livres édités, les uns par la
mère, les autres par le père ; la confrontation de ces deux éditions d'un
même texte (la vie humaine) est à l'origine de la diversité humaine. Chaque
édition a des petites différences, des petites erreurs dont le mélange, au fil
des générations et des mariages, aboutit à créer nos particularité. Seul l'ADN
mitochondrial échappe à cette règle. Chaque rangée correspond à un chromosome
constitué d'ADN et porteur de caractères héréditaires spécifiques à ce
chromosome;ces livres ne peuvent pas quitter cette bibliothèque
sans le secours de l'ARN messager ; celui-ci prend une copie d'une partie
de livre et la transfère dans le cytoplasme ; les acides aminés, nageant
dans ce cytoplasme sont comparables à des briques ; ils sont assemblés
selon un plan porté par l'ARN messager ; celui-ci transfère des plans ou
fragments de plans exprimés en combinaison des 4 bases puriques entre
elles.
On peut comparer cette combinaison à un code comme le sont le
morse ou un langage ; ce code sert à ordonnancer les acides aminés
considérés comme des briques capables de construire des protéines adaptées aux
multiples fonctions nécessaires à la vie.
III. PROPOS INTRODUCTIFSIII. PROPOS INTRODUCTIFS
Pendant des
siècles et des siècles, faisant référence à Hippocrate et Esculape, médecins et
apothicaires ont fait usage de plantes et de produits d'origine animale pour
tenter d'adoucir les symptômes de maladies et la souffrance des malades. En ces
débuts, la thériaque était une mixture complexe ayant vocation de médicament à
effets généralistes et, surtout, antidote des poisons les plus divers ; peu
à peu, des onguents, des pommades, des sirops, des extraits et autres formes
galéniques ont pris place dans les prescriptions médicales ; puis les
Diafoirus, tant moqués et décriés par Molière, ont usé et abusé de la saignée et
du lavement.
La notion de " principes actifs " et leur
extraction datent du début du XIXe siècle. Nombreux d'entre eux ont été
isolés des végétaux, tels les alcaloïdes (morphine en 1805, strychnine et
quinine en 1818 et 1920, puis cocaïne, codéine...) et les hétérosides
(digitaline cristallisée). En 1889, année de l'exposition universelle à Paris,
la recherche industrielle a fait ses premiers pas et a abouti à la découverte
des antiseptiques, des digitaliques et des antirhumatismaux.
En 1907, le
médecin allemand, P. EHRLICH, en découvrant les arsenicaux de synthèse
efficaces contre la syphilis et la maladie du sommeil, a donné naissance à la
chimiothérapie. Celle-ci a pris son essor rapidement, permettant la
découverte d'antiparasitaires, de barbituriques, d'antipaludéens et de
sulfamides.
Pendant la seconde guerre mondiale, l'ère des antibiotiques
a commencé avec la préparation à grande échelle de la pénicilline, puis la mise
au point de la streptomycine et des tétracyclines.
Sont ensuite apparus
les psychotropes (phénothiazine, benzodiazépine), les antituberculeux
(isoniazide) les corticoïdes (prednissone) et, vers les années soixante-dix, les
médicaments cardio-vasculaires modernes (bêtabloquants).
Tous ces
médicament ont permis d'élargir considérablement la palette des possibilités
thérapeutique, sans toutefois répondre complètement aux exigences déjà
exprimées par Pierre LAROUSSE dans son Grand Dictionnaire Universel du
XIXe siècle :
" La vraie classification des
médicaments reposera sur la connaissance de leurs effets précis et bien
déterminés. Elle doit être établie, non d'après les symptômes de guérison qu'il
font apparaître dans les diverses maladies, mais sur la nature des modifications
qu'ils déterminent dans tel ou tel tissu malade.Chaque tissu malade a
son médicament , comme chaque tissu sain a son poison ".
Nous assistons actuellement à la naissance de ces médicaments :
certains seront administrés comme leurs prédécesseurs mais atteindront des
cibles très précises, d'autres seront de nature très différente, par exemple
dans le domaine de la thérapie génique.
Cette rupture a pour origine la
rencontre entre l'informatique et la génomique. Elle va bouleverser les modes de
production et d'administration des substances thérapeutiques, avoir des
répercussions considérables .
Voilà que depuis quelques
20 ans, l'homme découvre sa composition intime, son génome.
Il
devient maintenant capable d'avoir la connaissance des rôles et des effets de
l'ADN, des gènes des protéines, des allèles comme des microsatellites, de
préciser quelle est la responsabilité de chacun de ses composants dans la
quasi-totalité des maladies qui ont, donc, une cause cernable : une
faiblesse ou une absence génétique ; voilà aussi qu'il peut les remettre en
état de bon fonctionnement.
La connaissance des gènes provoque un
bouleversement des connaissances et des comportements en médecine courante, dans
l'industrie pharmaceutique, comme dans toutes les activités qui gravitent autour
de la vie et de la maladie des hommes.
Il apprend même la
" dualité " des gènes, celui de la prédisposition à la longévité étant
également, par exemple, celui de la prédisposition à l'infarctus du myocarde
précoce...
Il commence à connaître la composition des protéines
codées par les gènes, à déterminer les conséquences pathologiques de l'excès ou
du déficit de production protéinique ; il peut essayer d'enrayer les
maladies en agissant sur leur cause c'est-à-dire en régulant le niveau
d'expression des protéines.
Cette véritable Révolution
scientifique prélude à de Nouveaux choix à faire.
POUR LES TERMES TECHNIQUES,
UN GLOSSAIRE EST
CONSULTABLE EN FIN DE RAPPORT
Elles sont apparues dans les domaines de la génomique, la bio-informatique, les biopuces et la chimie combinatoire associée au criblage à haut débit.
1.1.1. LA GÉNOMIQUE :
1.1.1.1. Définition et procédés
La génomique :
C'est l'étude exhaustive des génomes et en particulier de
l'ensemble des gènes, de leur disposition sur les chromosomes, de leur séquence,
de leur fonction et de leur rôle.
Le génome des organismes vivants est
l'ensemble de leur matériel génétique. Il assure le fonctionnement des cellules
et la transmission des caractères héréditaires au cours des générations. Il est
constitué de molécules d'acides nucléiques (ADN), enchaînements d'unités
élémentaires, les nucléotides. Les nucléotides sont constitués d'un sucre, d'un
phosphate, et d'un élément variable, la base, qui peut être l'adénine, la
guanine, la cytosine ou la thymine. Les gènes, c'est-à-dire les parties d'ADN
porteuses d'une information génétique, ne constituent qu'une partie du génome.
Les génomes des organismes vivants ont des tailles considérables allant
d'une centaine de millions à des milliards de nucléotides. Le génome humain, par
exemple, est composé d'environ 3 milliards de bases. L'étude d'un génome
passe donc par des opérations de cartographie puis de séquençage ainsi que par
l'interprétation des séquences.
La cartographie physique :
C'est le positionnement de repères sur le génome.
On
commence par couper l'ADN en grands fragments. Les grands fragments clonés de
cette collection sont ensuite ordonnés (cartographiés) les uns par rapport aux
autres, au moyen de points de repère (courtes séquences d'ADN) qui servent de
balises identifiant les grands fragments. Lorsque plusieurs fragments ont une
balise en commun, on en conclut qu'ils ont une partie d'ADN en commun. On dit
que les fragments sont partiellement recouvrants ou chevauchants.
En
analysant l'ensemble des fragments d'ADN en fonction de leur contenu en balises,
on peut reconstituer l'enchaînement des balises et des fragments d'ADN, tels
qu'ils existent dans la molécule d'ADN de départ.
La reconstitution de
la molécule d'ADN de départ sous la forme d'un ensemble de fragments
chevauchants constitue la carte physique. C'est à partir de cette carte que sera
choisi l'ensemble minimal de fragments assurant la couverture complète du génome
à séquencer.
Le séquençage :
Pour connaître les " instructions " que renferme un
fragment d'ADN, on lit la succession des bases puriques et pyrimidiques (A, T,
G, C)4(*)de
l'enchaînement. Cette lecture est appelée séquençage.
Un fragment
d'ADN à séquencer est constitué de l'enchaînement de centaines d'exemplaires de
nucléotides dans un ordre défini. Séquencer une telle molécule, c'est déterminer
cet ordre.
Le principe utilisé consiste à réaliser, à partir d'un point
fixe, des copies partielles de la molécule, interrompues au hasard. On
synthétise toutes les copies intermédiaires possibles à partir du point fixe.
Puis on les sépare selon leur taille par une migration électrophorétique
dans un gel poreux. Ces gels permettent de séparer deux intermédiaires
consécutifs qui ont une différence de taille d'un seul nucléotide. Si l'on peut
identifier le nucléotide du point d'interruption sur chacune de ces copies
partielles, de la plus petite à la plus grande, il devient possible de
reconstituer la succession des nucléotides tout au long de la copie.
Dans la pratique, pour identifier les nucléotides terminaux, l'ADN à
séquencer est recopié à l'aide d'un composé chimique qui provoquera
l'interruption au hasard, mais systématiquement à la suite d'un seul des 4
nucléotides A, T, G ou C. On fera donc, en parallèle, 4 séries de copies. Dans
chaque série, toutes les copies seront interrompues derrière un seul type de
nucléotide ; par exemple, toutes les copies intermédiaires d'une série seront
terminées par un A. En outre, le composé provoquant l'interruption est
fluorescent pour pouvoir être détecté automatiquement à l'aide d'un système
optique qui balaye le bas du gel d'électrophorèse dans les séquenceurs
automatiques. Le signal obtenu est interprété par un programme informatique qui
reconstituera la séquence originale du fragment d'ADN analysé5(*).
La rapidité du séquençage :
Les centres publics ou privés de séquençage utilisent des
outils de plus en plus perfectionnés, des séquenceurs à haut débit. Les deux
séquenceurs les plus rapides sont actuellement :
- MegaBace 1000, de la société américaine Molecular
Dynamics-Amersham Pharmacia-Biotech qui permet de séquencer
96 échantillons par réaction et 1 100 par 24 heures (les premiers
appareils ont été installés en Europe en août 1997).
- Abi
Prism 3700, de la société américaine Perkin Elmer Applied Biosystems,
qui permet de séquencer 96 ou 384 échantillons par réaction, et 760 à 1240
par 24 heures (les premiers appareils ont été installés en Europe en
janvier 1999).
Il peut être également intéressant, pour des raisons de
rentabilité et de flexibilité de coupler plusieurs séquenceurs. La firme
canadienne Visible Genetics a mis au point le Virtual DNA Sequencer. Ce système
organise une connexion en réseau de plusieurs séquenceurs automatisés rapides.
La centralisation dans l'ordinateur des données d'analyse issues de chacun de
ces appareils permet de faire fonctionner l'ensemble comme un seul séquenceur
très rapide.
L'interprétation des séquences :
La séquence d'un fragment d'ADN contient une série d'informations qu'il faut identifier et interpréter. Les éléments de séquences les mieux connus correspondent aux gènes, délimités par des signaux de début et de fin. Ces gènes ne s'expriment pas tous en permanence dans une cellule. Leur expression est régulée par des éléments de contrôle, situés dans leur voisinage, qui augmentent ou diminuent leur niveau d'expression en fonction du besoin. Grâce à des programmes informatiques, l'interprétation des séquences permet le repérage des gènes, des éléments de contrôle et de leurs relations.
La cartographie génétique :
Elle constitue une autre façon d'étudier les génomes. Compte tenu de la complexité des procédés déjà exposés (cartographie physique, séquençage, interprétation des séquences), il est évident que des approches différentes peuvent se révéler intéressantes pour la connaissance des génomes. On peut, sans disposer d'un séquençage complet ou de cartes physiques très précises, étudier un caractère physiologie ou pathologie particulier. On fait alors appel aux méthodes de cartographie génétique pour identifier les gènes qui contrôlent ces caractères. Ces méthodes consistent à détecter directement au niveau de l'ADN les polymorphismes, c'est-à-dire les variations génétiques différenciant un individu d'un autre.
1.1.1.2. L'état des connaissances
1.1.1.2.1. La soudaine accélération du séquençage du génome humain
Le projet international " Génome Humain " a été
lancé dès 1990 avec, aux États-Unis, un budget de 18 milliards de francs
sur quinze ans.
Ce programme se fondait notamment sur une carte
physique, localisant géographiquement les gènes sur la molécule d'ADN :
elle avait été dressée à 70 % par le Professeur Daniel COHEN, chercheur au
Centre d'études du polymorphisme humain (CEPH) et au Généthon, le laboratoire de
l'Association française contre les myopathies (AFM), puis achevée avec le
concours des chercheurs de l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT).
Il se fondait également sur une carte génétique, situant les gènes selon
leur fonction, établie par le Professeur Jean WEISSENBACH, actuellement
directeur général du Centre national français de séquençage.
Afin que
les travaux soient menés le plus rationnellement possible, tous les responsables
des centres nationaux d'étude du génome se réunirent aux Bermudes en 1996 et
procédèrent au " partage " du génome afin de répartir son séquençage,
chaque équipe étant chargée d'un chromosome entier ou d'une région particulière
du génome.
La France, à cette époque, se montra hésitante et ce n'est
qu'en 1998 qu'elle se vit confier le séquençage des chromosomes 3 et 14
(elle a ensuite renoncé au séquençage du chromosome 3).
Jusqu'en
1998, dans le cadre du programme international public Génome Humain, une
fraction de 10 % des gènes a été séquencée.
Or, depuis un an, ce
programme fait l'objet d'une accélération fulgurante. Le 15 mars 1999, les
Instituts nationaux de la santé américaine (NIH) ont annoncé que le projet
international de décryptage du génome humain avait achevé avec succès sa phase
d'essai et que le financement du séquençage de l'ADN à grande échelle était
décidé. Les échéances annoncées sont proches : un an pour l'ébauche
globale, prévue pour le printemps 2000 et trois à quatre ans pour
l'aboutissement d'un séquençage définitif de grande qualité (moins d'une erreur
tous les cent mille nucléotides), prélude à la compréhension des protéines
sécrétées.
Pour parvenir à ces résultats, les NIH ont réparti
493 millions de francs entre les trois plus grands groupes publics
impliqués dans le séquençage :
- Whitehead Institute à
Cambridge (Massachusetts)
- Washington University School of
Medicine à Saint-Louis (Missouri) ;
- Baylor College of
Medicine à Houston (Texas).
L'institut américain du génome, du
département de l'énergie (Joint Genome Institute of the US Department of Energy,
à Walnut Creek, California) a associé ses efforts à ceux de ces trois grands
centres.
Dans le même temps, la fondation britannique Wellcome Trust a
annoncé le versement, dans les douze mois à venir, d'une somme de
460 millions de francs au Centre Sanger (Royaume-Uni). Le Centre Sanger a
été fondé en 1993 par le Wellcome Trust (la plus grande association mondiale
pour la recherche médicale) et le Medical Research Council. C'est l'un des
centres les plus productifs du monde ; il devrait produire, à lui seul, un
tiers du séquençage du génome humain en 2001.
Les raisons de cette
brusque accélération du décryptage du génome humain sont de deux ordres.
- Tout d'abord, le progrès technique a permis d'accroître les vitesses
de séquençage : en 1992 les chercheurs identifiaient un million de bases
par an. À ce rythme, il aurait fallu près d'un siècle pour achever le séquençage
du génome humain. À l'heure actuelle, la vitesse de séquençage est dix fois plus
élevée, grâce à des appareils tels que les Mega Bace 1000 ou les Abi
Prism 3700. Non seulement on peut séquencer beaucoup plus vite, mais aussi
beaucoup moins cher : le coût de la base séquencée est passé de
5 dollars en 1990 aux États-Unis à 50 cents aujourd'hui.
- Par ailleurs, cette accélération est liée à la " course "
récemment née entre la recherche publique internationale et le secteur privé.
Le généticien américain Craig VENTER a fait sensation en annonçant, le
9 mai 1998 : " J'ai un plan pour achever de façon substantielle
le séquençage du génome humain dans les trois ans à venir ". Pour ce faire,
le fondateur de l'Institut de recherche génomique (TIGR à Rockville, Maryland) a
créé une société privée, la firme Celera Genomics, en s'associant au géant
américain de l'électronique, Perkin Elmer. Celera Genomics s'est équipée de
230 séquenceurs Abi-Prism 3700 dont le prix unitaire est de
300 000 dollars.
Puis la société Incyte Genetics créée en août
1998 par Incyte Pharmaceuticals, pour concurrencer Celera Genomics, a annoncé
qu'elle séquencerait et cartographierait le génome humain d'ici 2001. Elle
utilise des séquenceurs Mega Bace 1000 et a déjà établi de fortes relations
commerciales avec plus de vingt grandes compagnies pharmaceutiques à travers le
monde pour leur vendre les informations issues de ses recherches.
Cette
émergence du secteur privé explique en grande partie le récent et massif
engagement de la recherche publique internationale : il existe de grandes
différences entre les objectifs des uns et des autres.
1.1.1.2.2. La divergence des approches publiques et privées dans le séquençage du génome humain
1.1.1.2.2.1. Deux logiques de recherche différentes
Les sociétés privées ont une stratégie de séquençage
aléatoire sans cartographie préalable qui se veut rapide et puissante. Toutefois
leur technique peut éventuellement se révéler peu efficace et en tout état de
cause elle produit un séquençage " à trous ".
Le séquençage
aléatoire rapide sans cartographie préalable n'a jusqu'alors démontré son
efficacité que sur des génomes simples et pourrait marquer ses limites pour des
génomes plus grands.
Aussi, Celera Genomics, avant de décrypter le
génome humain, va tester sa méthode en séquençant le génome de la mouche du
vinaigre Drosophila melanogaster(120 millions de bases). Si cette
technique échoue pour la drosophile, elle a peu de chance de réussir pour le
génome humain, infiniment plus important et plus complexe. Et même si elle donne
satisfaction pour la drosophile, elle ne sera pas forcément transférable pour le
génome humain.
Quant à Incyte Genetics, elle a déjà testé sa technique
en menant à bien le séquençage complet d'une levure (Candida
albicans : 17 millions de bases). Pour cette société se posera aussi le
problème de la taille du génome humain composé de 3 milliards de bases.
De toute façon, ce type de séquençage est effectué fragment par
fragment, chacun d'entre eux comprenant environ 500 bases. Cela aboutit à
une séquence très morcelée du génome constituée de dizaines voire de centaines
de petits segments, non ou mal positionnés sur les cartes existantes.
Pour reconstituer dans ce puzzle des morceaux cohérents correspondant aux
séquences des gènes, un gigantesque travail de réassemblage restera à faire. Il
manquera inévitablement des morceaux importants, le résultat étant un séquençage
" à trous ".
Selon Jean WEISSENBACH, " On ne peut pas
croire que, comme le dit Craig VENTER, les " trous " restants au terme
de son travail ne représenteront que moins de 10 millièmes du génome
humain. Son programme comporte de nombreux mystères d'un point de vue
méthodologique. En réalité, tout laisse à penser que cette équipe entend
réaliser un " écrémage " lui permettant de trouver toute une série de
choses intéressantes à breveter rapidement "6(*).
Au contraire, les laboratoires du programme international public isolent
des fragments de chromosomes et les ordonnent entre eux avant le séquençage, ce
qui nécessite, au préalable, une cartographie fine des chromosomes. De plus, ils
procèdent à dix vérifications pour chaque séquence, quand les équipes du secteur
privé n'en font que trois. Cette technique est moins rapide mais le succès est
assuré, ainsi que la qualité des résultats obtenus7(*).
Toutefois, il semblerait que dans un premier temps les chercheurs
publics aient décidé, en ce qui concerne le génome humain, de procéder de
manière prioritaire au séquençage aléatoire à faible profondeur en continuant
toutefois à ordonner les clones de fragments d'ADN sur une carte de
préséquençage.
Cette technique permettrait d'obtenir pour le printemps
2000 l'ébauche globale. Cette étape sera bien entendu immédiatement suivie par
un séquençage définitif de grande qualité. Retenir cette solution d'un
séquençage en deux temps à pour avantage de fournir rapidement des données
partielles mais suffisantes pour des projets de recherche de gènes responsables
de maladies dans des régions données. L'offre de ces données, par le secteur
public est essentielle car, là encore, les stratégies du privé et du public
divergent.
1.1.1.2.2.2. Deux logiques d'accès aux connaissances
Les chercheurs du public craignent que les grandes
entreprises privées de génomique ne confisquent l'information, alors que l'accès
à celle-ci est un élément de base indispensable pour la communauté
scientifique.
En 1992, Craig VENTER, alors chercheur aux NIH, avait
déposé des centaines de demandes de brevets sur des gènes dont l'intérêt
biologique n'était pas prouvé. Devant la polémique internationale déclenchée par
cette initiative, les NIH avaient renoncé, sans que les règles du jeu de la
brevetabilité aient été pour autant clarifiées.
Aujourd'hui Craig VENTER
et ses associés ont l'intention de créer une banque de données sur le génome
humain dont personne ne sait exactement quelles seront les conditions d'accès.
Par ailleurs, l'Office américain des brevets a accordé en mars 1999 à la
société Incyte le premier brevet sur des marqueurs d'expression du génome (il
s'agit de portions d'ARN messagers, molécules indispensables à l'expression des
gènes, appelées" Expressed Sequence Tags " EST).
Or, la
position des chercheurs publics est toute autre. Selon des accords
internationaux issus des réunions des centres d'études du génome aux Bermudes,
toute portion d'ADN séquencée à l'aide de fonds publics doit être publiée dans
la littérature scientifique et diffusée rapidement sur Internet afin d'être
disponible pour la communauté des chercheurs.
De plus, tout récemment,
les cinq plus grands laboratoires publics de séquençage (Whitehead Institute,
Washington University School of Medicine, Baylor College of Medicine, Joint
Genome Institute, Sanger Centre) se sont engagés à rendre publics leurs
résultats dans un délai de vingt-quatre heures : " Par cet effort
majeur de financement public, nous permettons que les résultats restent dans le
domaine public, en libre accès pour les chercheurs qui mettent au point les
traitements du futur. C'est crucial pour en recueillir de manière efficace les
vrais bénéfices médicaux " a indiqué Michael MORGAN, directeur du
Wellcome Trust Genome Campus8(*).
1.1.1.3. Les résultats déjà obtenus ou attendus et l'intérêt de ces résultats
1.1.1.3.1. Le génome humain
Bien que son séquençage complet ne soit pas réalisé, les
chercheurs ont déjà identifié de très nombreux gènes impliqués dans les
processus pathologiques. Il est très difficile d'en présenter une liste
exhaustive. On ne peut que citer les découvertes les plus récentes :
Une équipe française vient de démontrer que le cancer du sein de type
médullaire est une entité biologique dans laquelle on trouve 100 % de
mutation du gène p 53, déjà suspecté précédemment d'avoir un rôle important
dans le processus cancéreux.
L'unité de génétique des déficits
sensoriels de l'Institut Pasteur vient de mettre en lumière le fait que plus de
la moitié des surdités héréditaires de l'enfant sont dues à des mutations dans
un gène unique, le DFNB1.
Aujourd'hui, on estime à 1 500 le nombre
de gènes responsables de maladies strictement génétiques identifiés. Mais il est
évident que des milliers d'autres gènes, en partie identifiés, sont impliqués
dans des pathologies plus courantes (cancer, diabète, maladies
cardio-vasculaires ou neurologiques).
Par exemple, au
1er mars 1999, 487 gènes de maladies ont été localisés et
77 gènes de maladies ont été identifiés avec l'aide de l'AFM et/ou de
Généthon.
Ces gènes se répartissent ainsi :
|
- Maladies neurologiques et psychiatriques |
28 % |
|
- Malformations congénitales |
13 % |
|
- Maladies oculaires |
11 % |
|
- Maladies neuromusculaires |
8 % |
|
- Maladies métaboliques et endocriniennes |
6 % |
|
- Maladies systémiques |
5 % |
|
- Maladies cardiovasculaires |
5 % |
|
- Maladies dermatologiques |
5 % |
|
- Maladies ostéo-articulaires |
4 % |
|
- Surdité |
4 % |
|
- Maladies cancéreuses |
4 % |
|
- Maladies urogénitales |
3 % |
|
- Maladies de l'appareil digestif |
3 % |
|
- Maladies hématologiques |
1 % |
1.1.1.3.2. Le génome d'agents responsables de maladies
Si l'on excepte celui des très petits virus, le premier
séquençage complet remonte à 1995. C'est celui d'Haemophilus
influenzae (1,93 million de bases), suivi en 1996 par celui de
Mycoplasma genitalium (9,58 millions de bases). Puis, à partir de
1996, ont été séquencés les génomes de :
- Mycoplasma
pneumoniae (810 000 bases) ;
- Helicobacter
pylori (1,66 million de bases), tenu depuis peu pour responsable de
l'ulcère de l'estomac ;
- Escherichia coli
(4,6 millions de bases) ;
- Borrelia burgdorferi
(1,44 million de bases), agent pathogène de la maladie de Lyme ;
- Mycobacterium tuberculosis ou bacille de Koch. Le génome de ce
bacille, composé de 4,41 millions de bases formant 4 000 gènes, a
fini d'être séquencé en juin 1998 par une équipe de 42 chercheurs dirigés
par le Professeur Stewart COLE, chef de l'unité de génétique moléculaire à
l'Institut Pasteur de Paris et par Bart BASSEL du Centre Sanger au Royaume-Uni.
On peut espérer d'autres découvertes dans un avenir assez proche :
- Des biologistes américains ont réalisé la carte chromosomique de
la bactérie responsable de la syphilis et vont commencer son séquençage.
- Les génomes d'agents pathogènes tels que Streptococcus
pneumaniae(2,2 millions de bases) et Rickettsia prowazekii
(1,1 million de bases) sont à l'étude, de même que ceux de Vibrio
cholerae (2,5 millions de bases), responsable du choléra et
Plasmodium falciparum, responsable du paludisme.
- Les
génomes dont l'étude donnera des résultats un peu plus tard sont ceux d'agents
pathogènes responsables de maladies malheureusement bien connues :
Listeriamonocytogènes, Candida albicans, Legionella
pneumophila(maladie du légionnaire), Mycobacterium leprae (lèpre),
Neisseria gonorrhoeae(gonococcie), Staphylococcus aureus
(infections graves, notamment la septicémie), Trypanosoma brucei
rhodosiense (maladie du sommeil) Yersinia pestis (peste).
Les génomes des organismes eucaryotes9(*)
Là encore, il est impossible d'être exhaustif mais l'on peut
citer notamment les séquençages sur lesquels travaille le Génoscope
d'Évry :
- l'Arabidopsis thaliana (arabette,
petite crucifère de la famille du colza et du chou) ;
- Le
Tetraodon fluviatilis, un poisson à génome " compact "
c'est-à-dire débarrassé de l'ADN " superflu " (non codant).
Il
convient également d'évoquer la levure Saccharomyces cerevisae, le
premier organisme eucaryote dont le génome ait été séquencé, en 1996, grâce à
un programme international placé sous la responsabilité du professeur
A. GOFFEAU de l'Université de Louvain en Belgique.
Enfin, il
faut souligner l'importance exceptionnelle d'un récent succès : le
séquençage du génome d'un animal a été achevé au début de l'année 1999 ;
c'est celui du ver Caenorhabditis elegans.
Ses
97 millions de bases forment plus de 19 000 gènes dont
12 000 encore inconnus. Ce travail considérable a été réalisé par
l'Université Washington de Saint-Louis et le Sanger Center du Royaume Uni.
L'intérêt de ces séquençages
En ce qui concerne les génomes des bactéries
pathogènes, l'utilité de leur décryptage est évidente. Un exemple en a été
fourni très récemment avec le séquençage duMycobacterium tuberculosis ou
bacille de Koch. La tuberculose connaît aujourd'hui une inquiétante
recrudescence et tue chaque année plus de 3 millions de personnes dans le
monde, les vaccins demeurant bien faibles devant la maladie. Or le séquençage
duMycobacterium tuberculosis a permis, en octobre 1998, à des chercheurs
de l'unité de génétique mycobactérienne de l'Institut Pasteur de Paris
d'identifier un gène responsable de la virulence du bacille de la tuberculose.
Appelé erp, ce gène commande la production d'une protéine dont le bacille
a besoin pour se multiplier dans les cellules qu'il infecte. Inactiver ce gène
pourrait permettre d'atténuer la virulence du bacille et de produire de nouveaux
vaccins, en particulier des vaccins vivants atténués.
D'une façon plus
générale, il est certain que connaître l'ensemble des gènes et donc des
protéines d'un organisme pathogène est un préalable indispensable à la
compréhension des mécanismes pathologiques induits par ces espèces.
" Cette connaissance devient cruciale à l'heure où l'on assiste à une
généralisation du phénomène de résistance aux antibiotiques et aux moyens de
lutte contre les parasites. Il devient essentiel d'inaugurer de nouvelles voies
de lutte contre les pathogènes. On peut même penser qu'en raison de leur
extraordinaire capacité d'évolution, de nouvelles variétés insensibles aux
nouveaux agents anti-pathogènes ne vont cesser d'apparaître en réponse à
l'utilisation de ces agents. La connaissance du génome permettra néanmoins de
connaître rapidement les changements clés chez ces variants et de prendre des
mesures appropriées "10(*).
- En ce qui concerne les génomes d'organismes eucaryotes, leur intérêt
réside essentiellement dans les possibilités de comparaison avec le génome
humain qu'ils offrent. L'utilité de génomes d'espèces utilisées comme modèles
expérimentaux, comme la souris, dont la physiologie est proche de l'homme, est
évidente. Mais les génomes d'organismes très éloignés de l'homme peuvent être
très intéressants également.
Si l'on prend l'exemple de la levure
Saccharomyces cerevisiae, on constate que certaines protéines humaines
ont une séquence en acides aminés qui ressemble de façon significative à celle
d'une protéine de levure : ces protéines sont " homologues ".
Selon les scientifiques, près de 40 % des gènes connus pour être impliqués
dans une maladie génétique humaine ont un homologue chez la levure11(*). Mais
l'on ignore souvent le rôle des protéines que codent ces gènes humains. La
levure peut alors fournir une indication sur la fonction des protéines. Le
schéma de recherche est le suivant : le gène responsable d'une maladie
génétique humaine est identifié ; la fonction de la protéine qu'il code est
inconnue ; un homologue du gène existe chez la levure ; on utilise
alors la levure comme une " éprouvette biologique " car il est aisé de
détruire ou remplacer un gène précis dans un organisme tel que la levure et cela
permet de commencer à décrypter le rôle et le fonctionnement des gènes dont
l'équivalent humain provoque une maladie génétique. Cette méthode a, par
exemple, été utilisée pour étudier l'ataxie de Friedreich (maladie due à une
dégénérescence des neurones entraînant des handicaps physiques graves et une
cardiomyopathie).
De même, le séquençage du génome du
Caenorhabditis elegans aura des conséquences importantes, toujours
grâce au caractère homologue de nombreux gènes humains avec ceux d'espèces bien
différentes ; grâce à des années de recherche intensive, la fonction de
nombreux gènes du ver est déjà connue. Les possibilités d'études comparatives
seront donc nombreuses.
En ce qui concerne le génome humain,
l'utilité de son décryptage est évidente, ainsi que le rappelle le Professeur
Jean WEISSENBACH.
" Plus de 6 000 maladies
d'origine clairement génétique, conséquence d'un défaut au niveau d'un gène, ont
été répertoriées à cejour. Ces maladies génétiques souvent incurables
sont cependant rares, elles affectent un nouveau-né sur 1 000 à
100 000, voire moins. Depuis une dizaine d'années, les gènes responsables
des maladies génétiques les plus fréquentes sont progressivement identifiés.
Ils constituent le point de départ à une approche rationnelle de la
thérapie. Cette identification est considérablement facilitée lorsqu'on dispose
de la séquence de l'ADN de la région dans laquelle le gène a pu être localisé.
Cette localisation, elle-même encore très laborieuse il y a quelques années,
s'est considérablement améliorée grâce à la cartographie du génome humain,
préalable indispensable au séquençage. À ce jour, près de 1 500 gènes
responsables de maladies génétiques ont été identifiés.
À côté de ces
maladies strictement génétiques, d'autres pathologies beaucoup plus communes
comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, neuropsychiatriques, etc., ont
elles aussi une composante génétique dans leur origine en général
complexe. La recherche des gènes prédisposant à ces pathologies fréquentes
devrait permettre de disposer de nouvelles cibles pour les médicaments du
futur. Ces gènes représentent donc des enjeux majeurs pour l'industrie
pharmaceutique, et la plupart des grands groupes internationaux se sont lancés
dans de grands programmes visant à identifier les facteurs génétiques
prédisposant aux pathologies communes. Ces travaux n'ont pas encore abouti à des
découvertes majeures mais la séquence complète du génome humain devrait aussi
considérablement faciliter la recherche de ces gènes.
Le diagnostic de
maladies et de prédispositions génétiques reposera lui aussi sur la séquence du
génome. À ce jour, cette activité, qui a bénéficié de nombreux progrès
technologiques, est déjà largement répandue. La connaissance de la séquence
complète du génome va cependant provoquer une véritable explosion dans le
domaine du diagnostic génétique dans le but d'orienter de manière beaucoup plus
ciblée les traitements et éventuellement de mettre en place de nouveaux
modes de prévention12(*) ".
CARTE DU GÉNOME HUMAIN
Localisation sur les
chromosomes de certains gènes
dont les mutations, associées ou non à
d'autres mutations et mécanismes, sont impliquées dans l'apparition, l'évolution
et la gravité de certaines maladies
|
Chromosome 1 Cataracte congénitale |
|
Chromosome 2 Glaucome congénital |
|
Chromosome 3 Prédisposition à la schizophrénie |
|
Chromosome 4 Nanisme (forme achondroplasie,
hypochondroplasie) |
|
Chromosome 5 Déficit de l'attention et hyperactivité
|
|
Chromosome 6 Prédisposition à la schizophrénie |
|
Chromosome 7 Cancer du côlon (non polyposique) |
|
Chromosome 8 Épilepsie précoce |
|
Chromosome 9 Albinisme oculo-cutané |
|
Chromosome 10 Fente labiopalatine |
|
Chromosome 11 Prédisposition au diabète sucré
insulino-dépendant |
|
Chromosome 12 Prédisposition aux maladies inflammatoires de
l'intestin |
|
Chromosome 13 Surdité dominante |
|
Chromosome 14 Prédisposition à l'atopie (eczéma) |
|
Chromosome 15 Susceptibilité à la dyslexie |
|
Chromosome 16 Psychose maniaco-dépressive |
|
Chromosome 17 Prédisposition au cancer du sein (gène BCCR)
|
|
Chromosome 18 Psychose maniaco-dépressive |
|
Chromosome 19 Migraine hémiplégique |
|
Chromosome 20 Déterminant quantitatif de la stature |
|
Chromosome 21 Maladie d'Alzheimer |
|
Chromosome 22 Cardiopathies congénitales |
|
Chromosome X Prédisposition à la schizophrénie |
|
Chromosome Y Facteur déterminant dans la régulation des
gènes contrôlant le développement des testicules ; dysgénésie
gonadique (femme XY) |
1.1.2. LA BIO-INFORMATIQUE
La bio-informatique, combinaison de l'informatique et de la
biologie, est la science sans laquelle aucune des découvertes évoquées ci-dessus
ni aucune de celles qui en découleront n'aurait été possible. Domaine fondateur
de la génomique, la bio-informatique est constituée de l'ensemble des concepts
et des techniques nécessaires à l'acquisition et à l'interprétation de
l'information génétique. Elle seule permet de gérer cette information, qui est
quantitativement considérable.
La bio-informatique, véritable clé de la
génomique, en est un outil indispensable : à partir d'une séquence d'ADN
nouvellement identifiée, elle permet de retrouver les séquences similaires déjà
décrites dans des banques de données, construire des séquences
" virtuelles " issues de leur assemblage, déduire quels sont les gènes
associés et leur distribution au niveau d'un organe ou d'un tissu, établir un
lien entre des gènes présents dans une pathologie et la présence en surabondance
d'une certaine protéine in situ, prédire la structure, et même la fonction de
cette protéine, cible potentielle pour un futur médicament.
La
bio-informatique est rendue indispensable par la quantité même d'informations
qu'elle permet de recueillir en décryptant le génome. " Le nombre de
données est tellement important qu'il est impensable qu'on soit
aujourd'hui en mesure de les interpréter dans toute leur complexité et ainsi
parvenir à les intégrer dans un schéma global de fonctionnement de la cellule.
C'est dire, dans le long terme, l'importance du pari de la bio-informatique pour
tirer le meilleur parti de l'utilisation de cette technologie
révolutionnaire. "13(*)
1.1.2.1. L'acquisition et l'analyse de l'information génétique
L'activité de séquençage consiste à transformer de la
matière en information. Dans un premier temps, il s'agit d'utiliser des
programmes informatiques qui, intégrés aux séquenceurs permettent de décrypter
les fragments d'ADN, de les " lire ".
Interviennent
ensuite des moyens d'analyse intensive de la séquence :
- Les supercalculateurs :
Des moyens de calculs
importants mettant en oeuvre des techniques d'analyse d'images et de compression
de données permettent non seulement d'organiser la grande quantité de données
brutes générées quotidiennement, mais aussi de reconstituer la séquence de
longues régions du génome à partir d'éléments beaucoup plus petits. On est
ainsi amené à reconstituer des puzzles dont chacune des pièces est une séquence
que l'on comparera à toutes les autres. Pour un génome bactérien entier, par
exemple, la reconstitution du puzzle peut demander plus de deux cent mille
milliards de comparaisons de caractères.
Les séquences reconstituées
doivent ensuite être comparées à celles déterminées par des milliers de
chercheurs à travers le monde et stockées dans des bases de données
internationales : ces comparaisons sont actuellement le meilleur moyen
d'attribuer une fonction biologique aux séquences.
- L'algorithmique du génome :
C'est ce qui permet le
calcul de certaines occurrences, de relations phylogénétiques, et la mise en
évidence de phénomènes inattendus par l'examen systématique des données. Pour la
détection et la prédiction des gènes, pour la connaissance des structures et des
fonctions des protéines correspondantes, il est indispensable, en effet, de
rechercher des événements tels que la présence simultanée de plusieurs motifs
dans une configuration donnée.
Enfin, l'ultime étape de la
connaissance génomique, c'est-à-dire la découverte de la structure des protéines
passe aussi par l'informatique. Celle-ci permet en effet, à partir des données
sur les séquences ou motifs de séquences, de reconstruire la structure spatiale
des protéines. Cette structure en trois dimensions est indispensable à la
conception de molécules capables d'interagir avec les protéines.
1.1.2.2. L'organisation et la conservation de l'information
C'est ce que certains appellent l'informatique d'intégration.
L'informaticien essaie d'assister le biologiste dans l'organisation des
résultats et la mise en concordance d'observations scientifiques distinctes, qui
lui permettent d'émettre une hypothèse et de la valider sur de grands ensembles
de données. Elle consiste notamment à constituer de gigantesques bases de
données, à permettre la recherche d'informations (" data
mining ") et la mise en évidence de " voisinage " à partir
des connaissances scientifiques publiées et de banques de données spécialisées.
Par ailleurs, la découverte des séquences génomiques de plus en plus
nombreuses suppose que soit rapidement assurées, par la constitution de bases de
données " d'archives ", la conservation et bien entendu la mise à jour
des séquences, ainsi que le classement par niveaux de complexité croissants, des
résultats de la démarche génomique d'ensemble (séquences, structures,
fonctions, propriétés physiologiques, etc.).
- La communication de l'information
Elle
suppose la constitution de réseaux d'information cohérents, homogènes en format
et en qualité permettant, par des échanges nationaux et internationaux, de
mettre en commun les connaissances, les technologies et les compétences.
À l'heure actuelle les standards d'Internet structurent le développement des
environnements informatiques appliqués à la biologie moléculaire. C'est bien
entendu la démarche suivie au Génoscope d'Évry :
" Les
données produites au Génoscope sont mises à la disposition des autres membres de
la communauté scientifique internationale. Réciproquement, le Génoscope
réactualise journellement les bases des données produites ailleurs dans le
monde, via Internet. Chaque jour, il met ainsi de l'ordre de plusieurs
millions d'octets de données nouvelles à disposition sur le réseau et
recueille des millions d'octets représentant les nouvelles données
découvertes par des biologistes du monde entier. À cette fin, nous exploitons
une connexion au réseau qui permet d'échanger deux millions de bits (Mbits)
-250 000 octets- par seconde.14(*) "
1.1.3. LES BIOPUCES
1.1.3.1. Les technologies utilisées
L'hybridation : théorie
Le concept de biopuce ou puce à ADN date du début des années
1990. Il a été à cette époque décrit par quatre équipes différentes, en
Grande-Bretagne, en Russie et aux États-Unis. Il repose sur une technologie
pluridisciplinaire intégrant la micro-électronique, la chimie des acides
nucléiques, l'analyse d'images et la bio-informatique. Le principe de
fonctionnement de ces puces repose sur un fondement de la biologie
moléculaire : le phénomène de l'hybridation, c'est-à-dire
l'appariementpar complémentarité des bases de deux séquences
d'ADN. Par analogie, on peut comparer ce mécanisme à celui de la fermeture
éclair... En effet, les brins extraits de la double hélice d'ADN ont la capacité
de reformer spontanément cette double hélice dès qu'ils se retrouvent face au
brin complémentaire ; les quatre molécules élémentaires de l'ADN ont la
particularité de s'unir deux à deux : l'adénineavec la
thymine, la cytosine avec la guanine.
Le phénomène de
l'hybridation permet d'identifier une séquence de nucléotides, c'est-à-dire
l'enchaînement des bases d'un fragment d'ADN en mettant ce dernier en présence
d'autres brins d'ADN, dont la séquence est connue.
Par exemple, face à
des brins d'ADN synthétique représentatifs d'une maladie, les brins extraits de
l'ADN du patient vont hybrider si le malade est porteur de l'affection
recherchée.

Source : Le Figaro, 13 novembre 1997.
Le problème est " d'offrir " aux brins d'ADN du patient la possibilité d'hybrider avec de nombreux brins d'ADN synthétiques représentant les différents gènes correspondant à une pathologie, sous leurs différentes formes.
Le support
Les brins synthétiques utilisés, ceux dont on connaît la
séquence, s'appellent des sondes. Les puces à ADN présentent, par rapport aux
méthodes classiques d'hybridation un avantage majeur : grâce aux techniques
de miniaturisation elles permettent l'hybridation simultanée d'un nombre de
sondes considérables sur une surface totale utile inférieure à
1 cm2. Les supports sur lesquels sont fixées les sondes se
présentent sous la forme de surfaces planes ou poreuses (percées de puits)
composés de matériaux tels que :
- le verre, matériau
peu onéreux, inerte et mécaniquement stable. Il est notamment utilisé par
l'entreprise américaine Affymetrix et le consortium Genosensor). La société
américaine Protogene (Palo Alto, Californie) avec laquelle les chercheurs de
l'équipe du Professeur Francis GALIBERT, du CNRS, ont passé des accords de
partenariat utilise une ingénieuse technique : la petite plaque de verre,
substrat de la puce, est recouverte d'une grille de Teflon (qui détermine des
zones hydrophiles et hydrophobes).
- les polymères sont à la
base des techniques développées par l'équipe d'Andrei MIRZABEKOV (Argonne,
Illinois) ainsi que par les chercheurs de la société CIS Bio-international qui
utilisent plus précisément le polypyrrole ;
- le
silicium, couramment utilisé pour la fabrication des puces électroniques à
cause de ses propriétés semi-conductrices (matériau choisi par plusieurs équipes
et notamment par le laboratoire IFOS de l'École centrale de Lyon -UMR 5621
du CNRS).
- les métaux, notamment l'or et le platine
(utilisés par la société américaine Nanogen et le Consortium Genosensor).
La fixation des sondes
Quel que soit le support choisi, il est traité pour former un
réseau dense et régulier de microsurfaces et sur chacune de celles-ci est
greffée une sonde d'ADN synthétique. Il existe deux méthodes : le transfert
de brins d'ADN ou sa synthèse in situ.
- La synthèse
préalable à la fixation des sondes permet de fixer des sondes relativement
longues, atteignant 40 à 60 bases. Le transfert de ces sondes sur la
puce peut se faire au moyen de micropipettes, de micropointes ou par des
dispositifs de type jet d'encre.
Un autre système, choisi par la
société CIS Bio International en collaboration avec les chercheurs du CEA à
Grenoble (LETI)15(*)
est l'adressage électrochimique : la puce est composée d'un support en
silicium recouvert, à chaque plot d'une mini-électrode en or. Chaque sonde
rejoint un plot particulier lorsque les mini-électrodes sont mises sous tension
sélective.
Les méthodes d'adressage des sondes sont fondamentales :
leur performance, leur capacité à être automatisées et leur coût de
fonctionnement pèseront lourd dans le développement de la technologie des puces
à ADN.
- La synthèse in situ : dans ce cas, la
construction des sondes se fait par dépôt de couches successives des quatre
bases de l'ADN sur un support en verre. C'est un masque, dont la configuration
varie à chaque dépôt d'une couche, qui permet aux bases de s'empiler
correctement. Avec ce procédé, utilisé par Affymetrix, les sondes comportent au
maximum 30 bases.
Là encore, la société Protogene innove :
elle a mis au point un système qui permet de déposer sur la grille de téflon de
la biopuce, les quatre bases désirées, grâce à des injecteurs piézo-électriques,
selon une technologie qui s'apparente à une synthèse d'ADN classique. C'est
l'équivalent d'une imprimante à jet d'encre à quatre couleurs (chaque couleur
étant en l'occurrence une base : A, G, T, C). Ce procédé est extrêmement
flexible : il permet de fabriquer indifféremment telle ou telle sorte de
biopuce, de même qu'une imprimante imprime indifféremment telle ou telle page,
quels que soient les mots du texte.
L'hybridation : réalisation pratique
Le rôle de chaque sonde est de reconnaître, dans un mélange
appliqué à la surface de la biopuce, une séquence d'ADN. Généralement cette
séquence est amplifiée par PCR16(*)
puis marquée par fluorescence, préparée en solution et mise en contact avec la
biopuce.
La phase d'hybridation est réalisée dans une sorte d'incubateur
(station fluidique) et suivie d'un lavage destiné à débarrasser la puce des
cibles nucléiques non hybridées.
La détection des hybridations
Elle permet de déterminer à quelle sonde s'est appariée la
séquence d'ADN analysée.
Le procédé Affymetrix repose sur l'utilisation
d'un scanner qui permet de repérer les sondes d'ADN devenues fluorescentes,
c'est-à-dire ayant donné lieu à une hybridation. D'autres procédés sont à
l'étude chez Clinical Micro Sensors (Californie) ou à l'École centrale de Lyon
et se fondent sur les modifications des charges électriques du support en
silicium où sont fixées les sondes (système GenFet). La mesure de ces
modifications permet de repérer les associations spécifiques entre les sondes
et les oligonucléotides cibles.
1.1.3.2. Les possibilités d'utilisation
|
LES APPLICATIONS17(*) | ||||
|
Diagnostic |
Pharmacie |
Recherche |
Agro-alimentaire |
Environnement |
|
Immuno-essais hormone & cancer |
Criblage médicamenteux " screening " |
Séquençage, analyse de séquences |
Classification |
Microbiologie |
|
Microbiologie ADN antigènes/anticorps |
Mise au point médicaments |
Tri moléculaire |
Contamination |
Polluants |
|
Facteurs aggravants cardio-vasculaire vieillissement |
Pharmacogénomique |
Vision intégrée des voies métaboliques |
Plantes | |
|
Toxicologie |
||||
|
Aide au suivi des essais cliniques, adaptation de la thérapie |
||||
Le séquençage par hybridation (SPH)
Alors que la méthode enzymatique dite méthode de Sanger peut
être considérée comme une épellation de la séquence, c'est-à-dire une lecture
base par base, le SPH procède par lecture de petits blocs. L'analyse porte sur
des sous-séquences chevauchantes qui sont lues et réassemblées au moyen d'un
programme informatique qui reconstitue la séquence étudiée.
Le
séquençage par biopuces constitue une alternative intéressante et plus précise à
la méthode classique du séquençage en terme d'automatisation et de réduction
des coûts et des durées d'exécution. Cependant tous les problèmes techniques ne
sont pas résolus.
L'identification de cibles pour la recherche thérapeutique :
La contribution des biopuces au séquençage s'accompagne d'une aide à la compréhension plus fine du génome et de sa régulation. Ainsi, grâce aux puces à ADN, ont été mis en évidence de nouveaux gènes s'exprimant spécifiquement dans le tissu cérébral de l'enfant, ou apparaissant associés à des pathologies inflammatoires rhumatismales ou intestinales. Les biopuces devraient contribuer à l'identification de cibles thérapeutiques pour la recherche pharmaceutique. Elles serviront aussi à déterminer la résistance aux antibiotiques de certaines souches microbiennes pour permettre de mieux lutter contre celles-ci.
La pharmacogénomique :
La pharmacogénomique consiste à identifier les gènes
impliqués dans l'efficacité (ou l'inefficacité) d'un produit, ou ses effets
indésirables.
Elle conduit à une meilleure compréhension des mécanismes
d'action des médicaments. En montrant qu'une molécule a sur une cible une action
variable, la biopuce ouvre le champ des potentiels thérapeutiques. Elle permet
aussi d'identifier les effets secondaires d'un produit et, lors des essais
cliniques, de faire des mesures de toxicité.
Le diagnostic des maladies infectieuses et génétiques
Ce thème est développé dans le chapitre 1.2.4.
D'un
point de vue économique, il est important de noter que le marché mondial de
diagnostic médical par biopuces sera en pleine expansion d'ici quelques années.
En dehors du secteur médical, trois secteurs industriels non négligeables offrent des débouchés aux biopuces :
- L'agro-alimentaire : le suivi des bactéries
productrices de ferments lactiques, détection des séquences provenant
d'organismes génétiquement modifiés dans les semences.
-
L'environnement : l'analyse bactérienne de l'eau de consommation, la
détection des agents infectieux dans l'alimentation, l'air ou l'eau
(Salmonella,Listeria,Legionnella).
- La guerre
bactériologique ou chimique : en déterminant par avance les modifications
du fonctionnement génétique des cellules immunitaires occasionnées par des
agents toxiques, on peut identifier rapidement les produits chimiques (mercure,
dioxine...) ou bactériologiques (bacille du charbon ou de la diphtérie...)
disséminés par un éventuel agresseur.
Les multiples possibilités
d'utilisation des biopuces expliquent que laconcurrencerègne entre les
entreprises de biotechnologie qui souhaitent dominer unmarché très rentable à
moyen terme.
1.1.3.3. La production des biopuces
|
LES ACTEURS18(*) | ||||
|
SYNTENI |
AFFYMETRIX |
PROTOGENE | ||
|
Méthode de fabrication |
Dépôt de sondes PCR par robot à pointes |
Synthèse in situ par photolithographie |
Synthèse in situpar microfluidique | |
|
Nature des sondes |
Sonde PCR : spécifique d'un gène |
Sonde " oligonucléotide " |
Sonde " oligonucléotide " | |
|
Densité |
10 000 sondes/cm2 |
100 000 sondes/cm2 |
100-400 sondes/cm2 | |
|
Coût |
$ 4000/puce |
Programme de R& D : 2,2 M$ (1 seul design $450/puce) |
Prog. de R & D : 1,5 M$ (500 designs $300/puce) | |
|
Applications |
Recherche Pharmacie |
Recherche |
Reséquençage Diagnostic |
|
|
40 000 gènes analysés par puce |
1700-7000 gènes analysés par puce |
1 gène analysé par puce (BRCA1, P53, HIV) |
||
Comme dans bien d'autres domaines biotechnologiques, les
États-Unis sont en pointe pour les puces à ADN.
La société Affymetrix
reste incontournable actuellement pour plusieurs raisons :
Elle a mis au point la première puce à ADN et bénéficie d'une expérience
technologique certaine ;
Elle a protégé ses différentes
techniques, -notamment de dépôt de sondes sur la puce et de séquençage par
hybridation- par d'innombrables brevets. Ses concurrents devront donc
inévitablement la combattre19(*),
s'allier avec elle (c'est la stratégie de Bio-Mérieux) ou tenter de la
contourner en utilisant des techniques différentes (c'est la solution adoptée
par Protogene).
Le fait que Glaxo-Welcome détienne 34 % du
capital d'Affymetrix lui confère une réelle solidité économique.
Elle commercialise aussi les scanners de lecture automatique des biopuces
(près de 700 000 F le lecteur) à ceux qui achètent ses biopuces et
constituent en quelque sorte une clientèle captive.
Les biopuces sont
aussi produites par d'autres sociétés américaines, de moindre importance mais
parfois associées à de grands groupes de pharmacie ou d'instruments
scientifiques : Synteni (rachetée par Incyte Pharmaceuticals à la fin de
1997) Hyseq (associée à Perkin Elmer), Molecular Dynamics, Nanogen, ...
En Europe, quelques équipes développent le procédé des puces à ADN :
- l'Institut Engelhardt de Moscou travaille avec les groupes américains
Motorola et Packard Instrument, ainsi qu'avec le Laboratoire national d'Argonne
(Illinois).
- Le centre allemand de cancérologie de Heildelberg collabore
avec l'Université danoise de Copenhague.
- En Angleterre vient de voir
le jour la société Oxford Gene Technology, qui développe une technique
particulière de fixation des fragments d'ADN sur les puces.
- En France,
la société CIS-Bio-International (Saclay) étudie une technologie spécifique en
collaboration avec le LETI (Laboratoire d'électronique, de technologie et
d'instrumentation) et le DRFMC (département de recherche fondamentale de la
matière condensée) du CEA (Commissariat à l'énergie atomique) à Grenoble.
Aujourd'hui, le LETI développe un nouveau programme : AMIGO, exposé
dans la deuxième partie du présent rapport.
1.1.4. LA CHIMIE COMBINATOIRE ET LE CRIBLAGE À HAUT DÉBIT
" L'apparition de nouvelles technologies a bouleversé
la recherche de nouveaux médicaments dans sa phase initiale. Celle-ci inclut
tout d'abord la synthèse et l'isolement de nouvelles molécules puis leur essai
sur des systèmes biologiques permettant de présupposer d'un intérêt
thérapeutique éventuel. Cette phase était classiquement longue et pénible. La
synthèse chimique relevait d'un art difficile ; au départ, le choix d'une
structure de base se faisait sans guide. Les essais sur les animaux entiers ou
les organes isolés étaient longs et complexes. Au total, malgré des progrès au
fil des années, le processus relevait plus de la " pêche à la ligne "
que de la démarche rationnelle. Trois approches ont profondément transformé
cette recherche.
1. Les techniques conformationnelles
La
théorie des récepteurs postule que c'est l'union de la molécule de médicament
avec une macromolécule (une protéine en général) qui est à l'origine de l'effet
pharmacodynamique et plus généralement de la réponse thérapeutique. Cette union
est fortement spécifique : seules quelques molécules privilégiées en sont
capables. On dit que le médicament est comme " la clé dans la
serrure ". On sait maintenant déterminer la conformation dans l'espace des
protéines, notamment grâce à la radiocristallographie aux rayons X, donc celle
des récepteurs. On peut donc prévoir quelles structures devront présenter les
molécules pour pouvoir s'unir à eux. Cette recherche est aidée par les
programmes informatiques qui permettent de visualiser les molécules et de les
faire tourner dans l'espace (conception assistée par ordinateur).
Bien
que hautement sophistiquée et évidemment plus ardue que ces quelques lignes
pourraient le laisser croire, cette approche permet de ne plus s'en remettre au
hasard dans la recherche des séries chimiques intéressantes. On voit,
cependant, qu'il est indispensable de connaître au départ le récepteur
pertinent, c'est-à-dire d'avoir une hypothèse physio-pathologique et d'avoir été
capable d'identifier et d'isoler la protéine qui le porte. Là aussi, des progrès
décisifs ont été faits dans l'isolement des protéines et, mieux -encore, dans le
repérage et le clonage des gènes qui commandent leur synthèse.
2. La
chimie combinatoire
Il est désormais possible de synthétiser en une
seule opération plusieurs centaines de molécules c'est ce que l'on appelle la
chimie combinatoire. On part de la structure de base déterminée a priori comme
il vient d'être dit et on génère systématiquement toutes les variations
possibles en greffant des radicaux chimiques, des chaînes latérales, en
modifiant le squelette, etc. Ceci se fait non plus étape par étape, mais en
mettant en présence les réactifs nécessaires. On obtient ainsi d'un seul coup
plusieurs centaines de molécules. Toutes les opérations, synthèse, isolement et
identification, sont miniaturisées et robotisées. Le gain de temps et
l'abaissement des coûts sont considérables. On peut ainsi constituer une
bibliothèque de plusieurs milliers de dérivés en quelques mois.
3. Le
criblage à haut débit
Le problème est alors d'identifier parmi
toutes ces molécules celles qui sont pourvues des propriétés biologiques les
plus intéressantes. Le gain de temps et l'augmentation de la productivité
apportés par la chimie combinatoire l'auraient été en vain si la productivité de
cette phase de repérage appelée " criblage " n'avait pas été aussi
améliorée. Aux essais longs et limités de la pharmacologie expérimentale
classique, a succédé une technique qui permet d'essayer dans le minimum de temps
des milliers de molécules.
Le test consiste à mette en présence la
substance à tester et un système biochimique (une enzyme par exemple) et de
mesurer l'importance de la réaction éventuelle. L'essai peut être fait
simultanément avec un grand nombre de systèmes, de significations très diverses.
En fait, tout est miniaturisé et robotisé. Les opérations se déroulent sans
intervention humaine et les résultats sont lus sur l'imprimante.
Tout
dépend de ce que l'on met dans les tubes et, une fois de plus, on ne trouvera
que ce que l'on cherche. C'est dire l'importance des hypothèses
physiopathologiques. Les systèmes biologiques testés ne sont pas
indifférents : ce sont ceux dont on pense qu'ils interviennent de manière
cruciale dans le déterminisme de la maladie. On voit donc bien que cette
recherche appliquée, dont les progrès sont si remarquables, est totalement
tributaire de la recherche fondamentale d'amont.
L'opération finale est
celle du choix. La plupart du temps, toutes les molécules intéressantes ne
peuvent pas passer en développement. Il faut donc sélectionner les plus
prometteuses, compte tenu de leurs résultats aux tests, mais aussi d'autres
considérations comme leur facilité de synthèse ou leur pharmacocinétique. Si
les opérations répétitives ont été automatisées, l'inventivité de l'esprit
humain intervient donc toujours dans les choix des hypothèses, des tests et in
fine des molécules. "
(20(*))
1.1.4.1. Chimie combinatoire et constitution de chimiothèques
La chimie combinatoire
Le principe de la chimie combinatoire est d'accroître les chances de trouver une molécule active, un candidat-médicament, en multipliant le nombre de molécule étudiées21(*).
La synthèse
C'est une sorte de jeu de construction qui permet de
synthétiser de très nombreuses molécules par combinaison. Les chimistes, en
cela, imitent la nature qui, à partir de quelques molécules élémentaires, a
construit toute la variété des gènes et des protéines.
Au cours des
années 1980, les immuno-chimistes cherchaient à établir la structure des
fragments des protéines virales (peptides viraux) qui déclenchent les réactions
du système immunitaire d'un organisme infecté par un virus. Pour synthétiser de
nombreux peptides de 5 à 12 acides aminés, ils ont mis au point une
méthode appelée synthèse en parallèle.
La synthèse en parallèle
Dans la synthèse en parallèle, une petite bille de
polystyrène est fixée à une tige de polyéthylène ou " pin ".
Chacun des puits de la plaque contient un seul acide aminé.
On plonge
tous les pins dans les puits, et l'acide aminé présent dans chaque puits se
greffe sur la bille immergée, par l'intermédiaire d'un " bras " (le
cylindre). Puis on change les acides aminés contenus dans les puits, et les
billes sont à nouveau immergées. Le nouvel acide aminé se lie au premier,
formant un dipeptide. Après n étapes, on obtient un oligopeptide qui
est libéré dans le puits après rupture du bras qui le reliait à la bille de
polystyrène.
Par cette méthode, on obtient autant de peptides différents
qu'il y a de puits, et ces molécules sont formées par la succession des acides
aminés qui ont été successivement introduits dans les puits.
(22(*))
La méthode combinatoire est dérivée de cette synthèse mais
elle est beaucoup plus puissante car elle produit un nombre de molécules
croissant exponentiellement à chaque étape de la synthèse. Il s'agit alors d'une
synthèse dite divergente ou dissociée.
LES DIFFÉRENTES MÉTHODES DE
SYNTHÈSE DES BANQUES COMBINATOIRES
La synthèse en parallèle divergente
La synthèse par
répartition et mélange
Étape 1
On dispose d'un jeu de trois molécules A1, A2, A3. Ces molécules sont fixées sur des billes de polystyrène différentes.
Étape 2
On ajoute dans chacun des puits le mélange des trois molécules A1, A2, A3. On obtient les molécules A1A1, A1A2, A1A3 ; A2A1, A2A2, A2A3 ; A3A1, A3A2, A3A3 (pour simplifier, on n'a représenté qu'un type de molécules par puits, mais, en réalité, les trois types de molécules sont mélangés, sur chaque ligne).
Étapes suivantes
Au bout de deux étapes, on a synthétisé 32, soit
neuf molécules différentes (en recommençant n fois la même opération, on
obtient 3n molécules). Toutefois, les billes portent toutes un
mélange de molécules, ce qui rend l'identification de la molécule active
difficile.
MOLÉCULES
A1A1 A1A2
A1A3
A2A1
A2A2A2A3
A3A1 A3A2A3A3
Étape 1
Des billes de polystyrène sont introduites dans les tubes à essai. Les molécules A1 sont placées dans le premier tube, les molécules A2 dans le deuxième, etc. On n'a représenté que trois tubes, mais on peut en utiliser des dizaines.
Étape 2
Le contenu des tubes est filtré et rincé, et toutes les billes sont regroupées et mélangées.
Étape 3
Le mélange est partagé en trois, et des molécules A1, sont introduites dans le tube 1, des molécules A2 dans le tube 2, etc.
Étapes suivantes
On recommence les opérations de mélange et de partage autant de fois qu'il est nécessaire pour ajouter toutes les sous-unités voulues. Une bille ne porte qu'un seul type de molécules, car, à chaque étape, les billes ne sont en contact qu'avec un seul réactif. Un test colorimétrique identifie la bille qui porte la molécule active.
(23(*))
Ce type de synthèse a été rendu possible par le fait que
B. MERRIFIELD24(*)
a réussi à développer des peptides sur de petites billes de polymère
chimiquement inertes.
La chimie combinatoire utilise ces billes de
polymère de la façon suivante : placées dans un solvant, les billes
gonflent, de sorte que l'intérieur devient accessible aux réactifs dissous dans
ce solvant. Chaque bille porte environ 1013amorces qui se combinent
avec les réactifs. Par réactions successives on obtient des oligomères, des
molécules constituées d'un enchaînement de plusieurs sous-unités.
Le marquage des molécules
La seconde étape consiste à " étiqueter " les
molécules au fur et à mesure de leur élaboration, de façon à pouvoir identifier
chacune d'elles à la fin du processus. Plusieurs techniques sont
utilisées :
- La première est l'ajout, à chaque stade de la
synthèse, d'un composé inerte sur un site distinct de la bille ; cela crée
une sorte de signature chimique de la molécule ;
- La seconde
est l'ajout, à chaque stade également, d'une base (A, T, G ou C) qui permettra
ultérieurement de reconnaître la molécule en lisant la séquence après
amplification par PCR (polymerase chain reaction) ;
- La société française CEREP utilise des codes barres pour assurer la
traçabilité des produits. " Chaque opération, chaque produit est
référencé. L'ordinateur lit les codes et permet au chimiste d'accéder
directement aux informations qu'il recherche ou au robot de savoir quels
échantillons il traite ".25(*)
- La société californienne Irori a lancé, en juin 1996, le système
Accutag : il s'agit de développer des molécules sur des billes contenues
dans une capsule où se trouve également un microprocesseur. La paroi de chaque
capsule est comme un filet qui laisse passer les réactifs chimiques nécessaires
à la synthèse, mais retient les billes de polymère.
À chaque étape de la
synthèse, un signal radio est envoyé à chaque microprocesseur afin d'enregistrer
en détail la réaction à laquelle la bille est exposée. Ces données peuvent
ensuite être lues sur les microprocesseurs lorsque les molécules en sont
arrivées à leur stade final.
Toutefois, le système électronique utilisé
reste trop volumineux pour permettre de produire des centaines de milliers de
composés.
C'est pourquoi, Irori a signé des accords avec Rhône-Poulenc
Rorer et Bristol-Myers Squibb pour mettre au point un nouveau procédé qui
devrait, à terme, permettre de synthétiser près de 25 000 composés par
semaine. L'idée est d'utiliser des étiquettes code à barres à deux dimensions et
à lecture optique au lieu du système des étiquettes à radiofréquence
c'est-à-dire des " volumineux " microprocesseurs contenus dans la
capsule.
Les nouvelles molécules créées par la chimie combinatoire sont
rassemblées dans de vastes chimiothèques. Les chimiothèques
" généralistes " fournissent une grande diversité de structures
moléculaires. Toutefois, ces molécules sont d'un intérêt inégal et il est
indispensable de les trier pour déterminer les plus actives et quel type de
cible elles peuvent atteindre.
UNE NOUVELLE FAÇON DE CRÉER DES MOLÉCULES INÉDITES :
LES MOLÉCULES DARWINIENNES
" Faisant appel aux principes de la sélection
naturelle, un logiciel engendre des molécules-modèles inédites, futures
candidates au statut de médicament.
Plusieurs modèles chimiques
permettent déjà de trouver informatiquement de nouvelles molécules actives. Le
dernier logiciel en date propose d'appliquer la sélection naturelle darwinienne
sur des modèles de molécules. Les résultats de David NOEVER lui ont valu le
titre d'innovator de l'année 1998, décerné par le magazine américain Discover.
Grâce à cette idée, David NOEVER a fondé une start-up qui travaille notamment
avec le National Cancer Institute (NCI) et une dizaine d'entreprises privées.
Son logiciel part d'une molécule fournie par un laboratoire, connue pour son
action sur certaines maladies. Il en construit ensuite jusqu'à trente
" parents ", des molécules élaborées automatiquement selon des
critères géométriques, physico-chimiques ou autres.
A chaque molécule
est associé un " Chromosome " fictif représentant ses
caractéristiques. L'algorithme déclenche alors un processus de reproduction sur
cette population de chromosomes, en autorisant les mutations (changement
ponctuel et aléatoire) et les cross-over (échange d'une séquence entre deux
chromosomes). À chaque génération, le logiciel choisit les meilleurs
reproducteurs, par exemple les molécules ayant la configuration de plus basse
énergie. En calculant quelques milliers de générations, on voit apparaître de
nouvelles molécules, parmi lesquelles seules les meilleures
" survivent ". David NOEVER précise que, " lors des expériences
réalisées pour le National Cancer Institute, les experts du NCI ont toujours
vérifié que les molécules proposées n'avaient jamais été observées
auparavant ". En jouant sur les paramètres de sélection, NOEVER peut aussi
modéliser la fixation de ligands sur une protéine, ou encore prédire la forme
exacte d'une molécule d'après sa formule chimique, en un temps record: quelques
minutes sur une station de travail. "
La Recherche. N° 313.Octobre 1998.
1.1.4.2. Le criblage à haut débit
Les laboratoires pharmaceutiques ont tout intérêt à restreindre leur champ d'investigation expérimentale en le ciblant correctement pour aboutir à de nouveaux médicaments le plus vite possible à un moindre coût. C'est pourquoi ils passent au crible les nouvelles molécules ; ce criblage doit être réalisé à haut débit.
Le criblage virtuel
Cette technique relativement récente est notamment mise en oeuvre par la société Syntem. L'ordinateur aide le biochimiste à faire le tri parmi les molécules. " Par une évaluation rationnelle de l'activité biologique des molécules, on peut diminuer le nombre de molécules à synthétiser en laboratoire d'un facteur mille ou plus "26(*). Puis les nouvelles molécules sont modélisées : leurs propriétés globales (exemple : affinité pour les graisses, solubilité...) sont analysées et ces descriptions sont communiquées à l'ordinateur qui réalise un premier tri, permettant de sélectionner les molécules qui, compte tenu de ces propriétés, ont le plus de chance d'être actives en fonction de telle ou telle cible.
Le criblage biologique
C'est actuellement le procédé le plus utilisé. Il consiste à
identifier les molécules actives par mise en contact avec la cible biologique.
Ces cibles peuvent par exemple être des protéines dont on a identifié
expérimentalement l'implication dans tel ou tel processus pathologique.
Jusqu'au début des années 1990, les essais traditionnels en éprouvette
permettaient à une personne de tester 2000 composés par an. L'emploi de
microplaques à 96 puits a ensuite permis de réaliser 6 000 essais
par jour et par robot sur une même cible. Aujourd'hui les microplaques
comportent 384 puits, certaines pouvant aller jusqu'à
1 536 puits. Ces progrès ont permis de multiplier les tests et,
également, de réduire les coûts car les essais sont " miniaturisés "
et utilisent des volumes d'échantillons très réduits.
Le criblage à haut
débit se caractérise par l'utilisation de robots capables de gérer simultanément
de grands nombres de microplaques, facilement manipulables et stockables, où
sont effectués des milliers de tests par jour.
Le criblage à haut débit
est issu des progrès de la robotique. Il repose sur des systèmes capables de
réaliser des taches séquentielles indépendantes telles que dilution, pipettage
et répartition de composés dans des cupules ou puits, agitation, incubation,
lecture de résultats. Ils sont pilotés par des logiciels spécifiquement adaptés
au type d'analyse à réaliser. Les essais sont effectués dans des microplaques
standards identifiées par un code à barres et manipulées par la
" main " d'un robot : celle-ci prend la plaque vide, ajoute les
réactifs nécessaires et les composés à tester, gère le temps de la réaction
puis passe la plaque à un lecteur pour connaître le résultat. Pour visualiser
les réactions issues de la mise en contact, dans les puits, de la molécule et de
la cible, on utilise des méthodes basées sur la radioactivité ou, bien souvent,
la fluorescence. Ces résultats sont stockés et analysés grâce à des
ordinateurs.
La génomique, la bioinformatique, les biopuces et la chimie combinatoire vont offrir des possibilités thérapeutiques remarquables selon des approches très diverses : la sélection de cibles d'intérêt pour la mise au point de médicaments traditionnels, la thérapie génique, les vaccins, la pharmacogénomiques, le diagnostic moléculaire et la production de protéines thérapeutiques.
1.2.1. L'UTILISATION POUR LA RECHERCHE PHARMACEUTIQUE DES CIBLES ISSUES DE LA GÉNOMIQUE
L'efficacité d'un criblage est directement liée à la pertinence de la cible choisie. On comprend aisément, que tester les réactions de milliers de molécules sur des produits biologiques non impliqués dans des processus pathogènes n'offre aucun intérêt. Le choix des cibles est donc essentiel et l'apport de la génomique est considérable. La génomique permet de mieux connaître les bases moléculaires des maladies.
1.2.1.1. La connaissance du génome humain
Les informations issues de l'analyse systématique du génome
humain vont permettre d'identifier les gènes liés à certaines maladies et leur
fonction biologique via leurs produits : les protéines.
" Les gènes deviennent la voie royale pour découvrir des
médicaments : connaître la séquence d'un gène, en déduire la structure de
la protéine qu'il code, c'est identifier autant de cibles biologiques, autant
de sites d'interventions sur lesquelles ces médicaments pourront agir.
Sur les milliers de maladies connues, seules une centaine (au plus 150)
représentent un enjeu majeur de santé publique et nécessitent un traitement (ou
une amélioration du traitement). La majorité de ces maladies, comme le cancer,
l'hypertension, l'athérosclérose ou certains (troubles mentaux, ont un
déterminisme génétique multifactoriel.
En estimant que le nombre de
gènes impliqués dans de telles maladies oscille entre 5 et 10 (ce qui est
généralement admis), on voit que le nombre de gènes liés à une pathologie se
situe entre 500 et 1 000. Si l'on considère que ces gènes et leurs produits
interagissent avec 3 à 10 autres produits, qui sont autant de sites
d'intervention potentiels, on aboutit à un total de 3 000 à
10 000 cibles d'intérêt pour des médicaments. Or, c'est précisément
le nombre de sites moléculaires qui sont susceptibles, d'ici six ans, d'émerger
du décryptage du génome humain !
Autrement dit, c'est par au moins
un facteur 10 que l'on peut espérer pouvoir, en quelques années, multiplier le
nombre de cibles actuellement exploitées (417 seulement, rappelons-le) !
Sans compter que la plupart des cibles fournies par la génomique (comme des
récepteurs nucléaires, l'ADN ou les canaux ioniques) sont peu explorées
aujourd'hui dans le processus de mise au point des médicaments. "
27(*)
La création de cibles issues de la génomique passe généralement par la
création d'ADN complémentaires (ADNc). En effet, les ARN messagers (ARNm), ces
copies d'ADN, porteuses de l'information nécessaire pour fabriquer les protéines
correspondant aux gènes, pourraient être analysés et conservés pour fournir en
temps utile des protéines cibles. Mais ce sont des molécules très fragiles. On
utilise une astuce technique : à partir des ARNm, on synthétise, en jouant
sur la complémentarité des bases nucléotidiques des ADN complémentaires (ADNc),
copies stables des ARNm, offrant l'intérêt majeur de pouvoir être stockées,
copiées et séquencées.
Ces ADN permettent, lorsque l'on veut effectuer
un criblage précis, de produire les protéines codées par les gènes
correspondants, afin de tester les molécules : il s'agit principalement de
protéines spécifiques comme des enzymes et des récepteurs, cibles privilégiés
pour la recherche pharmaceutique.
1.2.1.2. La connaissance des génomes bactériens
La connaissance des génomes bactériens permet également de
cribler des familles de molécules de type antibactérien et des vaccins.
Un exemple de cibles potentielles pour de nouveaux antibactériens permettant de
contourner les phénomènes de résistance aux antibiotiques : le blocage du
processus de réplication de l'ADN bactérien, déduit de la connaissance du
génome d'Escherichiacoli.
" Autre piste, le
processus de réplication de l'ADN bactérien offre aussi des cibles
intéressantes. Chez Escherichia coli, par exemple, plus de trente protéines sont
impliquées dans la réplication de l'ADN. La mutation des gènes codant ces
protéines entraîne généralement un blocage de la réplication, suivi d'un arrêt
de la croissance et souvent de la mort bactérienne. D'autre part, la machinerie
de réplication est similaire chez la plupart des bactéries. De ce fait, un
inhibiteur de la réplication a toutes les chances d'avoir un spectre d'activité
large. A l'heure actuelle une famille d'antibactériens, les quinolones, a pour
cible les topo-isomérases, enzymes impliquées dans les changements de
conformation de l'ADN. Mais on connaît maintenant une vingtaine d'enzymes
(polymérase III holo-enzyme et ses sous unités, ou encore DnaA, DnaB et
DnaC...) qui interviennent dans la phase initiale de réplication de
1'ADN : ce sont autant de cibles potentielles pour de nouveaux agents
antibactérien. "28(*)
Depuis le premier séquençage d'un génome bactérien, celui
d'Haemophilusinfluenzaeen 1995, de nombreux autre ont été
totalement séquencés ou vont l'être prochainement. Certains chercheurs estiment
que les génomes de la majorité des bactéries pathogènes pour l'homme seront
séquencés au début des années 2000. Il est certain qu'un génome bactérien
correctement reconstitué et annoté apporte de nouvelles cibles permettant le
criblage, soit de nouveaux produits antibactériens, soit de vaccins (ainsi que
cela est exposé au chapitre 1.2.3., notamment en ce qui concerne les
génomes d'HelicobacterPylori et de Mycobacterium
tuberculosis).
1.2.2. LA THÉRAPIE GÉNIQUE
La thérapie génique est la fille de la génomique, qui en est l'indispensable préalable.
1.2.2.1. Origine et application de la thérapie génique
Le défi de la thérapie génique est de parvenir à
corriger, à l'intérieur des cellules d'un organisme humain, les anomalies qui,
en affectant son génome, sont responsables de pathologies graves et, le plus
souvent, actuellement incurables.
L'objectif est d'atteindre et de
supprimer la cause de la maladie et de ne plus se contenter d'atténuer ou
d'effacer les symptômes.
" La thérapie génique est l'insertion
délibérée de matériel génétique dans l'organisme d'un patient pour corriger un
défaut précis à l'origine d'une pathologie, que ce soit à titre curatif ou
préventif "29(*).
Cette définition inclut à la fois la thérapie du gène (réparation de
gènes dont l'altération est responsable de maladies), objectif qui prévalait
pour les maladies génétiques en 1983, après la mise au point des premiers
vecteurs, et l'utilisation de gènes comme nouveaux types de médicament.
À l'origine, la cible la plus logique de la thérapie génique a paru être le
domaine des maladies monogéniques héréditaires : pour ces affections, on
était certain que les personnes porteuses d'un gène sain ne développeraient pas
la maladie. Par ailleurs, on connaissait précisément les gènes responsables de
nombreuses maladies génétiques grâce à l'action menée notamment par
l'Association françaises contre les myopathies. Mais les champs d'application de
la thérapie génique se sont ensuite diversifiés.
Le principe de
cette thérapie, est d'introduire un gène-médicament à l'intérieur de la cellule
cible afin de :
- corriger une maladie génétique en
introduisant dans les cellules malades un gène-médicament faisant défaut ;
- inhiber ou stimuler la synthèse d'une protéine donnée.
Il
existe trois méthodes de thérapie génique :
- La thérapie
génique ex vivo consiste à prélever sur le patient les cellules cibles, à
les modifier génétiquement avec le vecteur viral porteur du gène thérapeutique
puis à les réintroduire chez le patient.
Cette méthode est utilisée en
particulier pour les cellules sanguines qui sont faciles à prélever et à
réintroduire.
- La thérapie génique in situ consiste à placer
directement au sein du tissu cible le vecteur de transfert. Cette technique est
expérimentée, notamment, dans les cas de mucoviscidose (transfert de vecteurs
dans la trachée et les bronches), de cancer (injection dans la tumeur d'un
vecteur portant le gène d'une toxine, par exemple), ou de dystrophie musculaire
(injection dans le muscle d'un vecteur porteur du gène de la dystrophine) ;
- La thérapie génique in vivo consiste à injecter le vecteur
portant le gène thérapeutique directement dans la circulation sanguine ; le
vecteur est alors censé atteindre spécifiquement les cellules cibles.
1.2.2.2. Les obstacles techniques
La thérapie génique suppose nécessairement :
-
un gène-médicament ;
- un vecteur pour le transporter ;
- une cellule cible où le gène puisse s'exprimer.
Aujourd'hui,
l'évolution de la thérapie génique repose essentiellement sur le développement
des systèmes de transfert des gènes : ils doivent être sûrs, efficaces,
capables d'exercer leur fonction dans des cellules qui ne se divisent pas et
d'assurer la stabilité de l'expression du gène thérapeutique.
Les principaux types de vecteurs
Les virus ont la capacité de franchir, dans certains
conditions, les barrières de protection que dresse le corps humain en cas
d'introduction d'ADN étranger dans son génome. Ils sont capables d'introduire
leur matériel génétique dans les cellules qu'ils infectent. C'est pourquoi les
chercheurs ont eu l'idée de les utiliser pour transférer les gènes
thérapeutiques dans les cellules des patients.
Bien entendu, les virus
utilisés ne doivent présenter aucun danger : on transforme donc
génétiquement les virus en ôtant, dans leur propre génome, les séquences
nécessaires à leur réplication et leur virulence (les gènes E 1 et
E 4). Différents types de virus sont utilisés comme vecteurs :
- Les rétrovirus ont été les premiers virus testés. Leur qualité
principale est de pouvoir intégrer leur matériel génétique de façon permanente
dans le génome des cellules qu'ils infectent. Actuellement, 60 % des
protocoles cliniques sont fondés sur l'utilisation de vecteurs rétroviraux,
dérivés des rétrovirus de la leucémie murine (MLV, virus de Moloney en
particulier). Ils peuvent contenir un ADN exogène de taille relativement
grande : huit kilobases30(*).
À l'exception du VIH (virus de l'immunodéficience humaine), ces virus ont
évolué sous des formes peu pathogènes et leur utilisation présente des risques
limités.
Ils sont utilisés selon la technique ex vivo. La
pénétration des rétrovirus dans les cellules cibles se fait grâce à la
reconnaissance, par un récepteur cellulaire, d'une protéine présente sur
l'enveloppe virale. Mais, pour être efficace, c'est-à-dire pour s'intégrer dans
le chromosome cellulaire, le vecteur ne peut se contenter d'être entré dans le
cytoplasme de la cellule : il doit pénétrer jusqu'au noyau de la cellule.
Ce n'est possible qu'au moment où la cellule se divise pour se reproduire
(mitose), car la membrane du noyau est alors momentanément rompue. Cette
particularité explique que l'on doive utiliser la technique in vivo car,
lorsque l'on cultive, en laboratoire, les cellules humaines, la plupart d'entre
elles sont réceptives aux rétrovirus MLV et se divisent activement lors de
l'exposition aux rétrovirus qui peuvent ainsi pénétrer dans leurs noyaux.
Mais l'approche ex vivo a ses limites. Les cellules sanguines qui
pourraient être ainsi traitées, car elles sont faciles à prélever et à
réintroduire dans l'organisme, sont malheureusement peu réceptives au MLV :
elles expriment peu le récepteur à ce virus, qui pénètre donc difficilement en
elles.
L'utilisation des rétrovirus in vivo est encore plus
délicate :
- Les vecteurs doivent atteindre principalement les
cellules cibles ; or, les cellules endothéliales expriment naturellement un
récepteur au MLV ; de ce fait, les rétrovirus modifiés peuvent pénétrer
dans ces cellules rencontrées sur le chemin qui doit les mener aux cellules
cibles. Dans la mesure où les vecteurs rétroviraux ne peuvent pas être produits
à des concentrations élevées, le fait qu'ils se fixent partout dans la
circulation sanguine les empêche de parvenir en quantité suffisante pour une
transduction31(*)
efficace dans les cellules cibles.
- La plupart des cellules
considérées comme des cibles potentielles pour une thérapie génique ne
prolifèrent pas activement in vivo. Les rétrovirus ne peuvent profiter de
la mitose pour s'introduire dans leur noyau. La solution de l'avenir sera
peut-être l'utilisation des lentivirus, (tel que le VIH) qui sont capables de
pénétrer dans le noyau des cellules ne se divisant pas. Le risque principal
présenté par ces virus est une éventuelle recombinaison entre le génome viral
et le génome des cellules transduites, susceptible de produire un virus
pathogène.
C'est pourquoi les recherches portent sur des systèmes
hybrides incluant le génome modifié du VIH (débarrassé des gènes responsables du
caractère pathogène du virus) dans un vecteur rétroviral. Cette méthode paraît
intéressante mais n'en est qu'à ses balbutiements.
- Les
adénovirus ont des caractéristiques intéressantes : leur grande taille
permet le transfert de très larges séquences d'ADN (plus de 35 kb) ;
ils sont capables d'infecter un grand nombre de types de cellules différentes,
même si elles ne sont pas en phase de mitose ; ils peuvent être produits à
des concentrations élevées. Ils ont aussi des défauts, notamment celui de
provoquer de fortes réactions inflammatoires et immunitaires. C'est pourquoi les
vecteurs adénoviraux de deuxième génération contiennent des génomes réduits des
virus. On doit toutefois noter qu'ôter des séquences des génomes viraux présente
des inconvénients : ainsi, il peut être nocif de retirer les séquences
correspondant à des régions dites " activatrices " qui aident à
maintenir la stabilité du génome viral dans la cellule.
Aujourd'hui,
pour lutter contre ces réactions, l'utilisation des vecteurs adénoviraux suppose
d'administrer des gènes viraux contenant des gènes immunosuppresseurs. Une autre
solution consisterait à administrer un traitement " classique " de
produits immunodépresseurs au patient parallèlement au traitement par thérapie
génique. Parvenir à supprimer les réactions immunitaires est essentiel car les
vecteurs adénoviraux ne s'intègrent pas dans le génome de la cellule cible et
ont tendance à disparaître au fil des divisions cellulaires. Il faut pouvoir les
administrer de façons répétées sans déclencher de réaction immunitaire.
- Les adéno-associated virus (AAV) sont des virus non pathogènes très
répandus chez l'homme. Ils ne peuvent se répliquer qu'en s'associant avec des
adénovirus ou des virus de l'herpès. Ils peuvent transduire efficacement les
cellules du cerveau, du foie et certaines cellules sanguines. Ils peuvent
infecter des cellules en dehors des phases de mitoses. Malheureusement cette
qualité essentielle disparaît lorsque l'on modifie le génome des AAV pour y
introduire le gène-médicament : les vecteurs restent capables d'infecter
des cellules ne proliférant pas mais ne s'intègrent plus dans leur génome. Par
ailleurs, les AAV présentent un autre inconvénient : celui de ne pouvoir
contenir que des petites séquences d'ADN (4,8 kb).
Ces AAV pourront
donner des vecteurs peu dangereux et présentant certains avantages mais ils sont
actuellement inexploitables dans le domaine clinique.
- Les vecteurs
synthétiques ont plusieurs qualités : facilement produits, ils sont
stables et peuvent contenir des séquences d'ADN de grande taille. Ce sont des
lipides, des peptides ou des polymères dits cationiques car ils sont porteurs
d'une charge électrique positive. Celle-ci leur permet de compacter les
milliers de paires de bases d'une molécule d'ADN (chargées négativement) et de
donner une charge positive à l'ensemble (vecteur + ADN) qui peut interagir
avec les charges négatives des membranes des cellules.
La pénétration
in vitro des vecteurs synthétiques dans les cellules ne pose pas de
problèmes ; malheureusement les résultats in vivo sont très
décevants. Il semble que, injectés par voie intraveineuse, les vecteurs
s'agrègent en particules de grande taille mécaniquement retenues par les deux
principaux filtres du corps humain (poumon et foie).
Compte tenu de ces
difficultés, l'une des utilisations envisagée à terme, pour les vecteurs
synthétiques est le traitement de la mucoviscidose par instillation du
gène-médicament dans les poumons (dans ce cas, il suffirait semble-t-il
d'atteindre 5 % des cellules pulmonaires) :
Les défauts
actuels des vecteurs synthétiques pourraient être corrigés au prix d'importants
efforts de recherche dans le domaine de la chimie et de la biochimie. Or
l'industrie pharmaceutique est prête à valoriser son savoir-faire traditionnel
en chimie en étudiant de près les vecteurs synthétiques. Les retombées en
seraient positives pour les groupes pharmaceutiques et pour la thérapie
génique.
|
VECTEURS |
CARACTÉRISTIQUES |
TAILLE DE L'INSERT |
VOIX D'ADMINISTRATION |
INDICATIONS CLINIQUES |
COMMENTAIRES |
|
Adénovirus |
- Efficace (vecteur de référence) |
10-14 kb |
- intratrachéale |
- Oncologie |
- Production industrielle OK |
|
Adeno Associated Virus (AAV) |
- Efficacité modérée |
4,5 kb |
- intratrachéale |
- Oncologie |
- Production industrielle difficile |
|
Rétrovirus |
- Efficacité modérée |
4-6 kb |
- ex vivo |
- Oncologie |
- Production industrielle : OK |
|
Vecteurs synthétiques |
- Efficacité modérée/limitée |
illimitée (en théorie) |
- intramusculaire |
- Maladies génétiques |
- Production industrielle : +/- |
|
Pox Virus |
- Efficaces |
20 kb |
- intramusculaire |
- Immunothérapie (cancers et infectieux) |
- Production industrielle : OK |
|
Vecteurs cellulaires |
- Efficaces |
30 kb |
-intramusculaire ou |
-Immunothérapie (cancers) |
- Production industrielle : OK |
Source : Transgène
L'expression des gènes
Si le problème de l'efficacité du transfert du gène-médicament par des vecteurs est résolu à terme, il conviendra d'obtenir du gène une expression durable et au bon niveau
.
L'intérêt de la thérapie génique, du moins telle
qu'elle était conçue à l'origine, est en effet de traiter la cause de la maladie
et non seulement ses symptômes : apporter dans l'organisme du patient des
gènes destinés à compenser le dysfonctionnement de certains gènes ou leur
absence n'est efficace que si le gène de remplacement exerce réellement ses
fonctions, c'est-à-dire s'il exprime les protéines indispensables à la santé du
patient.
Ce problème est loin d'être résolu
Une expression stable et à un bon niveau
Plusieurs facteurs empêchent le maintien de l'expression des
gènes après leur transfert :
- les séquences
régulatrices32(*)
contrôlant l'expression du gène thérapeutique sont souvent reconnues comme
étrangères et inactivées par la cellule qui les reçoit ;
- si
l'efficacité du gène-médicament n'est pas atteinte, c'est alors la cellule
" d'accueil ", celle qui a reçu le gène, qui est détruite par le
système immunitaire du patient, ce système reconnaissant et éliminant les
produits de gènes étrangers et les cellules qui les expriment.
Une expression régulable
Si les problèmes précédents sont résolus, il faudra obtenir
une expression régulable du gène. En effet, plusieurs gènes importants, tel que
celui par exemple qui permet la production d'insuline, ne s'expriment pas au
même taux en continu mais répondent à des signaux physiologiques. Il faudrait
donc que les séquences génétiques insérées puissent répondre aux signaux
physiologiques du corps et fonctionnent comme les autres gènes de l'organisme.
Devant la complexité de ce problème une autre possibilité est envisagée :
utiliser des substances chimiques administrées de façon traditionnelle et
permettant de contrôler le niveau d'activité du gène.
Cette combinaison
du gène-médicament et du produit pharmaceutique classique est étudiée avec
intérêt par l'industrie pharmaceutique : cela lui permettrait d'exercer un
certain contrôle sur le marché de la thérapie génique. Des recherches sont déjà
en cours : ainsi, les chercheurs de l'Institut de thérapie génique de
l'Université de Pennsylvanie, associés à ceux de la société Ariad
Pharmaceuticals ont conçu une approche dans laquelle un vecteur biologique
(virus) est utilisé pour délivrer aux patients des gènes thérapeutiques ayant
une particularité intéressante : ils sont inactivés au départ et les
patients doivent ingérer une pilule composée de produits chimiques pour
déclencher leur expression.
Pour conclure, on peut noter que :
- si la vectorologie progresse, la thérapie génique ex vivo permettra
vraisemblablement, d'ici quelques années, d'améliorer la situation clinique des
patients. En revanche, la thérapie génique in vivo semble beaucoup plus
difficile à mettre en oeuvre ;
- compte tenu des problèmes de
contrôle à long terme de l'expression des gènes-médicaments, une réorientation
des finalités de la thérapie génique est en cours.
1.2.2.3. La réorientation des applications de la thérapie génique
" Il existe autant de thérapies géniques que de maladies à traiter, chaque type de tissu comportant des problèmes particuliers. Le fait de traiter une maladie acquise ou d'essayer de corriger une maladie héréditaire implique des problèmes de nature très différente "33(*). Les maladies héréditaires monogéniques, les maladies acquises et les vaccins ont des horizons thérapeutiques très différents.
Les maladies héréditaires
Leur horizon thérapeutique est lointain. La seule solution,
en matière de thérapie génique est d'introduire une bonne version du gène
déficient, ou de moduler l'expression de certains gènes. Or, ainsi que l'a
montré le paragraphe précédent, les techniques actuelles ne permettent pas de
contourner les réactions inflammatoires ou immunitaires ni d'obtenir une
expression stable et persistante du gène.
Les maladies héréditaires
monogéniques sont régies par deux grands mécanismes l'un de perte, l'autre de
gain de fonction.
En cas de perte de fonction, la carence fonctionnelle
d'un gène aboutit à un déficit (tel est le cas, par exemple, de l'hémophilie ou
de la mucoviscidose) ; la stratégie consiste alors à le remplacer par un
gène en état de fonctionner.
Lorsqu'il y a gain de fonction
(drépanocytose, chorée de Huntington, polykystose rénale héréditaire), les
symptômes de la maladie sont liés à la synthèse d'une protéine anormale à effets
délétères sous la direction du gène muté ; l'apport d'un gène fonctionnel
ne suffit pas à avoir des effets thérapeutiques ; il faut inhiber le
fonctionnement du gène muté ou inactiver son produit protéique.
Lorsqu'un effet thérapeutique peut être espéré par la production dans la
circulation d'une substance très active, par exemple une hormone, une cytokine
ou un facteur de coagulation, un certain optimisme est raisonnable, même si les
difficultés ne sont pas toutes résolues.
En revanche, lorsqu'il s'agit
de faire pénétrer un gène fonctionnel dans un très grand nombre de cellules
affectées et si une expression prolongée du gène thérapeutique est nécessaire,
on ne peut être optimiste, du moins à court et moyen terme.
Ces
difficultés ne condamnent nullement les recherches. Cette solution serait
particulièrement mal venue en France, compte tenu des efforts humains,
scientifiques et financiers des associations de malades telles que
l'Association française contre les myopathies (AFM).
" Chaque
jour apporte un lot de nouvelles découvertes. Partout dans le monde, des
chercheurs contribuent à leur développement. Après le cancer, les essais
cliniques débutent pour les maladies génétiques. Même si tout est loin d'être
résolu, et que des questions importantes sont encore sans réponse, nous y
croyons plus que jamais. Parce que nous savons que de la masse critique de
connaissances accumulées grâce à nos efforts au cours des dernières années,
doivent émerger de nouvelles idées, de nouveaux concepts qui permettront de
lever les derniers obstacles à la mise au point de
traitements. "34(*)
Dans un premier temps, la thérapie génique progressera plutôt, dans le
domaine des maladies acquises.
Les maladies acquises
Les maladies aiguës nécessitent des vecteurs efficaces qui
transfèrent de fortes quantités de gènes n'ayant pas obligatoirement une
expression prolongée. On peut noter par ailleurs que les réactions
inflammatoires liées à l'emploi de certains vecteurs sont de moindre importance
dans la mesure où les gènes-médicaments ne sont pas destinés à être administrés
de façon régulière et continue.
- Le cancer est une cible
majeure de la thérapie génique. L'oncologie mobilise aujourd'hui la majorité des
essais cliniques. Une grande variété d'approches sont actuellement
expérimentées :
La technique du gène-suicide : on
transfère dans des cellules (généralement des lymphocytes) le gène d'une enzyme,
la thymidine-kinase (TK), du virus de l'herpès (HSV). Ces cellules génétiquement
modifiées sont injectées dans la tumeur maligne. Le " gène-suicide ",
c'est-à-dire le fragment d'informations génétiques issu du virus de l'herpès,
s'introduit au sein des cellules malignes. Les médecins administrent alors au
patient un médicament qui n'est actif qu'en présence d'affections virales
herpétiques (Cymevan ou Ganciclovir). Ce médicament provoque la destruction
sélective des cellules tumorales.
La lutte contre
l'angiogenèse :
La capacité, pour une tumeur cancéreuse, de
grossir et de métastaser est étroitement liée à la prolifération des nouveaux
vaisseaux sanguins qu'elle induit. Ce phénomène, appelé angiogenèse, permet la
transformation d'un petit amas de cellules anormales en une grosse masse pouvant
se disséminer dans tout l'organisme.
Bloquer l'angiogénèse est un bon
moyen de lutter contre les tumeurs. Cela peut être réalisé grâce à
l'angiostatine, une protéine existant naturellement dans le corps. On peut
notamment citer, dans ce domaine, les travaux d'une équipe
franco-américaine35(*)
qui a mis au point une technique de thérapie génique pour fabriquer deux
anti-angiogenèses : l'angiostatine et l'endostatine et leur permettre
d'agir efficacement ; les gènes qui codent pour la protéine inhibitrice de
l'angiogénèse sont introduits dans un rétrovirus puis transférés dans des
cellules souches de moelles osseuses cultivées in vitro qui sont ensuite
transplantées dans l'organisme. Cette technique semble toutefois plus efficace
à l'heure actuelle chez la souris que chez l'homme.
L'immunothérapie est également un moyen de lutte contre le cancer.
Cette technique sera étudiée dans le chapitre consacré aux nouveaux vaccins.
La destruction spécifique des cellules tumorales peut
également être envisagée grâce à des produits cytotoxiques. On utilise alors la
brièveté d'expression du gène comme un atout ce qui, dans le cas d'autres
thérapies géniques appliquées à des maladies héréditaires chroniques, est un
handicap.
Certains vecteurs cellulaires mis au point par la Société
Transgène ont une expression brève et une forte efficacité. Il s'agit de
cellules dites " vero ", provenant d'un rein de singe ; elles ont
la capacité de " sur-exprimer " le gène-médicament avant d'être
détruites rapidement. D'où leur intérêt, par exemple, pour stimuler la
fabrication d'un cytotoxique comme l'interleukine II, au niveau d'une
tumeur, sans risque d'affecter, à cause d'une expression trop durable du gène,
les autres cellules de l'organisme.
Le gène P 53.
Cette thérapie est actuellement en phase III des essais cliniques36(*) ;
elle semble assez efficace notamment contre le cancer de la sphère ORL appelé
aussi cancer " tête et cou ". On envisage d'associer le traitement à
une chimiothérapie ou une radiothérapie.
Il s'agit d'une injection dans
les tumeurs cancéreuses du gène suppresseur de tumeurs, P 53, surnommé
" gardien du génome ". Ce gène est naturellement présent dans les
cellules. Lorsque des mutations surviennent, il fait en sorte qu'elles soient
aussitôt réparées. Si les dégâts sont trop importants, il amorce le programme
d'autodestruction de la cellule. Malheureusement, ce gène est lui-même parfois
victime d'une mutation et n'effectue plus son travail. La cellule est alors
livrée à elle-même et risque, à tout moment, de dériver vers la cancérisation.
La moitié des cancers portent la marque de ce défaut. La thérapie génique
permet de compenser cette mutation en introduisant un exemplaire actif du gène
dans les cellules cancéreuses pour réactiver les mécanismes de correction ou
d'autodestruction. Des essais cliniques de thérapies génique, avec le gène
P 53, sont actuellement conduits sur des cancers aussi variés que le cancer
du poumon, du sein, de l'ovaire, de la prostate, du cerveau..., mais ils en sont
encore à des phases précoces.
En tout état de cause, même si la thérapie
génique peut offrir, à terme, des opportunités pour le traitement des cancers,
il faut rester très prudent et garder à l'esprit le récent abandon, par le
groupe Novartis, des recherches sur le glioblastome (cancer du cerveau).
Celles-ci avaient atteint la phase III des essais cliniques et les
Drs David KLATZMANN et Jean-Loup SALZMANN avaient constaté des pourcentages
de rémission jamais atteints par un autre traitement. Toutefois, l'essai de
phase III, mené en aveugle (patients et médecins ignorant qui prend le
médicament ou le placebo) a donné des résultats trop peu significatifs pour que
Novartis envisage une commercialisation.
- Les maladies
cardiovasculaires pourraient aussi bénéficier de thérapies géniques. On
évalue en particulier les possibilités de stimuler la repousse de vaisseaux
sanguins par transfert de gènes de facteurs de croissance des cellules
endothéliales vasculaires (VEGF). Une maladie vasculaire avancée peut en effet
déboucher sur la survenue d'ischémie dans les extrémités des membres ; on
pourrait remédier à celle-ci par l'injection directe de vecteurs exprimant le
VEGF permettant ainsi d'accroître l'apport sanguin dans les territoires
atteints.
Dans ce cas encore, la limitation dans le temps de l'expression
de gène n'est pas un handicap car il suffit que celle-ci dure un mois pour que
les vaisseaux repoussent. Selon le Dr. LEBOULCH, l'efficacité de cette
technique peut être accrue si l'on injecte directement les vecteurs dans les
zones ischémiques à l'aide d'un cathéter spécial.
" La stratégie
consistant à faire développer de nouveaux vaisseaux sanguins (ou angiogénèse)
pour pallier l'obstruction des artères est une situation relativement accessible
à une thérapie génique car il n'est ici pas nécessaire ni même
souhaitable d'obtenir une expression prolongée des gènes thérapeutiques. En
effet une expression prolongée des gènes induirait probablement la formation de
nouveaux vaisseaux sanguins dans d'autres régions de l'organisme, ce qui
pourrait conduire à la formation de tumeurs.
Les scientifiques de
l'Université de Cornell à New-York, (US) financés par Gen Vec ont injecté le
gène codant le VEGF (un facteur de croissance des vaisseaux sanguins)
directement dans le muscle cardiaque tout en réalisant une opération de
pontage. Les résultats de ces essais viennent d'être rendus publics. Ils sont
extrêmement encourageants. De leur côté les chercheurs de Collateral
Therapeuties ont utilisé le gène codant le facteur de croissance des
fibroblastes. Ils prévoient d'administrer le gène-médicament par un
cathéter dans les artères coronaires des patients. Les essais cliniques de
phase I/II doivent débuter au cours du premier trimestre 1998. Sous réserve
d'un succès, des essais de phase III pourraient démarrerdès l'année
prochaine ce qui signifie que le produit pourrait être commercialisé dans trois
ans. Les essais menés par Gen Vec devraient concerner une dizaine
de patients avec un calendrier relativement similaire à celui de
Collateral Therapeutics. Les deux approches, utilisant des vecteurs
adénoviraux, ont probablement chacune leurs avantages et leurs inconvénients.
Par exemple, la technique d'administration de Collateral Therapeutics
semble d'emblée plus simple et moins invasive. En revanche, il est possible que
l'approche de Gen Vec permette de conserver le gène au site où il doit
s'exprimer. D'autres sociétés ont déjà démarré des essais utilisant le même type
de gènes pour traiter des troubles vasculaires périphériques (autres que
cardiaques). "37(*)
- Les autres pathologies :
D'autres voies
thérapeutiques actuellement à l'étude visent les maladies infectieuses comme le
SIDA et l'hépatite B, les affections articulaires inflammatoires, la
maladie d'Alzheimer et la sclérose en plaques.
Dans le domaine du SIDA,
de nombreux projets existent mais beaucoup se heurtent à deux problèmes :
les difficultés de transfert des gènes et le peu de modèles animaux.
Les maladies sensibles aux protéines thérapeutiques
Certaines maladies peuvent être traitées par la sécrétion
dans l'organisme d'une protéine " manquante ".
Cette protéine
peut être l'érythropoïétine, qui favorise la production des globules rouges ou,
dans le cadre de maladies lysosomiales, l'enzyme déficiente susceptible d'être
captée par les cellules de l'organisme. Dans le diabète insulino-dépendant, il
faut fournir à l'organisme de l'insuline en quantité suffisante.
D'autres protéines dont l'insuffisance provoque des maladies graves peuvent être
produites in situ par l'organisme : la facteur VIII,
l'urokinase, la calcitonine (maladie de Paget). On peut alors parler de
protéines de troisième génération, la première génération étant celle des
protéines purifiées et la deuxième celle des protéines recombinantes.
" Avec la thérapie génique, le gène devient un possible médicament. La
thérapie génique pourra s'appliquer, évidemment, à des maladies génétiques, et,
plus généralement, à toutes les affections, héréditaires ou acquises, qui
peuvent bénéficier du traitement par une protéine thérapeutique. En effet, il
est, en principe, toujours possible de remplacer un médicament protéique par le
gène qui va en commander la synthèse dans les propres cellules du malade qu'il
faut soigner. En ce sens, la thérapie génique constitue la troisième étape de
l'utilisation des protéines médicamenteuses. La première est celle de la
purification à partir de tissus ou de fluides animaux ou humains ; la
seconde est le génie génétique, où l'on asservit des micro-organismes à produire
le médicament protéique en leur transférant le gène correspondant ; la
thérapie génique, enfin, transfère directement l'ADN dans l'organisme qu'il faut
soigner, des cellules de celui-ci devenant des microfabriques du médicament et
des microsystèmes de sa délivrance au malade. "38(*)
Ainsi, la firme américaine Chiron a récemment lancé des essais de
thérapie génique susceptible de traiter les personnes atteintes
d'hémophilie A. Ces essais visent à vérifier les possibilités d'injection,
par voie intraveineuse, de gènes codant pour la production directe par
l'organisme d'un facteur sanguin précis : le facteur VIII.
De
même, la société Avigen a déposé un brevet relatif au traitement de l'anémie par
l'injection, par l'intermédiaire du vecteur viral AAV, du gène codant pour
l'EPO (erythropoïétine).
La thérapie génique associée
Cette approche thérapeutique semble très intéressante. C'est
la combinaison de la thérapie génique et d'un traitement médical ou chirurgical
classique. On peut citer quelques exemples :
- Lors des greffes de
moelle osseuse, on est amené à injecter au patient des lymphocytes du donneur de
moelle ce qui présente l'inconvénient d'exposer le patient à un risque de
maladie de greffon contre l'hôte qui peut être très grave.
L'une des
parades possibles est de prélever des lymphocytes du donneur et d'y transférer
un gène-suicide (enzyme TK du virus de l'herpès, comme dans le cas des
tumeurs cancéreuses) avant de les injecter au patient greffé. Si ces
lymphocytes entraînent effectivement une réaction sévère du greffon contre le
receveur, on peut administrer à ce dernier une molécule comme le Ganciclovir.
Les lymphocytes modifiés, rendus sensibles à cette substance seront détruits.
- Les cellules cancéreuses résiduelles peuvent également être
détruites :
Lors de traitements de cancers par chimiothérapie,
l'on envisage souvent des greffes autologues de cellules sanguines (à l'origine
des défenses immunitaires). Dans ce cas, on réinjecte au patient ses propres
cellules, qu'elles aient ou non été modifiées ; souvent il peut rester des
cellules cancéreuses dans les populations cellulaires sanguines que le patient
reçoit. Une équipe américaine (université de Yale) vient de mettre au point un
système de thérapie génique par gène suicide permettant de se débarrasser des
cellules cancéreuses résiduelles.
- La thérapie génique peut
également protéger les patients des effets négatifs de la chimiothérapie
anticancéreuse.
Une des limitations de la chimiothérapie est l'excessive
toxicité des molécules utilisées s'exerçant notamment vis-à-vis des cellules
sanguines et conduisant à une immunodépression sévère. Des stratégies de
thérapie génique proposées reposent sur le transfert chez le malade de gènes
protecteurs dans les cellules à l'origine des lignées sanguines et présentes
dans la moelle osseuse. Dans ce type de méthodes, le transfert de gène est
d'abord entrepris sur des cultures de cellules de moelle osseuse du malade (ex
vivo), et les cellules modifiées sont ensuite ré-injectées au patient. Celui-ci
peut alors recevoir sans risque un traitement chimiothérapique intensif.
1.2.2.4. Le point sur la thérapie génique
Les maladies concernées par la thérapie génique
|
TÊTE |
Cécité : |
- thérapie génique pour neutraliser un gène déficient. |
|
Maladie de Parkinson : |
- ralentissement de la mort des neurones et stimulation de leur repousse. | |
|
MUSCLES |
Myopathie de Duchenne (1 naissance/ 3000) : |
- injection du gène de l'utrophine pour rétablir la liaison muscle-cerveau. |
|
Dégénérescence musculaire due au vieillissement : |
- injection d'un facteur de croissance des muscles (IGF-1). | |
|
SANG |
Diabète insulino-dépendant : |
- restitution d'une enzyme impliquée dans la synthèse du glycogène et de l'insuline. |
|
Hypercholestérolémie familiale : |
- mécanisme de fixation du cholestérol déficient. | |
|
Anémie(déficit dans le transport d'oxygène) : |
- injection d'un facteur de croissance des muscles (IGF-1). | |
|
Hémophilie A(1 naissance/5000) et B (1 naissance/50000) - défaut de coagulation du sang : |
- injection dans les muscles ou le foie du gène manquant. | |
|
Intolérance au lactose (sucre présent dans le lait) : |
- introduction du gène codant pour la galactoridase. 50 % de la population mondiale touchée. | |
|
POUMONS |
Mucoviscidose(1 naissance/2000, espérance de vie, environ 20 ans) - affection des poumons : |
- transfert du gène CFTR par voie orale. |
|
COLONNE VERTÉBRALE |
Sclérose latérale amyotrophique (paralysie progressive) : |
- on injecte un facteur de croissance des neurones ou un gène pour stopper la mort des neurones. |
|
CoeUR ET ARTÈRES |
Maladies cardiovasculaires : |
- revascularisation autour des veines obturées. |
|
SYSTÈME IMMUNITAIRE |
Maladie chronique granulomateuse (défaut de la lutte anti-infectieuse qui provoque infections sévères pluriviscérales) : |
- on introduit le gène codant pour l'enzyme NADPH oxydase. |
|
Maladies infectieuses : SIDA, paludisme, hépatite B, herpès, tuberculose, grippe, athérosclérose : |
- système de vaccination ADN. | |
|
CANCERS |
Cerveau, ORL, prostate, reins, peau, sein, poumon, leucémie : |
- certains gènes injectés poussent les tumeurs à s'autodétruire, d'autres les asphyxient ou les empêchent de migrer, ou encore stimulent le système immunitaire contre elles. |
|
Source : L'Usine nouvelle - Hors série - Mars 1999. | ||
Les essais cliniques en cours39(*)
|
PAYS |
PROTOCOLES |
PATIENTS | ||||
|
Nombre |
% |
Nombre |
% | |||
|
Amérique |
277 |
75,5 |
2210 |
71,5 | ||
|
Europe |
70 |
19,1 |
510 |
16,5 | ||
|
Asie |
10 |
2,7 |
29 |
0,9 | ||
|
Autres |
10 |
2,7 |
369 |
11,1 | ||
|
Total : |
367 |
100 |
3118 |
100 | ||
|
PHASE |
PROTOCOLES |
PATIENTS | ||||
|
I |
241 |
1463 | ||||
|
I / II |
92 |
857 | ||||
|
II |
32 |
520 | ||||
|
III |
2 |
249 | ||||
|
Total : |
367 |
3089 | ||||
|
PROTOCOLES |
PATIENTS | |||||
|
Cancer |
230 |
2099 | ||||
|
Cardiovasculaires |
11 |
39 | ||||
|
Maladies infectieuses |
29 |
405 | ||||
|
Maladies génétiques |
53 |
286 | ||||
|
Maladies auto-immunes |
5 |
28 | ||||
|
Autres |
39 |
232 | ||||
|
Total : |
367 |
3089 | ||||
Marché et industrie de la thérapie génique
- Alors que, en 1997, le marché de la thérapie génique
de 2010 était estimé à 3,2 milliards d'euros (selon la Business
Communications Company), en 1998, les estimations étaient passées à
41 milliards d'euros vers 2010 (estimation de la Federal Trade Commission).
- Les grands groupes pharmaceutiques impliqués sont :
Rhône-Poulenc Rorer et Hoechst Marion Roussel (Aventis), Schering-Plough,
Novartis, Glaxo Wellcome et, depuis peu, Roche.
- La thérapie
génique en France40(*) :
|
Les laboratoires : | |
|
CNRS | |
|
INSERM | |
|
Généthon :association financée par le Généthon, entièrement consacrée à la recherche et à la production de vecteurs de thérapie génique | |
|
Les entreprises : | |
|
Gencell RPR avec un centre de production à Vitry | |
|
Transgène avec un centre de production à Strasbourg | |
|
Génopoïétic avec un centre de production à Lyon | |
|
Les principaux centres de traitement : | |
|
Hôpital Pitié-Salpêtrière | |
|
Hôpital Necker | |
|
Institut Gustave-Roussy | |
|
Institut Curie | |
|
Centre hospitalier de Nantes | |
|
Centre Léon-Bérard de Lyon | |
|
Centre hospitalier de Lyon-Sud | |
|
Hôpital Debrousse, Lyon | |
|
Établissement de transfusion sanguine de Besançon | |
|
Institut Curie(Institut Calmette, à Marseille) | |
|
CHU de Nantes | |
LES TRÈS RÉCENTS PROGRÈS DE LA THÉRAPIE GÉNIQUE
1. La réparation des gènes
41(*)
À côté de l'approche classique de la thérapie génique, qui consiste à
introduire dans l'organisme une " copie " correcte d'un gène
dysfonctionnel, une nouvelle technique vient d'apparaître : la réparation
in situ des gènes mutés. Elle serait efficace dans le cas de maladies
provoquées par des mutations génétiques ponctuelles, c'est-à-dire lorsqu'une
seule base incorrecte est responsable de la production défectueuse d'une
protéine. Parmi les pathologies notables causées par la mutation d'une seule
base figure notamment l'anémie falciforme.
Les nucléotides employés pour
la réparation génétique sont des " chimères " c'est-à-dire des
molécules constituées non plus d'ADN mais d'ARN-ADN.
Les résultats
obtenus in vivo sont très encourageants et méritent d'être confirmés.
2. L'électroporation in vivo pour l'injection d'ADN
nu :Améliorer le transfert du gène grâce à des impulsions
électriques42(*)
La génétique et l'électricité n'ont au départ aucun point commun et
n'avaient jusqu'à présent pas mêlé leurs applications. Aujourd'hui, deux équipes
de chercheurs français du CNRS dirigées respectivement par Luis MIR (Institut
Gustave Roussy, Villejuif) et Daniel SCHERMAN (unité mixte CNRS-Rhône-Poulenc
Rorer Vector Developpment) rapportent que l'électricité pourrait jouer un rôle
de stimulant dans le cadre de thérapies géniques en améliorant le fonctionnement
des gènes injectés. Au cours de leurs expériences, les scientifiques sont
parvenus à " introduire durablement un gène dans les muscles de souris
en obtenant, sous l'action d'impulsions électriques, une efficacité au moins
cent fois supérieure à la simple injection d'ADN ".
Un tel
résultat est prometteur car cette technique appliquée aux muscles pourrait, par
exemple, permettre de traiter des myopathies ou encore d'obtenir une sécrétion
d'hormones. " Les impulsions électriques rendent perméables les
cellules, elles ouvrent la porte des cellules pour y faire entrer le produit
choisi ", explique Luis MIR.
3. Suivre le chemin des
gènes43(*)
" Il est désormais possible de visualiser in vivo le cheminement de
brins d'ADN grâce à la tomographie à émission de positons.
C'est une
avancée méthodologique importante pour le développement de la thérapie génique.
La fabrication d'une nouvelle molécule aux effets physiologiques prouvés
ne suffit pas à la promouvoir au rang de médicament.
À cet effet, de
multiples expérimentations sont nécessaires. Entre autres, il faut pouvoir
suivre son trajet sinueux à l'intérieur du corps d'un animal, puis d'un homme-un
des obstacles auquel se heurte le développement de la thérapie génique.
L'unité INSERM U 334 et le Service Hospitalier Frédéric Joliot de la
Direction Sciences du Vivant du CEA a Orsay, ainsi que le Service de
pharmacologie et d'immunologie (CEA/Saclay) viennent de relever le défi.
En utilisant une technique d'imagerie médicale, la tomographie à émission de
positons (TEP), ils visualisent, dans un organisme vivant, le cheminement
d'oligonucléotides, ces brins d'ADN ou d'ARN sur lesquels reposent les espoirs
de la thérapie génique.
Utilisée en recherche fondamentale et en
pharmacologie, la TEP permet la localisation corporelle d'une molécule marquée
par un radio-isotope. On peut alors mettre en évidence des fonctions, observer
les dégâts causés par un accident vasculaire grâce à la mesure du débit sanguin
cérébral ou encore localiser des tumeurs en visualisant la forte consommation de
glucose par des cellules cancéreuses...
Dans leur étude, publiée dans
Nature Medicine, les chercheurs se sont intéressés aux oligonucléotides,
molécules qui agissent au sein des cellules. Selon leur nature, les
oligonucléotides permettent à certaines cellules malades de synthétiser une
protéine dont elles sont dépourvues, ou ils s'opposent à l'action d'une
protéine défectueuse, soit en empêchant sa fabrication, soit en perturbant son
fonctionnement.
Actuellement, il est possible de vérifier le chemin
emprunté par ces molécules à l'intérieur d'un organisme, mais uniquement chez
des animaux de laboratoire et par des méthodes longues et laborieuses. La
nouvelle technique permet de réduire le temps nécessaire à ces études de manière
considérable : une fois les oligonucléotides radiomarqués, les chercheurs
peuvent suivre leur trajet dans un organisme vivant en quelques heures
seulement. Ils ont directement accès à une image de tous les organes, ce qui
limite le recours à l'expérimentation animale. Non invasive et sensible, cette
technique pourrait être applicable à l'homme. "
1.2.3. LES NOUVEAUX VACCINS
1.2.3.1. L'immunothérapie génique
Le principe de l'immunothérapie utilisée contre les tumeurs
est de stimuler le système immunitaire afin de s'opposer à la croissance des
cellules cancéreuses.
Les tumeurs se développent généralement à partir
de cellules dans lesquelles s'accumulent des anomalies actuellement identifiées
concernant des gènes codant pour des protéines impliqués dans la
différenciation, la prolifération cellulaire ou le contrôle du cycle.
Certaines de ces protéines sont des facteurs de croissance comme lefibroblast
growth factor (FGF), des récepteurs comme Her-2/neu, des tyrosine-kinases
comme abelson (ABL), des facteurs de transcription comme myc ou des suppresseurs
de tumeurs comme la protéine codée par le gène P 53.
La
surexpression de protéines normales ou la production de protéines anormales
peuvent conduire à une présentation antigénique de ces produits à la surface
des cellules tumorales ; elles peuvent alors être reconnues par le système
immunitaire.
" L'utilisation de cellules dendritiques44(*),
préalablement incubées avec les protéines ou les peptides tumoraux, ou dans
lesquelles auront été introduits les gènes codant les peptides est
particulièrement prometteuse.
Des cellules tumorales modifiées par les
gènes codant la molécule B 7 ou des cytokines comme le GM-CSF
(granolocyte macrophage colony stimulating factor) ou l'IL 2
(interleukine 2) pourraient être également injectées aux patients.
La GM-CSF sécrétée peut activer et recruter des cellules présentant l'antigène
tandis que la présence de la molécule B 7 et de l'IL 2 peut stimuler
les réponses lymphocytaires. Enfin, il serait possible de restaurer la
présentation des antigènes tumoraux en injectant aux patients de l'ADN codant
des antigènes tumoraux ou encore les molécules HLA (human leucocyte
antigen) ".45(*)
1.2.3.2. La vaccination génique
Il s'agit d'une vaccination à base d'ADN
" nu ". Les vaccins à ADN sont le résultat d'une découverte
fortuite. En 1988, une équipe de chercheurs de l'Université du Wisconsin en
collaboration avec la société Vical travaillait sur la pénétration de l'ADN de
plasmide dans les cellules, dans un but de thérapie génique. À leur grande
surprise, de l'ADN " nu " (qui n'est inclus dans aucun organisme)
simplement injecté en solution saline dans les cellules musculaires, s'est
montré capable de s'exprimer, produisant les protéines correspondantes, mais
sans s'intégrer au génome humain. C'est sur cette capacité que repose le
principe de la vaccination à ADN.
Elle consiste à introduire dans
l'organisme animal ou humain une partie du matériel génétique de l'agent
pathogène. Dans le cas du matériel génétique du virus contre lequel on recherche
l'immunisation, on prélève la fraction d'ADN codant pour la protéine susceptible
de déclencher une réaction immunitaire protectrice (antigène). On l'introduit
ensuite dans un plasmide (fragment d'ADN circulaire) que l'on fait se multiplier
dans des bactéries. Après extraction et purification, celui-ci est introduit
dans l'organisme où il est capable de pénétrer dans les cellules. L'ADN du
pathogène s'exprime alors dans le noyau des cellules. Il y a production
d'antigène ; celui-ci est présenté au système immunitaire et déclenche une
réponse. L'antigène viral provoque une double réponse immunitaire. D'une part,
la production d'anticorps capables, lors d'une infection, de reconnaître
spécifiquement cet antigène sur le virus ; d'autre part, l'apparition de
lymphocyte T cytotoxiques (CTL) dont le rôle est de détruire les cellules
infectées par le virus.
Cette technique peut théoriquement permettre de
vacciner contre toutes les maladies infectieuses.
Les avantages de la
vaccination à ADN sont multiples :
- la réponse immunitaire
provoquée est de longue durée ;
- il n'y pas de risque
d'infection par un agent adventice puisque le vaccin est composé d'ADN. Il n'y
pas d'effets secondaires ;
- le vaccin peut être
" multicible " : on peut réaliser des " cocktails " de
vaccins où plusieurs gènes, codant pour des protéines de différents pathogènes
seraient introduits en même temps, ce qui rendrait inutiles des injections
multiples. Certains vaccins " multicibles " existent actuellement
(DT polio, par exemple) mais d'autres sont irréalisables à cause
d'incompatibilités entre les préparations ;
- le vaccin à ADN est
chimiquement défini et thermiquement stable ce qui réduit la nécessité de
maintenir la chaîne du froid ;
- sa préparation est
standardisée : le procédé reste le même quelle que soit la maladie. Seul
change le fragment d'ADN du pathogène à cloner dans le plasmide. D'où une
économie d'échelle pour la fabrication et des coûts moindres.
Chez
l'animal, les vaccins à ADN ont donné des résultats probants pour un grand
nombre de maladies, notamment la grippe chez les primates, le paludisme, le VIH
chez la souris.
Toutefois, en l'état actuel des choses, plusieurs
problèmes se posent :
- si le plasmide étranger s'intègre à
l'ADN de la cellule hôte en certains endroits, on ne peut écarter l'hypothèse
qu'il active un oncogène, gène déclencheur de cancer ou, à l'inverse, inhibe
l'action d'un gène suppresseur du cancer. Même si ce risque semble très
théorique aux chercheurs, il doit être très rigoureusement évalué ;
- les connaissances des mécanismes entrant en jeu lorsqu'on injecte
l'ADN doivent être approfondies. En effet, si l'on a la preuve que le plasmide
pénètre bien dans le noyau des cellules musculaires, puisque la protéine
produite est retrouvée à l'intérieur de ces mêmes cellules, on ne sait pas
encore très bien comment le système immunitaire prend connaissance de sa
présence.
Normalement, la réaction du système immunitaire est provoquée
par la " présentation " de l'antigène par des cellules spécialisées.
Celles-ci incorporent les substances étrangères qui pénètrent dans l'organisme
et en montrent des fragments à leur surface pour informer le reste du système.
Cette présentation nécessite l'intervention de molécules dites de classe I
et II du complexe majeur d'histocompatibilité. Or, leur présence à la surface
des cellules musculaires est loin d'être établie. Il se pourrait que la
présentation de l'antigène soit réalisée par les cellules de Langerhans situées,
entre autres, dans la peau. L'efficacité du " pistolet à
gènes "46(*)
qui, projette l'ADN vers le derme, est en faveur de cette hypothèse.
- Il faut également améliorer les formes d'administration des vaccins à ADN
par voie nasale et orale. En effet, une bonne immunité au niveau des muqueuses
est indispensable pour se défendre, par exemple, contre le VIH. Or il n'est pas
évident qu'une injection dans le muscle puisse déclencher une réponse au niveau
de l'estomac, de l'intestin, des voies respiratoires, de l'appareil génital,
etc.
Le vaccin contre la grippe prouve qu'il est possible d'avoir une
bonne protection contre une maladie respiratoire, via, probablement des
anticorps transportés par le sang jusqu'au site d'infection. Mais dans la
majorité des cas, la réponse risque de ne pas être optimale :
l'encapsulation de l'ADN, au moyen, par exemple de liposomes, permettant son
administration par voie nasale ou orale et facilitant sa pénétration au niveau
des muqueuses doit être perfectionnée. Il ne s'agirait plus alors d'ADN vraiment
nu.
- Si les résultats obtenus sur les animaux sont probants,
l'efficacité du vaccin à ADN chez l'homme n'est pas encore prouvée.
En
1998, des résultats ont été publiés pour cinq essais cliniques :
paludisme (US Navy/Vical/Pasteur Mérieux Connaught) ;
grippe (Merk) ;
HBV (Glaxo Welcome /PowderJect)
HIV (David Weiner / Apollon)
HIV (Britta Wahren).
Les chercheurs ont conclu à la bonne tolérance des vaccins à ADN et à une
réponse immunitaire jugée " satisfaisante ".
Les premiers
essais cliniques de phase II, pour la grippe et le paludisme pourraient
débuter l'année prochaine.
Ils devraient permettre une meilleure
évaluation de l'efficacité des vaccins à ADN ainsi que des doses à administrer à
l'homme pour que l'immunisation soit suffisante (si cette quantité est trop
importante, la vaccination à ADN risquerait en effet de ne pas être
économiquement envisageable).
LE DERNIER ÉTAT DES RECHERCHES
Une équipe de recherche regroupant notamment des chercheurs
du National Marine Research Center, du Centre de Recherche Médical sur les
Maladies Infectieuses de l'Armée de Terre américaine, de la firme américaine
Vical et de Pasteur Mérieux Connaught (groupe Rhône-Poulenc), publie dans la
revue Science du 16 octobre 98 les résultats des essais d'un nouveau vaccin à
ADN nu contre le paludisme (ou encoremalaria). Ces essais ont été
menés sur des sujets sains et portent sur l'innocuité et l'immunogénicité,
c'est-à-dire la réponse immune des lymphocytes T cytotoxiques (CTL)
" Killer ".
Le terme de vaccin à ADN nu fait référence à
l'administration des plasmides eux-mêmes. Selon l'article publié, la plupart des
20 sujets vaccinés avec ce vaccin à ADN contre le paludisme ont développé une
réponse de variabilité du dosage des CTL. En se fondant sûr ces résultats
prometteurs, les chercheurs étudient actuellement l'action préventive de ce
vaccin.
Ces corecherches ont pour objectif le développement d'un vaccin
à ADN avec pour modèle le paludisme, qui est une maladie infectieuse touchant de
nombreux soldats de l'Armée de Terre américains. C'est la première fois que l'on
publie les effets d'un vaccin du paludisme sur des sujets sains. De son côté,
Vical entre dans les phases I et II de développement, notamment de
" Allovectin 7 " " Leuvectin " un vaccin à base de
complexes ADN-lipides adaptés aux cellules cancéreuses ou encore de
Vaxid, un vaccin à ADN à de type plasmide. Pour sa part, Pasteur Mérieux
Connaught a acquis la licence sur la commercialisation de vaccins à ADN pour
certaines maladies infectieuses, et qui sont développés par Vical.
Source : Vigie Médecine Pharmacie. N° 39 février 1999.
|
LES TESTS DES VACCINS À ADN47(*) Ce tableau répertorie certains des tests cliniques qui évaluent l'innocuité et l'efficacité immunitaire des vaccins à ADN. Tous les vaccins testés ont été bien tolérés, et les déterminations d'efficacité sont en cours. | ||
|
Objectif |
Protéines codées par les gènes |
Résultats |
|
- Prévention de l'hépatite B |
- Antigène de surface de l'hépatite B |
- Réactions humorales et cellulaire |
|
- Prévention de l'herpès |
- Glycoprotéine de l'herpès |
- Analyses immunologiques en cours |
|
- Prévention du SIDA |
- Protéines de l'enveloppe et de régulation, ou protéines de la capside et enzymes de réplication |
- Réactions cellulaires (l'ensemble des gènes sera probablement testé dans un seul vaccin) |
|
- Prévention de la grippe |
- Hémaglutinine |
- Analyses immunologiques en cours (l'essai est terminé) |
|
- Prévention du paludisme |
- Protéine d'une des formes du parasite |
- Réactions cellulaires |
|
- Thérapie du SIDA |
- Protéines de l'enveloppe et régulatrices, ou protéines TAT, NEF et régulatrices |
- Réactions humorales dans le premier essai.
|
|
- Thérapie du SIDA |
- Protéines de l'enveloppe, régulatrices et de la capside, et enzymes impliquées dans la réplication du VIH |
- Ce vaccin a été associé à une trithérapie, analyses immunologiques en cours |
|
- Thérapie des adénocarcinomes du sein et de l'intestin |
- Antigène carcino-embryonnaire |
- Réactions cellulaires |
|
- Thérapie des lymphomes des lymphocytes B |
- Immunoglobuline |
- Réactions humorales |
|
- Thérapie des lymphomes cutanés des lymphocytes T |
- Récepteur de lymphocyte T |
- Analyses immunologiques en cours (l'essai est terminé) |
|
- Thérapie du cancer de la prostate |
- Antigène spécifique de la membrane prostatique |
- Analyses immunologiques en cours |
1.2.3.3. L'utilisation de la connaissance du génome pour la découverte de nouveaux vaccins " traditionnels "
Les progrès pouvant être réalisés dans la découverte de
nouveaux vaccins sont liés à la connaissance progressive du génome (c'est-à-dire
de l'ensemble des gènes) des bactéries et, bientôt, des parasites.
Cette
connaissance permet d'identifier les composantes les plus pertinentes pour un
vaccin, c'est-à-dire celles qui entraînent une réponse immunitaire.
L'identification des gènes d'une bactérie a pour corollaire la connaissance des
protéines codées par ces gènes. Or ces protéines constituent des
antigènes48(*)
potentiels qu'il convient de tester.
La connaissance du génome a donné
aux chercheurs la possibilité de fabriquer les multiples protéines d'une
bactérie, un gène constituant en quelque sorte la recette de confection d'une
protéine.
Les chercheurs produisent les protéines d'une bactérie qui, en
qualité d'antigènes potentiels, sont considérés comme d'éventuels candidats
vaccins.
Si l'une de ces protéines est un antigène d'intérêt, elle
déclenchera, lors de son injection dans un organisme, une réponse immunitaire
protectrice ; cet organisme, sera, à l'avenir, immunisé contre l'infection
dont est responsable la bactérie.
On peut donner deux exemples très
récents de l'utilisation de la connaissance des génomes des bactéries pour la
mise au point de vaccins.
L'ulcère de l'estomac
En juillet 1997, a été publiée la séquence complète du génome
de Helicobacter pylori, bactérie responsable des ulcères de l'estomac.
Cette découverte a fourni des informations globales sur les possibles facteurs
de virulence, le métabolisme de la bactérie, l'organisation du génome. Elle a
surtout fourni des outils de recherche très intéressants pour l'identification
des protéines codées par les gènes deHelicobacter Pylori, en particulier
de celles permettant à la bactérie de survivre, se multiplier et s'implanter au
niveau de la muqueuse gastrique. Elle a également permis la mise en place par
les industriels (Astra et Pasteur-Mérieux-Connaught/OraVax) de stratégies
d'envergure visant à identifier de façon systématique des antigènes protecteurs
et des cibles thérapeutiques d'intérêt.
La recherche d'antigènes
protecteurs est passée par l'identification des protéines spécifiques à
Helicobacter pylori qui sont des antigènes potentiels.
Les gènes
ont été amplifiés par PCR (polymerase chain reaction), clonés et
introduits dans des souches bactériennes. Ces bactéries ont produit des
protéines qui ont été purifiées et dont le pouvoir " protecteur " a
été testé chez la souris49(*).
Ayant travaillé sur l'implantation de Helicobacter pylori au
niveau de la muqueuse gastrique, la société Astra a annoncé que les premiers
tests de vaccin contre l'ulcère de l'estomac sur des volontaires commenceraient
dans les mois à venir. Le vaccin mis au point stimulerait le système immunitaire
pour qu'il crée des anticorps empêchant les bactéries Helicobacter pylori
de se fixer dans la muqueuse de l'estomac. Pasteur-Mérieux-Connaught/OraVax a
déjà réalisé des essais de phase I/II.
La tuberculose
Des scientifiques de l'Institut Pasteur ont récemment
identifié un gène de virulence du bacille de la tuberculose. L'inactivation de
ce gène atténue le pouvoir pathogène du bacille.50(*).
Malgré les médicaments existants et la vaccination par le BCG, la
tuberculose continue ses ravages. L'incidence de la maladie augmente à la fois
dans les pays en développement et dans les pays industrialisés. Au cours des dix
prochaines années, on estime que 90 millions d'adultes seront touchés par la
maladie. L'apparition de souches résistantes aux antibiotiques et l'association
de Mycobacterium tuberculosis avecle VIH font de cette maladie en
recrudescence un problème majeur de santé publique.
La tuberculose est
due à des bactéries de la famille des mycobactéries :Mycobacterium
tuberculosis, Mycobacterium bovis et Mycobacterium africanum. La virulence
de ces agents, c'est-à-dire leur pathogénicité, dépend de leur capacité à se
multiplier chez l'hôte.
À l'Institut Pasteur, l'unité de Génétique
mycobactérienne dirigée par Brigitte GICQUEL, cherche notamment à identifier les
facteurs de virulence du bacille de la tuberculose. Si l'on inactive ces gènes,
on pourra espérer obtenir un nouveau vaccin vivant atténué. Si le BCG permet de
diminuer le nombre de nouveaux cas, s'il empêche les formes graves de la maladie
chez les jeunes enfants, l'immunité conférée par le vaccin diminue
progressivement après une dizaine d'années.
La connaissance récemment
acquise du génome de Mycobacterium tuberculosis a permis l'identification
d'un gène de virulence de ce bacille : il s'agit du gène erp, codant
une protéine de la surface nécessaire à la multiplication du bacille dans les
cellules hôtes. Des souches " mutantes " de Mycobacterium
tuberculosis et de la souche vaccinale Mycobacterium bovis BCG chez
lesquelles le gène erp a été inactivé ont été construites. Les résultats
montrent que l'inactivation du gène erp, en supprimant la production de
la protéine de surface, atténue considérablement la multiplication de
Mycobacterium tuberculosis et de Mycobacterium bovis dans des
macrophages en culture et chez la souris.
La réintroduction de
erp dans les souches mutantes restaure leur capacité de multiplication.
Ces résultats suggèrent que le gène erp pourrait être un bon
candidat pour l'atténuation de la virulence de Mycobacterium tuberculosis
et pour l'élaboration de nouveaux vaccins contre la tuberculose, en partie
des vaccins vivants atténués.
Ces travaux ouvrent une voie nouvelle pour
l'étude des mécanismes de la pathogénicité des mycobactéries et pour la mise au
point de nouveaux vaccins contre la tuberculose qui tue encore plus de 3
millions de personnes chaque année dans le monde
DE L'UTILITÉ DE TROUVER DE NOUVEAUX VACCINS...51(*)
Liste non exhaustive des pathogènes non encore couverts par une vaccination :
Chlamydia sp.
Coccidioides immitis
Cryptoccoccus neoformans
Cytomegalovirus
Dengue
Entamoeba histolytica
Enterotoxigenic Escherichia coli
Epstein-Barr virus (EBV)
Group A streptococcus
Haemophilis
influenzae non typable
Hepatitis C virus (HCV)
Hepatitis D
Hepatitis E
Herpès simples virus types 1 et 2
Histoplasma
capsulatum
Human Immune Deficiency virus HIV-1
Human Immune
Deficiency virus HIV-2
Human papillomavirus
Legionella
pneumophila
Leishmania sp.
Moraxella catarrhalis
Mycoplasma pneumoniae
Neisseria gonorrheae
Parainfluenza virus
Plasmodium spp.
Pseudomonas aeruginosa
Pseudomona
cepacia
Respiratory syncytial virus
Rickettsia rickettsii
Schistosoma mansoni
Shigella
Toxoplasma gondii
Treponema pallidum
1.2.4. LA PHARMACOGÉNOMIQUE
" Right drug, right person, right time " (le bon médicament, à la bonne personne, au bon moment)52(*)
1.2.4.1. Définition
La pharmacogénomique est l'étude des mécanismes génétiques
des variations individuelles de la réponse aux xénobiotiques et, plus
particulièrement, aux médicaments. Ces connaissances sont appliquées ou
applicables à l'adaptation de certains traitements à chaque patient.
Sur
les trois milliards de bases du génome humain, 99,9 % sont identiques d'un
individu à l'autre. Les variations ou polymorphismes des 0,1 %,
pourcentage pourtant infime, mais représentant trois millions de nucléotides,
sont à la base des différences entre les individus. Parmi celles-ci figure la
sensibilité aux médicaments. On entend par là que, pour une dose donnée, la
réponse des individus est plus ou moins forte, excessive chez certains et
faisant courir un risque de toxicité, insuffisante chez d'autres et pouvant
entraîner l'inefficacité du traitement. Parfois, le changement est
qualitatif :
- il n'y a aucune réponse (insensibilité) ;
- la réponse est différente de celle attendue.
On voit
l'importance que cela peut revêtir en clinique et l'intérêt que présente la
possibilité d'identifier les malades s'écartant des normes habituelles.
Le mécanisme d'interposition entre le gène et la réponse de l'organisme a
deux origines possibles :
L'une pharmacodynamique, s'il s'agit
d'une modification du récepteur auquel le médicament vient se lier.
L'autre, pharmacocinétique, s'il s'agit d'une modification du métabolisme de
celui-ci liée à une différence dans l'équipement enzymatique.
En dehors
des atypies entraînant des variations dans l'activité d'une enzyme, il faut
souligner la variabilité due à la réalité de notre unicité individuelle. Par
exemple, les cytochromes hépatiques, enzymes oxydant les xénobiotiques et
jouant un rôle central dans leur métabolisme, peuvent exister chacun sous
plusieurs centaines de variétés, appelés iso-enzymes ;
Le terme
" pharmacogénétique " est apparu dès la fin des années cinquante pour
désigner les " modifications des réponses pharmacologiques sous l'influence
de l'hérédité ". À cette époque, l'analyse génétique n'était possible que
par l'analyse des expressions phénotypiques, en particulier des différences
interindividuelles dans l'équipement enzymatique et ses conséquences sur le
métabolisme des produits. Dans un certain nombre de cas, devenus classiques,
tels la sensibilité à la succinyldicholine ou le métabolisme de l'isoniazide,
l'identification du phénotype par des tests biologiques a pu conduire à des
applications cliniques encore utilisées aujourd'hui.
La différence entre
pharmacogénétique et pharmacogénomique est claire. La pharmacogénomique
s'adresse au gène lui-même et non plus seulement à son expression. Elle englobe
la pharmacogénétique et la renouvelle en identifiant les variations du génome
responsables des modifications des réponses de l'organisme. Lorsque les liens
entre les mutations d'un ou plusieurs gènes et leurs traductions au niveau
d'une enzyme ou d'un récepteur, ainsi que les conséquences cliniques de
celles-ci, sont établis, l'analyse du génome, désormais rapide et sûre, permet
d'éviter le recours à des dosages et à des tests biologiques souvent longs,
délicats, parfois imprécis et toujours indirects.
1.2.4.2. Les applications de la pharmacogénomique
Des traitements adaptés aux patients
- La maîtrise de la toxicité des traitements
. La pharmacogénomique a des applications immédiates dans le
traitement des leucémies et des greffes d'organes. Aux États-Unis, la Mayo
Clinic et la société Variagenics ont mis au point, au printemps 1998, un test de
dépistage d'une infime anomalie génétique qui, par l'intermédiaire de la
production d'une enzyme (la TPMT), freine le métabolisme de deux
médicaments : l'azathiopurine et le 6-mercaptopurine. Les patients atteints
de cette variation génétique peuvent être mortellement empoisonnés par ces
médicaments. Or, les médicaments de la famille des thiopurines permettent
d'atteindre un taux de rémission de 80 % dans le cas des leucémies
lymphoblastiques. On ne peut donc renoncer à les utiliser. La solution est de
faire passer un test génétique aux patients susceptibles d'être traités afin de
donner à ceux qui présentent cette variation génétique des doses inférieures
aux doses standard.
Autre exemple, le laboratoire Abbott a signé avec le
société Genset un contrat de coopération de recherche pour un traitement contre
l'asthme. Il s'agit d'identifier les gènes responsables de désordres hépatiques
observés chez certains patients prenant du Zyflo, afin de mettre au point un
test de dépistage. Les sujets susceptibles d'avoir ces problèmes de toxicité
hépatique seraient écartés de ce type de traitement dès le départ alors
qu'actuellement, il faut surveiller l'ensemble des patients pendant toute la
durée du traitement.
- La détermination de la résistance à
certains médicaments
Les chercheurs des laboratoires ont déjà
découvert de nombreuses variations génétiques modifiant la production de
cytochromes et entraînant une résistance des patients aux antidépresseurs et aux
médicaments permettant de traiter les psychoses ou de réguler le rythme
cardiaque.
À l'hôpital Bichat sont étudiées les mutations du génome du
VIH pouvant induire une résistance aux médicaments antiviraux.
- L'évaluation des résultats positifs des traitements
À
l'hôpital Broussais, les médecins établissent des corrélations entre les
variations génétiques des patients et les bénéfices réels observés des
traitements contre le cholestérol ou l'hypertension.
En 1998, des
chercheurs canadiens et hollandais ont mis en évidence un polymorphisme
permettant d'indiquer si un traitement à base de Pravastatin, du laboratoire
Bristol-Myers Squibb, bénéficiera réellement au patient.
Des
scientifiques de la société Myriad Genetics Inc. ont trouvé une variation
génétique expliquant pourquoi le sel augmente la pression sanguine chez
certaines personnes seulement et permettant donc d'évaluer l'efficacité d'un
éventuel régime hyposodé.
- L'utilisation de la
pharmacogénomique en chirurgie
On peut citer deux exemples :
- le dépistage génétique d'un polymorphisme fréquent dans la
population permet de diminuer le risque thrombotique post opératoire ;
- les modalités d'intervention chirurgicale des sujets porteurs de
cancers colorectaux dépendent en partie de l'existence d'une mutation sur un
gène de susceptibilité.
En conclusion, en référence aux maladies
cancéreuses, il est clair, aujourd'hui, que les altérations génétiques présentes
dans les cellules cancéreuses conditionnent leur comportement face à la
radiothérapie et la chimiothérapie. Demain, les traitements anticancéreux
prendront en compte non seulement la constitution génétique du patient mais
aussi celle de sa tumeur, conduisant à un véritable traitement " sur
mesure " minimisant les risques et optimisant l'efficacité.
À
terme, la pharmacogénomique permettra de prescrire les médicaments appropriés
aux malades répondant bien et d'éviter l'usage de certains médicaments chez les
personnes réfractaires ou répondant mal au traitement.
On peut espérer,
en adaptant les traitement en fonction de certaines caractéristiques génétiques,
améliorer leur efficacité : aujourd'hui, un grand nombre de patients
répondent insuffisamment à des médicaments tels que les bêtabloquants,
l'interféron, ou les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine.
La pharmacogénomique devrait permettre d'améliorer cette situation.
La recherche de médicaments
La pharmacogénomique ne se contentera pas de modifier
l'administration du médicament en fonction des réponses des patients ; en
fait elle est appelée à jouer un rôle important à toutes les étapes de la vie du
médicament.
- Le ciblage des essais
Aujourd'hui,
30 % environ des nouvelles molécules n'atteignent pas la phase III des
essais cliniques à cause d'effets secondaires indésirables.
La
découverte de ces effets à une phase avancée des essais cliniques génère un
énorme gâchis de temps et d'argent.
Le recours à la pharmacogénomique
permettra de sélectionner pour les essais des personnes présentant la plus
grande variété de réponses à un médicament et de réduire ainsi la taille de
l'échantillon représentatif. On évitera ainsi les mauvaises surprises dues à des
effets secondaires n'apparaissant que tardivement, au fur et à mesure que le
nombre de patients impliqués dans les essais augmente. L'estimation précoce de
l'efficacité et de l'innocuité d'un médicament est un élément important de
réduction de la durée et des coûts de la recherche pharmaceutique.
On
pourra en même temps évaluer le taux d'incidence de ces effets secondaires. En
raison des variations génétiques individuelles, il est possible que le
médicament n'ait des effets indésirables que pour un très faible pourcentage
d'individus et soit entièrement efficace et sans danger pour le reste de la
population.
LA PHARMACOGÉNOMIQUE DANS LE PROCESSUS DE DÉVELOPPEMENT DU PRODUIT PHAMARCEUTIQUE
|
DÉVELOPPEMENT |
COMMERCIALISATION | |||||||||||||
|
Phase I |
Phase III |
Phase IV | ||||||||||||
|
Choix d'une molécule " candidate " |
Études précliniques |
Dépôt de la demande d'autorisation d'essais cliniques |
Préparation du dossier de demande d'autorisation de mise sur le marché |
Autorisation de mise sur le marché |
Pharmacovigilance |
Nouvelles indications thérapeutiques | ||||||||
|
Début du projet |
Plan de développement de la nouvelle molécule |
Début des essais cliniques |
Dépôt du dossier de demande d'AMM |
Lancement du médicament |
Développement de nouvelles formules galéniques | |||||||||
|
RECOURS À LA PHARMACOGÉNOMIQUE | ||||||||||||||
Source : Millennium Predictive Medicine. C. Van HUFFEL.
- La récupération de molécules délaissées
Actuellement, sur dix molécules entamant la phase I des essais
cliniques, une seule parvient sur le marché. La pharmacogénomique peut améliorer
cette situation en démontrant que certains candidats médicaments, s'ils sont
inutiles ou dangereux pour certains patients, peuvent être utilisés pour
d'autres ; en fonction des polymorphismes, ils peuvent avoir des
applications insoupçonnées.
Dans le cas de la maladie d'Alzheimer, des
recherches menées au Canada ont montré que le gène Apolipoprotéine E était
un moyen d'évaluation des médicaments potentiels. La mutation de ce gène est
responsable, par exemple, pour plus de 60 % des patients, de l'échec de la
tacrine, administrée aujourd'hui sans discrimination aux personnes souffrant de
la maladie d'Alzheimer.
Mieux encore, ces travaux génétiques ont
également permis à des chercheurs lillois de découvrir que ces malades, dont le
gène Apolipoprotéine E muté, entraîne une résistance à la tacrine,
réagissent bien, en revanche, à une molécule expérimentale (S 12024) que
l'on s'apprêtait à " abandonner " pour cause d'inutilité...
- Les tests génétiques
La mise au point de ces tests est
appelée à se développer pour optimiser et réduire les risques de molécules déjà
connues et en trouver de nouvelles.
L'idée, à long terme, est de faire
passer un test à un malade avant de lui donner un traitement afin que lui soient
prescrits les médicaments les mieux adaptés à son profil génétique.
D'ores et déjà, la société américaine Affymetrix a mis au point, avec le centre
médical de l'Université de Georgetown, et commercialisé la première puce à ADN
spécifiquement destinée à une utilisation en pharmacogénomique. Elle est
capable de détecter dix-huit altérations connues de deux gènes humains codant
pour des enzymes impliqués dans le métabolisme de médicaments tels que des
bêtabloquants (anti-hypertenseurs) et certains antidépresseurs et
anticonvulsifs.
1.2.4.3. Les différentes approches de la pharmacogénomique
La pharmacogénomique génère deux options de stratégie de
recherche-développement pour les firmes pharmaceutiques :
- soit
elles optent pour des études menées, en interne, par leur propres services de
recherche. Cette solution assez coûteuse a été choisie par Bristol-Myers
Squibb, Novartis, Glaxo et Pfizer.
- soit elles externalisent ces
recherches et passent des contrats avec des entreprises de biotechnologie
spécialisées dans la pharmacogénomique. Les plus importantes sont les
suivantes :
|
COMPAGNIE |
STRATÉGIE |
|
VARIAGENICS |
Recherche de polymorphismes dans les gènes impliqués
dans le cheminement des médicaments dans l'organisme. |
|
GENSET |
Création d'une carte du génome montrant la localisation
de 60 000 polymorphismes. |
|
INCYTE PHARMACEUTICALS |
Recherche des polymorphismes pour chaque gène isolé.
|
|
MILLENNIUM PHARMACEUTICALS |
A créé la " médecine prédictive ", auxiliaire
de l'utilisation des variations génétiques pour améliorer la recherche
de médicaments. |
|
GENENTECH |
Commercialise un médicament contre les cancers du sein qui est efficace seulement chez les 25 à 35 % de la population qui ont une variation génétique particulière. |
|
(53(*)) |
Les approches les plus originales sont celles qu'ont choisi
Variagenics, Millenium Pharmaceuticals et Genset.
- Variagenics
s'intéresse aux variations génétiques impliquant des différences d'expression
des protéines que rencontre un médicament lors de son cheminement dans
l'organisme. Le niveau d'expression de ces protéines modifie l'efficacité ou la
toxicité d'un produit : " lorsqu'on prend un médicament, il touche
30 à 40 protéines différentes avant de quitter le
corps ".54(*)
Les chercheurs de Variagenics ont identifié plus de 6000 gènes
impliqués dans le cheminement des médicaments et, en mai 1998, ils ont mis en
place des essais cliniques pour étudier les différences génétiques entre les
patients atteints d'un cancer du colon et soignés avec du 5-Fluorouracil.
- Chez Millenium Pharmaceuticals, dans la division de Médecine
Prédictive, les chercheurs comparent les gènes activés dans plusieurs types de
cellules cancéreuses afin d'identifier ceux qui correspondent aux formes
agressives des différents cancers. Être capable de déterminer si un cancer croît
lentement ou rapidement à des conséquences énormes pour le traitement que doit
suivre le patient. Millenium recherche donc à connaître les gènes dont la
présence signe, par exemple, la certitude d'une métastase.
" Millenium a trouvé un gène, dans les cellules du mélanome, qui agit
comme une boule de cristal. Lorsqu'il est là, le cancer ne forme pas de
métastases ; mais quand il est absent, le cancer devient
tueur "1.
- Genset, société française dont le
siège est au Génopole d'Évry, a élaboré une carte à haute résolution du génome
humain. La démarche est une approche génomique globale qui permet de comparer
les séquences d'ADN d'individus n'appartenant pas forcément à la même famille
(ce qui facilite l'opération) et présentant certains traits cliniques (malades,
non malades, répondeurs, non répondeurs) afin de localiser les polymorphismes à
l'origine de ces traits.
Les différentes formes que peut prendre un gène
s'appellent des allèles ; la carte établie par Genset s'appelle
" carte à haute résolution de marqueurs bi-alléliques ". Pour
la réaliser, les chercheurs ont placé des jalons (environ
60 000 " marqueurs ") sur les zones sensibles de l'ADN. En
comparant des régions du génome de malades très réceptifs à un traitement à
celles de patients réfractaires, ils veulent parvenir à localiser la variation
génétique concernée et à l'identifier.
1.2.4.4. Espoirs et limites de la pharmacogénomique
L'hypothèse de base de la pharmacogénomique est d'obtenir par
l'établissement préalable du profil génétique d'un individu, la possibilité de
choisir les médicaments pouvant lui être profitables, d'éviter ceux qui
pourraient lui être nuisibles et d'adapter la posologie à son cas particulier.
Ceci suppose l'existence de tests rapides (pour pouvoir être effectués avant
l'institution du traitement), fiables et peu coûteux. À la limite, ce profil
pourrait être établi dès la naissance et renouvelé périodiquement pour tenir
compte de l'apparition des nouveaux médicaments.
" Cette
hypothèse est légitime dans la mesure où elle justifie les efforts et les
investissements dans ce secteur. Il n'est cependant pas illégitime de la
tempérer par quelques considérations.
Tout d'abord, les facteurs
génétiques ne sont pas les seuls à influencer les réponses aux médicaments. Les
facteurs acquis ne sont pas à négliger.
Ensuite, on doit s'interroger
sur la force de la liaison entre le gène et la réponse. C'est le problème
classique des relations génotype-phénotype et phénotype-réponse. L'intérêt d'un
test en dépend étroitement. Ce lien est certainement très fort et pertinent dans
certains cas, beaucoup moins dans bien d'autres.
Il convient également
de considérer l'impact clinique de la modification génétique. Seul celui-ci
compte en pratique. Par exemple, une variation d'activité enzymatique ou de taux
plasmatique du médicament de 50 % n'a d'intérêt que si elle entraîne des
conséquences en termes d'efficacité ou de tolérance. Or, l'indifférence
thérapeutique est la règle et non l'exception et les armoires des
pharmacologues sont encombrées de publications de variations de métabolisme
dépourvues de toute incidence clinique.
Enfin, l'exemple de la
pharmacogénétique montre que beaucoup de recherches ont débouché sur peu
d'applications bien qu'elle soit plus proche du phénotype et de la réponse que
la pharmacogénomique (il est vrai que la pharmacogénomique peut être plus
précise et plus simple à mettre en oeuvre).
On peut donc légitimement
se demander si les applications de la pharmacogénomique, loin d'être
ubiquitaires, ne se limiteront pas à un certain nombre de médicaments et de
circonstances particulières, dont le critère de sélection sera la pertinence
clinique. On retrouverait alors un instrument de diagnostic biologique,
puissant certes, dont l'indication serait à discuter dans le cadre d'une
stratégie thérapeutique. Ce qui évidemment, n'enlèverait rien à l'intérêt de la
pharmacogénomique et à l'urgence d'investir dans ce domaine. "55(*)
1.2.5. 1.2.5. LE DIAGNOSTIC MOLÉCULAIRE
Le diagnostic moléculaire fait appel aux technologies issues
en particulier de la biologie moléculaire (étude des molécules qui constituent
la cellule et des processus moléculaires qui régissent son fonctionnement). Il
repose sur l'utilisation de tests ciblant directement le patrimoine génétique.
Ceux-ci sont notamment réalisés grâce à des puces à ADN.
La dépense
globale du diagnostic médical, est chiffrée à 25 milliards de dollars par
an ; 10 à 20 % de l'ensemble des analyses seront vraisemblablement
réalisés sur des biopuces en 2005.
Le diagnostic moléculaire couvre
deux champs distincts : les biopuces permettent de détecter les maladies
infectieuses et les maladies génétiques.
1.2.5.1. Le diagnostic des maladies infectieuses
Les pathologies visées par les diagnostics sur biopuces sont
celles qui nécessitent une grande rapidité d'intervention et pour lesquelles les
méthodes traditionnelles de diagnostic sont limités. En effet, le diagnostic
moléculaire permet des tests plus rapides, sensibles et spécifiques. En évitant
certaines étapes préliminaires telle que la culture, il permet d'obtenir un
résultat en quelques heures là où plusieurs jours étaient nécessaires.
Le champ d'application :
- les maladies sexuellement transmissibles
telles que les infections àChlamydiaeet N. Gonorrheae ;
- l'hépatite C : la société CIS Bio International a mis au point
une biopuce capable de détecter la présence du virus de l'hépatite C et
d'en préciser le type (I, II ou III).
- la tuberculose : chez
Bio-Mérieux, le programme de recherche sur les puces à ADN est orienté vers une
puce capable d'identifier en une seule étape toutes les espèces de mycobactéries
connues (dont le bacille de la tuberculose), pathogènes ou non pathogènes. Elle
permettra d'identifier précisément l'espèce présente dans un prélèvement
pulmonaire et renseignera, en cas de Mycobacterium tuberculosis, sur la
présence d'éventuelles mutations conférant une résistance au médicament
antituberculeux classique : la rifampicine. Cette puce Mycobactéries
compte aujourd'hui plus de 40 000 oligonucléotides.
- Dans le domaine, fort préoccupant lui aussi, des infections nosocomiales
la société Bio-Mérieux Vitek étudie des biopuces regroupant des sondes
spécifiques des ARN bactériens. Celles-ci pourraient permettre d'identifier les
souches bactériennes dans les hôpitaux de déterminer rapidement les germes
résistants aux antibiotiques et de prendre notamment des mesures
prophylactiques.
La société Vysis (Napperville, Illinois) élabore un
outil de diagnostic miniaturisé basé sur l'hybridation génomique comparative.
" Cette puce, intitulée Genosensor CGH d'environ 6 cm2 sera
constituée de 625 sondes représentatives du génome humain et permettra la
détermination de plusieurs centaines d'aberrations
génétiques. "56(*)
Il conviendra ensuite de préciser les conséquences de ces mutations.
- Les puces VIH différent selon les sociétés qui les ont mises au point.
La puce mise au point par Affymetrix, commercialisée début 1996 permet
de rechercher, parmi une portion restreinte du millier de paires de bases du
génome du VIH-1, les mutations conférant au virus une résistance vis-à-vis des
inhibiteurs de la transcriptase inverse et des antiprotéases. Elle donne un
résultat en cinq heures seulement.
Une biopuce, objet de recherche chez
Bio-Mérieux, rendra possible un test quantitatif de mesure de la charge virale,
particulièrement utile aujourd'hui avec le développement des trithérapies.
- Le diagnostic du cancer peut également être réalisé par des biopuces,
notamment par l'étude des gènes K-Ras et P 53.
CIS-Bio
International et le Centre de lutte contre le cancer de Montpellier ont conçu,
selon le procédé Micam, une biopuce capable d'identifier des mutations dans les
oncogènes57(*),
notamment dans le gène K-Ras.
Affymetrix a, pour sa part, développé
avec la firme Oncormed, spécialiste des tests génétiques de cancérologie, une
puce capable de détecter les mutations du gène P 53. Ce gène suppresseur de
tueur est en effet muté dans près de la moitié des cancers. Commercialisée
depuis juillet 1997 cette puce n'est pas seulement un outil de diagnostic, elle
permet également de suivre l'impact, sur la tumeur, des traitements de
radiothérapie ou de chimiothérapie.
1.2.5.2. La connaissance des prédispositions génétiques
Actuellement, dans certains cas, les puces à ADN permettent
de déceler les mutations génétiques indiquant qu'un individu a de fortes
probabilités d'être atteint de telle ou telle maladie.
Plusieurs types
de puces permettent, avec une fiabilité comparable aux techniques classiques de
biologie moléculaire mais de façon plus rapide, plus simple et à terme moins
coûteuse, de détecter des prédispositions génétiques. On peut citer :
- les mutations du gène CFTR chez les patients qui risquent d'avoir une
mucoviscidose ;
- les mutations du gène de la bêta-globine
chez les enfants menacés de bêta-thalassémie (anémie héréditaire causée par un
défaut dans la synthèse de l'hémoglobuline) ;
- les mutations
du gène BRCA 1 chez les femmes risquant d'être atteintes d'un cancer du
sein. Dans ce dernier cas on peut même avoir recours, si le gène ne présente que
de minuscules atteintes (microdélétions) à des puces spécialisées qui ne sondent
que les positions connues pour porter ces mutations.
1.2.6. LES PROTÉINES THÉRAPEUTIQUES
1.2.6.1. Des protéines animales aux protéines recombinantes
Dans un premier temps, un certain nombre de protéines
naturelles étaient extraites de fluides biologiques ou organes animaux et
humains dans un but thérapeutique. C'était le cas du facteur VIII, de
l'urokinase, de l'insuline, de la calcitonine, de l'hormone de croissance...
Toutefois, cette production par extraction présentait des
inconvénients :
- le risque de contamination lorsque les
protéines venaient de sujets malades non détectés ;
- l'hétérogénéité des protéines d'extraction animales pouvant provoquer des
réactions immunitaires chez les patients ;
- la disponibilité
limitée de matière première (l'hypophyse humaine par exemple).
Puis la connaissance des gènes et les procédés biotechnologiques ont
ouvert, au début des années quatre-vingt, une nouvelle voie pour la production
des protéines thérapeutiques ; le procédé se déroule en quatre
phases :
- détection et isolation du gène humain codant pour
la protéine recherchée ;
- intégration de ce gène dans une
cellule-hôte (une bactérie ou une levure) ;
- culture des
cellules qui expriment la protéine ;
- extraction et
purification de la protéine.
|
Les protéines ainsi produites couvrent un large champ thérapeutique : | ||
|
Produit |
Indication thérapeutique |
Première date d'autorisation |
|
- Abaximab |
Antiplaquettaire |
1994 |
|
- Aldeslenkine - IL 2 |
Carcinome du rein |
1992 |
|
- Altéplase t -PA |
Infarctus du myocarde aigu |
1995 |
|
- DNAse |
Mucoviscidose |
1993 |
|
- Erythropoïetine (EPO) |
Anémies |
1988 |
|
- Facteurs de croissance |
Cancer |
1991 |
|
- Facteur VIII |
Hémophilie A |
1992 |
|
- Filgrastim fG-CSF |
Neutropénie associée à la chimiothérapie |
1991 |
|
- Glucocérébrosidase |
Maladie de Gaucher |
1994 |
|
- Hormone de croissance |
Insuffisance en hormone de croissance chez l'enfant |
1985 |
|
- Insuline |
Diabète sucré insulino-dépendant |
1982 |
|
- Interférons |
Leucémie, Sarcome de Kaposi, Hépatites C et B, Mélanome malin, Condylomes acuminés |
1986 |
|
- Interférons |
Sclérose en plaques, |
1986 |
|
- Muromonab CD3 |
Rejet de greffe aigu |
1993 |
|
- Sagramostim |
Transplantation de moelle, leucémie myéloïde |
1991 |
|
- Satumonab pendetide |
Détection et suivi du cancer colorectal et de l'ovaire |
1996 |
|
- Vaccin hépatite B |
Hépatite B |
1986 |
1.2.6.2. Les protéines issues d'animaux transgéniques
Un nouveau mode de production de protéine émerge
actuellement. Il repose sur l'insertion de certains gènes, codant pour la
production de protéines thérapeutiques, dans des cellules animales au stade
embryonnaire.
Les animaux choisis sont producteurs de lait (chèvres,
vaches, truies ou lapines : dans ce lait est produite la protéine).
Trois grands laboratoires mettent au point cette technique :
- chez Genzyme Transgenic des chèvres produisent de
l'antithrombine III. Cet anticoagulant est en phase trois d'essais
cliniques et sera utilisé à l'occasion des pontages cardio-pulmonaires.
Le recours aux chèvres convient pour des protéines à produire en grande quantité
telles que l'albumine humaine.
- Pharming a recours à des lapines
pour produire des protéines dont les quantités nécessaires sont moins
importantes : l'alpha-glucosidase, par exemple, utilisée dans le traitement
de la maladie de Pompe (déficit enzymatique qui peut être mortel).
- PPL Therapeutics fait usage de cinq types d'animaux (lapin, mouton,
souris, vache et porc) ; cette société dispose d'un troupeau de
600 brebis laitières. Elle produit de la sérumalbumine humaine.
Une
plus petite entreprise, Gala Design, au Canada, utilise une technique de
thérapie génique pour introduire le gène désiré directement dans le pis d'une
vache.
Toutes les profondes modifications scientifiques et
technologiques qui viennent d'être exposées ont pour conséquence l'absolue
nécessité d'espérer de nouveaux choix dans les domaines de la recherche, de
l'industrie et de la société.
Il s'agit d'une priorité : si la
France ne s'adapte pas très rapidement à ces nouvelles technologies, elle sera
totalement distancée dans la " course biologique " qui caractérisera
le XXIe siècle.
Ce serait d'autant plus regrettable que, grâce aux
travaux de grands chercheurs tels que Jean DAUSSET, Daniel COHEN ou Jean
WEISENBACH, notre pays, au début des années quatre-vingt-dix, ne manquait pas
d'atouts. La situation s'est gravement dégradée depuis cette époque. Il est
urgent de faire de nouveaux choix.
2.1.1. LES STRUCTURES DE LA RECHERCHE
2.1.1.1. Les nouvelles stratégies de recherche dans l'industrie pharmaceutique et leurs conséquences
2.1.1.1.1. L'externalisation croissante de la recherche
Le développement de nouveaux médicaments atteint des coûts de
plus en plus élevés : 3 milliards de francs et douze ans de mise au
point pour une nouvelle molécule thérapeutique.
(58(*))
Les grands groupes pharmaceutiques, compte tenu du contexte
de concurrence, doivent donc améliorer significativement la productivité de leur
recherche-développement et déposer des brevets pour de nouvelles molécules.
De nombreux analystes du secteur pharmaceutique estiment que la productivité
de la recherche-développement des firmes pharmaceutiques n'est pas suffisante.
Les dix dernières années ont été marquées, dans toute l'industrie pharmaceutique
par une chute du nombre de lancements de nouveaux médicaments :
62 lancements en 1987, 37 en 1996 et 47 en 199759(*).
Les stratégies de recherche-développement des grands groupes ne semblent pas
permettre :
d'assurer un " retour " financier
acceptable, à leurs yeux, sur les dépenses de recherche-développement ;
d'introduire un nombre suffisant de molécules sur le marché pour
élargir l'éventail des offres de soins et, parallèlement, pallier la diminution
des revenus des produits anciens dont les brevets arrivent à expiration. Ce
dernier problème va devenir crucial dans les années à venir, ainsi que le montre
le tableau suivant :
|
EXPIRATION DES BREVETS DES MÉDICAMENTS LES PLUS PRESCRITS DANS LE MONDE60(*) | |||||||||||||||
|
Ventes mondiales en 1996 (en milliards de dollars) |
|||||||||||||||
|
$12 |
|||||||||||||||
|
$10 |
$ 9,6 |
$ 10,3 |
|||||||||||||
|
Cozaar |
|||||||||||||||
|
BuSpar |
Other |
||||||||||||||
|
$8 |
Sporanox |
||||||||||||||
|
Cardura |
Zofran |
||||||||||||||
|
Ceftin |
$ 6,2 |
Zithromax |
|||||||||||||
|
$6 |
Pepcid |
Transderm |
Rocephin |
||||||||||||
|
Estraderm |
$ 4,7 |
||||||||||||||
|
Accutane |
Pravachol |
||||||||||||||
|
Vasotec |
Prinivil |
Optiray |
|||||||||||||
|
$4 |
Accupril |
Biaxin |
|||||||||||||
|
Zestril |
Relafen |
$ 2,9 |
|||||||||||||
|
Mevacor |
Intron |
$ 2,2 |
Zoloft |
||||||||||||
|
Axid |
Paraplatin |
$ 1,6 | |||||||||||||
|
$2 |
Primaxin |
Lotensin |
Engerix |
||||||||||||
|
Prilosec |
Nolvadex |
J&J |
Kytril | ||||||||||||
|
Prozac |
Diflucan |
Zocor |
Lamisil | ||||||||||||
|
Augmentin |
Cipro |
||||||||||||||
|
$0 |
Claritin |
Imitrex | |||||||||||||
|
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
2006 | |||||||||
|
ANNÉE D'EXPIRATION DU BREVET | |||||||||||||||
Les groupes pharmaceutiques actuels ne peuvent mener à bien ces recherches. L'industrie pharmaceutique est faiblement concentrée : malgré les récents rapprochements, aucun groupe ne représente plus de 5 % du marché mondial et ne peut ni prendre le risque scientifique ni supporter la charge financière de la recherche-développement de très nombreuses molécules.
|
LES TRENTE PREMIERS GROUPES PHARMACEUTIQUES MONDIAUX61(*) | ||
|
Rang |
Groupes |
Parts du |
|
1 |
Novartis |
4,24 % |
|
N.B. : Compte tenu des fusions intervenues en 1999, le groupe Rhône-Poulenc Rorer-Hoechst Marion Roussel (Aventis) aura une part de marché égale à 4,30 %, le groupe Astra-Zeneca 4,25 % et le groupe Sanofi-Synthélabo 1,48 %. | ||
Les groupes sont amenés à externaliser leur recherche : on estime à près de 30 % du budget de recherche-développement des dix plus grands groupes mondiaux la part externalisées en 2000, contre 4% en 1994.
2.1.1.1.2. Les nouveaux partenariats
Cette externalisation se concrétise par des accords entre les groupes et les entreprises de biotechnologie :
|
ACCORDS PHARMA-BIOTECH DANS LA NOUVELLE APPROCHE DE
MISE AU POINT DE MÉDICAMENTS | ||||||||
|
Sociétés |
Entreprises de biotechnologie par secteur de recherche | |||||||
|
pharmaceutiques |
Génomique |
Chimie |
Tests |
Chimio- |
Autres (thérapie | |||
|
Novartis |
HGS |
Pharmacopeia |
Evotec |
Idun Pharma | ||||
|
Merck & Co |
Merck Genome |
Argonaut |
Cellomics |
Axys | ||||
|
Glaxo Wellcome |
Incyte |
Affymax |
MDL Info.Syst. |
Ligand | ||||
|
Pfizer |
Incyte |
Oxford |
Tripos |
Ligand | ||||
|
Bristol Myers Squibb |
Millennium |
Trega |
Aurora |
Tripos |
Cadus | |||
|
Johnson & Johnson |
Incyte |
ArQule |
Allelix | |||||
|
American Home Products (Wyeth Ayerst) |
Millennium |
ArQule |
SIGA |
3-Dimensional |
Ligand | |||
|
Roche |
Incyte |
Alanex |
Clontech |
Oxford molecular |
Signal | |||
|
Eli Lilly |
Incyte |
Sphinx |
Aurora |
Allelix | ||||
|
SmithKline Beecham |
HGS |
Evotec |
Orchid Biocomputer |
Axys | ||||
|
Source : " Biotechnologies et Santé ". Publication Eurasanté. Lille 1999. | ||||||||
|
GENCELL (RHÔNE-POULENC RORER) : COLLABORATIONS
AVEC | ||||||||
|
Domaine de recherche | ||||||||
|
France |
Génopoïetic |
Gène suicide, puis plasmavirus | ||||||
|
États-Unis |
Applied Immune Science* |
Thérapie cellulaire | ||||||
|
* Acquis par R-PR (62(*)) | ||||||||
|
NOVARTIS : PRINCIPALES COLLABORATIONS DE
RECHERCHE | ||||||||
|
Domaine de recherche | ||||||||
|
Europe |
Evotec |
Nano-thérapie | ||||||
|
Japon |
Yoshitomi Pharmaceuticals |
Immunosuppression | ||||||
|
États-Unis |
Alexion |
Thérapie génique | ||||||
|
* Filiale à 53 % de Novartis (1) | ||||||||
En 1997, 240 contrats représentant 4,35 milliards
de dollars ont été signés entre les entreprises pharmaceutiques et les petites
et moyennes entreprises de biotechnologies mondiales contre 180, pour
2,84 milliards de dollars, en 199663(*)
Ce type de contrat devient progressivement familier aux sociétés de
biotechnologies européennes. À titre d'exemple, voici quelques-uns des
principaux contrats obtenus par des firmes européennes ces derniers
mois :
|
Genset et Pharmacia&Upjohn (pharmacogénomique) ; | |
|
Cerep et Exonhit (3 programmes dont un concernant le développement d'un outil de prédiction de toxicité et un autre sur l'identification de cibles dans le domaine des maladies neurodégénératives) ; | |
|
Gencellet Endocyte (accord prévoyant des droits exclusifs sur la propriété intellectuelle détenue par Endocyte concernant l'utilisation de récepteurs de l'acide folique pour l'administration de produits de thérapie génique en oncologie) ; | |
|
Gencellet Oxford Biomedica (accords de collaboration et de licence sur 2 ans et portant sur un minimum de 1 million de dollars) ; | |
|
Gencellet LXR Biotechnology lnc (accord de .recherche sur le rôle cytoprotecteur du gène Sarp-1) ; | |
|
Exonhit Therapeutics et Sosei Co Ltd (accord de partenariat franco-japonais) ; | |
|
Biovector Therapeutics et Bayer (accord de R&D visant à mettre au point un vaccin ADN contre le SIDA) ; | |
|
Biovector therapeutics et Chiron (accords de développement thérapeutique contre l'hémophilie).64(*) |
Cette externalisation donne également naissance à des
partenariats entre les groupes pharmaceutiques et les centres de la recherche
publique.
À titre d'exemple, on peut citer les accords conclus par
Rhône-Poulenc Rorer. En 1998, près de 20 % du budget de recherche a été
externalisé grâce à des partenariats dont un quart représentent des
collaborations avec des organismes publics et semi-publics français (CNRS,
INSERM, universités, Institut Pasteur...). Le médicament anticancéreux Taxotere
est le résultat d'une collaboration entre Rhône-Poulenc Rorer et le CNRS. Trois
unités mixtes de recherche (UMR) regroupent des chercheurs du CNRS et de
Rhône-Poulenc Rorer.
Dorénavant, la valorisation des recherches
effectuées dans le secteur public passera par des accords avec les entreprises
privées, associant les chercheurs publics et privés. Cette tendance existe déjà.
En France, le montant des contrats entre les laboratoires de la recherche
publique et des commanditaires privés ou publics était de 500 millions de
francs en 1983. Il s'est élevé à 3,4 milliards de francs en 1995. Le nombre
de contrats en cours entre le CNRS et des entreprises était de 350 en 1982 et de
3200 en 1996.65(*)
Il est indispensable que ces partenariats public-privé se renforcent
en se structurant dans deux directions :
- la collaboration
des chercheurs publics avec les grands groupes pharmaceutiques ;
- la collaboration des chercheurs publics avec les entreprises de
biotechnologie, qui ont elles-mêmes noué des liens avec les groupes.
Cette orientation trouve son illustration dans les bilans de l'Institut
Pasteur pour 1997 et 1998.
" En 1997, des partenaires nouveaux
se sont manifestés et des contacts se sont développés notamment dans le secteur
des biotechnologies. Il apparaît en effet de plus en plus utile de rechercher
l'appui de petites sociétés innovantes, proches du milieu de la recherche, qui
constituent des intermédiaires privilégiés entre les chercheurs et la grande
industrie. "66(*)
" La connaissance du génome des micro-organismes pathogènes offre
en effet de vastes possibilités de recherche de nouveaux agents thérapeutiques.
Dans ce domaine, l'Institut Pasteur a noué des collaborations aussi bien avec
des sociétés de dimension internationale, comme Hoechst Marion Roussel, qu'avec
de petites sociétés émergentes du secteur des biotechnologies.
Au total,
ces contrats de Recherche et Développement ont apporté un concours industriel de
près de 17 millions de francs, finançant notamment 38 personnes dont
27 jeunes chercheurs. Ce résultat est apprécié comme un succès de la
politique d'intensification et de diversification des liens avec
l'industrie. "67(*)
L'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale)
manifeste un souci analogue :
" L'INSERM soutient des
programmes transversaux parmi lesquels la physiopathologie, soit tout ce qui
concoure à la compréhension des maladies et la thérapeutique, avec la découverte
de molécules nouvelles par le biais des biotechnologies ou de la chimie du
médicament. Dans ce domaine, il est nécessaire de bâtir des plates-formes où
recherche académique et recherche industrielle se trouvent mêlées. À ce titre,
l'INSERM prévoit de dynamiser sa politique de brevets et de favoriser la
création d'entreprises. "68(*)
2.1.1.2. La nécessaire valorisation de la recherche publique
" Notre pays dispose d'un potentiel scientifique et technologique de premier plan mais le couplage de ces découvertes et de ces connaissances avec les activités industrielles s'effectue moins facilement qu'aux États-Unis et au Japon "69(*).
2.1.1.2.1. Le " transfert des chercheurs "...
Une interdiction levée :
En 1998, de nombreux rapports officiels, dont celui d'Henri
Guillaume et celui de la Cour des Comptes ont mis en lumière un certain nombre
d'incohérences et de conflits d'intérêt faisant obstacle à la création
d'entreprises par les chercheurs des organismes publics. Ceux des EPST
(établissements publics à caractère scientifique et technique) n'avaient pas le
droit de prendre une participation dans une société privée (loi du
13 juillet 1983). La Cour des Comptes notait en particulier " les
risques de dérive auxquelles pouvaient conduire les aménagements apportés à
l'interdiction, pour un fonctionnaire de recherche, de participer au capital
d'une entreprise liée par contrat avec son établissement " : les
chercheurs devaient se mettre " hors la loi ", avec ou sans l'accord
de leur administration, pour valoriser leur savoir dans le monde
socio-économique.
" Le statut du chercheur ne lui permet pas de
créer une entreprise. Du coup, la valorisation industrielle de la recherche
s'opère dans la clandestinité à travers un système hypocrite favorisant
l'assentiment tacite illégal de la hiérarchie au détriment d'une réelle
stratégie "70(*).
C'est pourquoi le projet de loi présenté par le Ministre de l'Éducation
nationale, de la Recherche et de la Technologie a eu notamment pour objectif de
mettre fin à cette situation très nuisible au transfert de l'innovation à partir
de la puissance publique.
Il permettra aux chercheurs et aux enseignants
chercheurs de créer des entreprises : les chercheurs pourront s'engager
dans la création d'une entreprise. Ils seront autorisés à participer en tant
qu'associé, administrateur ou dirigeant à cette entreprise nouvelle, pendant une
période à l'issue de laquelle ils pourront opter entre le retour dans le service
public ou l'appartenance à l'entreprise. Durant cette période, et pour une durée
maximale de six ans, ils seront détachés ou mis à disposition. Ils conserveront
par conséquent leur statut de fonctionnaire. Cette entreprise pourra entretenir
des liens contractuels avec le laboratoire d'origine du chercheur, ce qui
facilitera le transfert de technologie. Le chercheur ne sera pas contraint à
une rupture brutale avec son laboratoire d'origine.
Il est donc
indispensable, cette loi ayant été finalement votée, le 30 juin 1999, à
minuit, que toutes les mesures d'application soient prises très rapidement afin
de mettre fin à la situation difficile de certains chercheurs et de promouvoir
la valorisation de la recherche publique
Des incitations à créer
Chaque année, tandis que les chercheurs américains créent 400
à 500 entreprises, leurs homologues français n'en lancent que le dixième.
Afin d'améliorer cette situation, il ne suffit pas de lever les obstacles
juridiques. Il convient également de créer un cadre fiscal incitatif.
Dans le cadre des mesures financières, on pourrait envisager de créer un prix
annuel, dont le montant ne serait pas symbolique, destiné à récompenser
l'équipe du laboratoire qui a travaillé avec un chercheur dès lors que celui-ci
crée une entreprise innovante dans la spécialité du laboratoire.
Enfin,
s'il est important d'inciter les chercheurs publics à se lancer dans la création
d'entreprises, il est également essentiel d'encourager tous ceux qui n'ont pas
l'esprit d'un chef d'entreprise, ce qui se conçoit parfaitement, à exercer des
fonctions de consultant auprès des entreprises innovantes. Ces consultations
doivent se situer dans un contexte de transparence et sans interférence avec les
décisions publiques.
Si même cette solution suscite peu d'enthousiasme,
il faut au minimum faire, dans tous les organismes de recherche, comme au
Commissariat à l'Énergie atomique : inciter les chercheurs qui ne veulent
pas s'engager dans l'aventure industrielle à réfléchir néanmoins aux débouchés
éventuels de leurs résultats en terme de produit ou de service, de façon à
pouvoir en confier le développement à un créateur d'entreprise.
On passe
ainsi du " transfert des chercheurs " au transfert des recherches.
2.1.1.2.2. ... ou le " transfert de la recherche "
Il repose sur une amélioration des structures de valorisation et de transfert technologique.
Se garder de saupoudrer le transfert technologique
Dans la période d'après-guerre, le développement
technologique français reposait sur le transfert d'innovations scientifiques
vers les grosses structures industrielles, essentiellement sous forme de
cessions de licences d'exploitations de brevets dans le cadre de grands
programmes d'État (aéronautique, défense, nucléaire...)
Aujourd'hui la
valorisation s'est diversifiée : elle recouvre des activités multiples
(prise de brevet, création d'entreprises innovantes, contrats de recherche pour
l'industrie, activités de consultant) et, de plus, elle se tourne de plus en
plus vers les petits et moyennes entreprises. Ceci est particulièrement vrai
dans le domaine des biotechnologies où la souplesse et la capacité d'adaptation
d'une petite entreprise est un atout considérable compte tenu de l'évolution
très rapide des techniques.
Les outils de valorisation se sont également
diversifiés pour atteindre tous les éléments du nouveau tissu industriel.
Toutes sortes de structures assurent l'interface entre le monde de la
recherche et celui de l'industrie. Leurs tâches sont multiples : prospecter
les laboratoires ; inciter les entreprises à innover et à embaucher des
scientifiques ; offrir des services particuliers (détachement de
spécialistes, contrats de sous-traitance, mise en place d'équipes mixtes de
recherche) et des aides financières.
Cette multiplication des outils de
valorisation a un effet négatif. Plusieurs centaines de structures de transfert
technologique ont des compétences et des missions qui se recoupent souvent.
" Elles bénéficient d'un financement plus ou moins important de
l'État-notamment via l'ANVAR, qui gère les aides à l'innovation depuis 1979- et
des collectivités territoriales. Certains, comme les 52 Centres relais
innovation (CRI) créés par appel d'offre en 1995, reçoivent même des subsides
européens. Ces structures peuvent être, à des degrés divers, adossées à des
organismes de recherche ou des universités, et avoir des activités plus ou moins
spécialisées. Certaines sont fédérées en réseaux, mais cela ne suffit pas à
assurer leur homogénéité.
C'est par exemple le cas des centres régionaux
d'innovation et de transfert de technologies (CRITT), créés en 1982 sous
l'impulsion du ministère de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la
Technologie (MENRT) pour structurer le potentiel de recherche des régions sont
un exemple intéressants. Il en existe aujourd'hui environ 120, de statuts
(associations, groupements d'intérêt public [GIP]...) et missions très
hétérogènes. La moitié d'entre eux sont spécialisés dans des domaines
technologiques et possèdent parfois des équipements de recherche et
développement importants ; l'autre moitié se résume à de simples
" points d'appui technologiques ". Plus généralistes, ces centres ont
un rôle desensibilisation et d'orientation des PME/PMI. Les pouvoirs
publics ont également créé, en 1990, un réseau de diffusion technologique (RDT),
animé par l'ANVAR et auquel participe le CEA (Commissariat à l'énergie
atomique), qui est aujourd'hui implanté dans 21 régions. Il permet de
coordonner différentes structures régionales publiques et parapubliques de
transfert. Parallèlement, de nouveaux réseaux se constituent à l'initiative des
collectivités locales ou d'acteurs privés : réseau de développement
industriel (RDI), réseaux de développeurs, etc.
Par ailleurs, en 1996,
l'ANVAR a agréé 48 sociétés de recherche sous contrat (SRC) et assimilées,
elles aussi d'initiative privée, qui font de la R&D orientée à la demande de
l'industrie et ont donc un rôle de relais entre la recherche et les entreprises.
Quant aux technopôles, comme Sophia-Antipolis ou Rennes-Atalante, ce sont des
acteurs régionaux importants de la valorisation. Enfin, toutes ces interfaces
s'ajoutent à d'autres plus traditionnelles, comme les 18 centres
techniques industriels (CTI), créés en 1948 par arrêté ministériel sur
proposition des organisations professionnelles, et répondant en particulier aux
besoins de formation professionnelle, de prestations d'essais, de mesure et de
contrôle, et de protection de l'environnement d'un certain nombre de branches
professionnelles du secteur industriel et manufacturier "71(*).
Henri GUILLAUME, dans son rapport sur la technologie et l'innovation, avait
mis en lumière ce foisonnement et conclu que la multiplicité des structures de
transfert et de diffusion technologiques nuisait à leur efficacité globale, les
entreprises identifiant mal l'interlocuteur utile.
C'est pourquoi il est
indispensable de rationaliser rapidement les structures de valorisation de la
recherche.
Simplifier les relations contractuelles entre les organismes de recherche et les entreprises
Les structures de valorisation précédemment décrites
s'adressent essentiellement aux industriels et existent indépendamment des
organismes publics de recherche.
Il existe des structures particulières
de coopération entre les établissements publics de recherche et d'enseignement
supérieurs et les entreprises. Elles résultent essentiellement de la loi du
15 juillet 1982 qui avait prévu plusieurs modalités de coopération telles
que les groupements d'intérêt public les unités mixtes de recherche, la création
de filiales et les prises de participation.
Malheureusement, la rigidité
de ces structures explique leur faible succès.
En particulier, les
groupements d'intérêt public (GIP), conçus pour établir des coopérations
durables entre des partenaires des secteurs publics et privés sont lourds à
mettre en oeuvre. Leur création nécessite par exemple un arrêté interministériel
d'approbation requérant la signature de plusieurs ministres : les délais
qu'impliquent une telle procédure sont incompatibles avec les impératifs de
rapidité économique. De fait, seuls une dizaine de GIP ont été créés.
Il faudrait multiplier ces types de coopération pour assurer de véritables
échanges entre les chercheurs publics et privés. Là encore, la loi sur
l'innovation allège les formalités administratives pour ces structures de
collaboration (notamment en remplaçant l'arrêté interministériel par un régime
d'autorisation tacite) ; elle facilite également la gestion des contrats à
durée déterminée entre les établissements d'enseignement supérieur et de
recherche et les entreprises, novation importante, compte tenu du succès
croissant de ces collaborations ponctuelles et souples (le CNRS a passé
350 contrats de recherche avec les entreprises en 1982 et 3200 en
1996...).
Favoriser les réseaux
Il est indispensable de faciliter les relations entre la
communauté scientifique académique et le milieu industriel. Dans le domaine de
la biotechnologie, la recherche-développement constitue une part importante de
l'activité des entreprises. Les échanges avec les laboratoires de recherche
fondamentale sont fructueux pour les deux parties.
Les grands groupes
créent des consortiums réunissant universités, laboratoires publics et
entreprises industrielles. Leur but est de poursuivre une recherche scientifique
commune ou de mener des actions de recherche-développement servant de base à la
découverte de produits nouveaux.
Ainsi, le groupe Pfizer a constitué un
réseau, baptisé Pfizergen, de douze sociétés spécialisées pour la plupart dans
les recherches sur le génome.
Dans le domaine de la thérapie génique,
par l'intermédiaire de Gencell, le groupe Rhône-Poulenc Rorer a construit un
réseau composé de plus de 18 partenaires publics et privés internationaux.
Quant au groupe Hoechst Marion Roussel, il a créé en 1997, un GIP pour
favoriser une collaboration entre chercheurs du public et du privé sous l'égide
du Ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie. Ce
GIP finance, pour un montant de 220 millions de francs sur trois ans, des
laboratoires d'organismes publics (CNRS, INSERM, CEA, Institut Pasteur et
Universités). L'objet de ces recherches est la connaissance des fonctions des
gènes et la mise au point de biopuces. À l'heure actuelle 62 programmes
scientifiques ont été sélectionnés.
Le Ministère de l'Éducation
nationale de la Recherche et de la Technologie met en place un réseau des divers
partenaires intéressés par le génome humain. Ce réseau, similaire à celui de
Génoplante, a pour objectif de permettre à la France de structurer sa
contribution au décryptage du génome humain et d'aller au-delà du séquençage du
chromosome 14.
2.1.2. LES ORIENTATIONS DE LA RECHERCHE
Le 1er juin 1999, les priorités de la recherche française ont été fixées par le deuxième Comité interministériel de la recherche scientifique et technologique (CIRST). Elles vont dans un sens favorable aux sciences du vivant : le relevé des conclusions du CIRST, précise que " Dès 1999, quatre domaines d'actions feront l'objet d'un développement immédiat : la génomique et la " post-génomique ", les technologies appliquées à la médecine, les sciences du cerveau et de la cognition, la lutte contre les maladies infectieuses ".
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RÉCAPITULATIF DES ACTIONS PRIORITAIRES LANCÉES EN
1999 | |||
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Les actions concertées incitatives (ACI) : elles permettent l'élaboration de programmes de recherche destinés notamment à favoriser l'émergence de disciplines nouvelles et la formation de spécialistes dans ces domaines, à encourager des partenariats public/privé et à assurer un soutien à certaines politiques publiques. | |||
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Les réseaux de recherches technologiques (RT) : ils associent des acteurs de la recherche publique et des industriels, à partir de l'identification des besoins, sur des projets porteurs de croissance et de création d'emploi. | |||
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Sciences du vivant (395 MF) : |
80 MF | ||
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Sciences de l'information et de la communication
(175 MF) : |
80 MF | ||
|
Sciences humaines et sociales (85 MF) :
|
20 MF | ||
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Sciences de la planète et de l'environnement (45
MF) : |
10 MF | ||
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Énergie (20 MF) : |
20 MF | ||
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Génie civil, architecture, urbanisme et transports
(75 MF) : |
65 MF | ||
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Aéronautique (10 MF) |
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Source : AFP Sciences n° 1189. 3 juin 1999. | |||
De plus, le Ministre de l'Éducation nationale, de la
Recherche et de la Technologie a confirmé, en septembre 1999, que la biologie
constituait une priorité de la recherche française et que : " la
génomique [...] recevra plus de 2 milliards de francs sur trois
ans "72(*).
Mais les organismes publics de recherche doivent participer encore plus
qu'ils ne le font au développement des sciences de la vie. L'enveloppe consacrée
à celles-ci par le CNRS est de 300 millions de francs, dont
15 millions de francs pour le programme Génome lors de sa création, puis
20 millions de francs pour l'année suivante. Pour 1999, au CNRS, le budget
des sciences de la vie est, certes, en progrès de 10 % ; mais il
faudrait que cette tendance s'amplifie. Le Professeur Pierre CHAMBON conseille
de répartir autrement ce budget pour prendre en compte l'évolution de la science
et le développement considérable de certains secteurs, tout particulièrement
celui de la biologie. Il rappelle qu'aux États-Unis, en dix ans, le budget de
la biologie et de la biomédecine a plus que doublé en dollars
constants73(*).
2.1.2.1. Affiner la connaissance de l'ADN et de ses " produits ", les protéines
2.1.2.1.1. Les " non-gènes " du génome
L'ADN est composé d'environ trois milliards de paires de bases (A , G, C, T) mais moins de 10 % seulement de ces bases constituent les séquences nommées gènes, que les cellules utilisent pour synthétiser des protéines.
La régulation génétique
Certaines des séquences non porteuses de gènes gouvernent des
fonctions essentielles, telles l'activation ou l'inhibition de gènes. En effet,
toutes les protéines codées par les gènes ne sont pas synthétisées uniformément
et en quantité similaire quels que soient l'instant ou le lieu de l'organisme
considéré. Certaines protéines ne sont synthétisées que dans certains types de
cellules comme les cellules musculaires ou les cellules nerveuses. D'autres ne
sont produites qu'à certains moment du cycle cellulaire.
Ceci s'explique
par la présence, sur la chaîne d'ADN de sites qui sont soit promoteurs soit
répresseurs et qui régulent l'activité du gène c'est-à-dire la production de
protéines.
Il est essentiel que les chercheurs se penchent sur l'étude
de ces sites car il pourrait être plus aisé d'agir sur eux plutôt que sur les
gènes pour moduler l'expression des protéines et donc soigner les maladies.
L'intérêt de cette approche est tel que des firmes s'y intéressent déjà. La
société Genset a déjà procédé au clonage de séquences de régulation. La société
Genelabs en Californie travaille sur le développement de petites molécules
pharmaceutiques pouvant agir au niveau de ces séquences régulatrices en
activant ou désactivant la séquence codante : ces molécules se lieraient
directement à des séquences spécifiques de l'ADN en s'y incrustant. Elle a déjà
sélectionné environ 700 séquences spécifiques d'ADN qui peuvent donner lieu
à la découverte de nouvelles molécules pharmaceutiques.
Les microsatellites
Certaines régions de l'ADN non-codant sont composées de microsatellites, courtes séquences répétitives d'une combinaison particulière des quatre bases de l'ADN (par exemple : ATTCAGATTCAGATTCAG). Les généticiens leur ont récemment découvert un rôle important et de nombreuses fonctions : leur nature répétitive les rend particulièrement sujets à des augmentations ou des réductions de longueur qui ont parfois de lourdes conséquences pour l'organisme. Chez certaines bactéries pathogènes, une variation du nombre de répétitions favorise l'apparition de nouvelles propriétés et la survie en cas de modifications de l'environnement. Chez l'être humain aussi, certains microsatellites ont vraisemblablement des effets importants ; leur nombre peut atteindre 100 000 dans le génome. Actuellement les seules fonctions connues des microsatellites humains sont négatives (ils sont notamment à l'origine de maladies neurologiques). En attendant de trouver des moyens d'action sur ces microsatellites, les chercheurs devraient étudier attentivement les possibilités de les utiliser dans le domaine du diagnostic précoce.
DÉPISTER LE CANCER
" Les microsatellites amélioreront bientôt le
dépistage précoce du cancer. On détecte aujourd'hui jusqu'à une seule cellule
cancéreuse parmi 10 000 cellules normales en recherchant des mutations
de gènes, tels les gènes p53 et ras (certaines formes de ces gènes prédisposent
au cancer). Toutefois, ces mutations ne se produisent pas dans tous les cancers,
ni même dans tous les cancers d'un même type.
Les microsatellites
fournissent une autre méthode de dépistage précoce du cancer, car la fréquence
d'augmentation ou de réduction des microsatellites est bien plus importante dans
certaines cellules cancéreuses que dans les cellules normales. De telles
modifications, qui portent souvent sur de nombreux microsatellites différents,
sont facilement délectables. Cette méthode permet aujourd'hui de déceler une
cellule cancéreuse parmi environ 500 cellules normales.
Les
modifications des microsatellites dans les cellules cancéreuses furent
découvertes en 1993 par Manuel PERUCHO, de l'Institut de recherches biologiques
de La Jolla, en Californie. Étudiant la forme héréditaire d'un cancer du côlon,
il observa que la longueur des microsatellites de cellules cancéreuses était
différente de celles des cellules normales du même patient. On a ensuite montré
qu'une des anomalies qui provoquait ces modifications se situe dans un gène
codant une enzyme responsable de la correction de la longueur des
microsatellites. La perte du gène fonctionnel augmenterait vraisemblablement la
probabilité de rencontrer des erreurs non corrigées.
Enfin, Richard
BOLAND, de l'Université de San Diego, et d'autres généticiens ont inséré un
chromosome humain porteur d'un gène normal de réparation de l'ADN dans des
cellules cancéreuses cultivées en laboratoire. Ils ont observé que le gène
introduit ralentissait la fréquence de mutation des microsatellites des
cellules cancéreuses.
Toutefois, les souris génétiquement modifiées
nommées"knock-out "ne possèdent pas le gène codant l'une des
principales protéines de réparation; elles ne vivent que peu de temps et
présentent de nombreux types de cancers. Pourtant les mutations de leurs
microsatellites ne sont plus fréquentes dans aucune de leurs cellules
cancéreuses. L'instabilité des microsatellites semble être plus un symptôme que
la cause du cancer. Ces changements ne formeraient qu'une partie des nombreuses
modifications génétiques qui se produisent en cascade dans tout le génome d'une
cellule, lors du processus de cancérisation.
Néanmoins, cette
association est suffisamment fréquente pour que l'instabilité des
microsatellites fournisse aux médecins un nouvel outil de dépistage. Des essais
cliniques concluants de dépistage précoce, à l'aide de microsatellites, ont été
d'abord effectués pour des cancers colorectaux et pour des cancers de la
vessie. Ils sont aujourd'hui utilisés pour de nombreux autres types de cancers.
Cependant, ces tests ne sont encore utilisés que dans des recherches. On espère
qu'ils serviront aussi à déterminer le type de cancer dont souffrent les
malades. "
(74(*))
2.1.2.1.2. La protéomique
L'intérêt principal de l'acquisition de nouvelles
connaissances sur les génomes est de permettre de mieux cerner la formation des
protéines, leur fonction et leur structure. Cette étude des protéines, la
protéomique, doit être réalisée au fur et à mesure des progrès de la génomique.
" La recherche académique doit prendre le relais de l'industrie.
Cette décennie a connu des progrès scientifiques inimaginables, mais il y a
sûrement trop d'entreprises qui s'occupent de cartographier le génome humain et
pas assez qui s'intéressent au fonctionnement de la
cellule. "75(*)
Mieux comprendre l'épissage
Épissage, un terme peut-être inapproprié, est la traduction
du mot anglais" splicing ". Il désigne un processus génétique
un peu complexe. Au niveau du gène, l'information génétique est fragmentée en
segments d'ADN appelés exons, que l'on retrouve au niveau de l'ARN messager,
séparés par des segments d'ADN sans correspondance dans l'ARN messager, les
introns. Au début de la transcription de l'ADN, l'ARN prémessager subit une
série de modifications qui conduisent à la mise bout à bout des exons et à
l'élimination des introns. Ce processus est appelé épissage ; il n'est pas
figé et n'aboutit pas toujours au même résultat. Suivant la façon dont les exons
se réorganisent (certains sont parfois éliminés), les ARN messagers sont
différents, alors qu'ils sont issus de la même séquence d'ADN. Un gène peut
coder une protéine différente de celle à laquelle l'information génétique de
base devrait donner naissance. Des dysfonctionnements de l'épissage peuvent
avoir des conséquences pathologiques.
Cette connaissance qualitative et
non plus quantitative des gènes doit être approfondie, car elle présente de
véritables opportunités thérapeutiques. En France, la société privée ExonHit
Therapeutics travaille sur ce sujet en collaboration avec l'Institut de
Génétique, Biologie moléculaire et cellulaire (Strasbourg), l'Hôpital Paul
Strauss (Strasbourg) l'hôpital Cochin-Port-Royal (Paris) et le Centre de
Pathologies infectieuses et immunologiques (Tours).
Connaître les fonctions, les interactions et les structures des protéines
La connaissance des séquences génétiques permettra, à terme,
d'établir un classement fonctionnel des protéines (les protéines régulatrices,
celles qui sont douées de propriétés enzymatiques, celles qui transportent les
ions, etc.).
Toutefois, cette approche classique a ses limites. Les
chercheurs regroupent les gènes et les protéines correspondantes en classes
fonctionnelles en se fondant sur les similitudes observées dans les séquences de
leur ADN. Cependant l'on constate aujourd'hui que des gènes de séquences
apparemment différentes peuvent coder pour des protéines ayant des structures
tridimensionnelles et des fonctions très similaires. De plus l'approche
génomique, dans la majorité des cas, permet d'établir la structure primaire,
" linéaire ", des protéines mais pas de prédire, à partir d'une seule
séquence, la structure bidimensionnelle d'une protéine. Or, la connaissance de
cette structure dans l'espace est indispensable pour comprendre la fonction de
la protéine au niveau atomique et étudier, par exemple les serrures
physiologiques où pourrait entrer les clés que sont les molécules
thérapeutiques.
Ce constat amène à émettre quelques recommandations en
matière de recherche :
- Il conviendrait de tenir compte de la
nouvelle stratégie élaborée par les chercheurs américains ; ils ont
constaté la quasi-impossibilité d'établir les structures tridimensionnelles des
protéines correspondant à l'ensemble des gènes dont on a déjà déchiffré les
séquences. Ils ont alors décidé76(*)
de déterminer les structures d'un échantillonnage des protéines qui soient
représentatives de tous les types de structures trouvées dans la nature, de
manière à disposer de références générales pour l'ensemble des protéines
existants. La connaissance de ces structures " chefs de file ",
améliorerait les programmes informatiques permettant de prédire la structure et
la fonction des autres protéines à partir des séquences de leurs gènes.
- Il faut investir dans des programmes de bio-informatique permettant des
comparaisons fines entre les structures des diverses protéines, sachant que ces
comparaisons peuvent donner une idée des fonctions de ces protéines.
- Il faut également, au niveau de la recherche fondamentale étudier la voie
de la cristallographie à haut débit. Les biopuces permettent d'assigner une
fonction biochimique aux protéines ; celles-ci peuvent être synthétisées,
purifiées puis cristallisées. La cristallographie à haut débit permet ensuite
d'obtenir les structures des protéines en trois dimensions.
- Il
convient de s'intéresser aux interactions des protéines pour connaître les
fonctions de ces dernières. On peut citer en ce domaine la stratégie développée
par la société française Hybrigenics, créée en 1997 grâce à une participation
financière de l'Institut Pasteur. Elle vise à établir le réseau des
interactions entre les protéines grâce à des techniques d'hybridation et de
criblage : à partir d'une protéine " appât ", elle crible
rapidement l'ensemble des protéines " proies ". Elle se base pour cela
sur des méthodes laboratoires, dites du " double-hybride " et du
" triple-hybride ".
- Il est indispensable de développer
la recherche en biologie structurale. Notre pays souffre en ce domaine d'un
retard grave. Or, la génomique et la bio-informatique ne donneront les résultats
thérapeutiques attendus qu'en restant liées en permanence aux données de la
biologie structurale, notamment à la conformation spatiale des protéines.
2.1.2.2. Les biopuces en France
Il faut confirmer l'orientation de la recherche française
vers les biopuces, compte tenu de leurs multiples applications, de la nécessité
d'améliorer leurs performances et de l'attitude du principal producteur,
Affymetrix. Cette firme ne fabrique pas des puces à la demande mais collabore à
des projets scientifiques seulement lorsqu'ils lui paraissent intéressants. À
cette politique de restriction des thèmes de recherche, Affymetrix ajoute une
protection jalouse de certains brevets, notamment celui qui protège sa capacité
à mettre plus de 400 séquences d'ADN par centimètre carré de surface. Pour
contourner ce brevet, certaines sociétés développent des biopuces utilisant des
surfaces constituées de microcuvettes. Pour Ron LONG, un dirigeant du groupe
anglo-suédois Amersham Pharmacia, évoquant ce domaine précis, " la
protection de la propriété intellectuelle va être un véritable champ de
mines ".
Outre la nécessité de s'affranchir de la tutelles
d'Affymetrix, celle de perfectionner les biopuces doit guider les chercheurs et
les firmes française. Ces perfectionnements concernent plusieurs domaines.
De la synthèse ex situ à la synthèse in situ
-L'amélioration de la synthèse ex situ des sondes
d'ADN destinées à être fixées sur les biopuces est l'objet de recherches menées,
dans le cadre du programme génome du CNRS par une équipe strasbourgeoise et par
un groupe réunissant des chercheurs du laboratoire de biologie de l'École
supérieure de Physique et de Chimie industrielles de la ville de Paris, de
l'École normale supérieure et de l'Institut Curie.
- La synthèse in
situ des sondes, qui représente la solution d'avenir est actuellement
étudiée dans le cadre du projet ROSA intégré au programme Génome du CNRS et
piloté par l'École centrale de Lyon. D'après Francis GALIBERT, responsable du
programme Génome, " le but de ce projet est de développer une méthode
de fabrication de puces avec des milliers d'oligonucléotides, conçues selon la
demande, en utilisant la chimie classique, qui permet de synthétiser des
oligonucléotides de grande longueur. Le problème est alors
essentiellement un problème de fluidique, c'est-à-dire d'adressage de réactifs
et de chimie de surface ".
Cette approche est également celle de
la petite firme américaine Protogene : tout en menant leurs recherches de
façon autonome, les équipes françaises doivent impérativement maintenir les
contrats de collaboration avec cette société.
Après avoir, il y a
quelques années, développé avec la société CIS Bio International un procédé
original (MICAM, brevet 1993) de fixation des sondes par électrolyse permettant
la fabrication de puces de très haute résolution, le CEA a également décidé
récemment d'investir dans la synthèse in situ. Les chercheurs grenoblois
du LETI-CEA, dans le cadre du programme AMIGO, s'attachent à faire évoluer la
technologie des biopuces dans trois domaines.
Dans l'approche
issue de la microfluidique, une première évolution concerne les façons de
déposer les gouttes, c'est-à-dire la dispense du liquide par des procédés issus
des techniques de jet d'encre. Le LETI-CEA utilise des dispenseurs de type
piézo-électrique.
La seconde évolution concerne la préparation
du substrat : la surface de la biopuce n'est plus plate mais constituée
d'un substrat structuré offrant une succession de cuvettes gravées dans du
silicium et préparées pour recevoir les microgouttes.
La
troisième évolution consiste à utiliser les robots de dispense non plus pour
déposer des sondes précédemment synthétisées, mais des réactifs chimiques
permettant de construire les sondes oligonucléiques directement sur le
substrat, in situ. Quatre tête de dépôt sont utilisées, distribuant
sélectivement les bases A, T, C ou G.
La détection des hybrides
Elle permet de repérer avec quelles sondes se sont appariés
les brins d'ADN mis au contact de la biopuce, c'est-à-dire ceux qui ont la
séquence complémentaire. D'une manière générale, la détection des hybrides se
fait grâce au marquage préalable des sondes à l'aide de produits fluorescents.
Les progrès à réaliser dans ce domaine consistent à supprimer l'étape du
marquage et de procéder à une lecture directe de l'hybridation simplifiant
ainsi la réalisation du diagnostic et abaissant son coût.
- Dans le
cadre du programme ROSA, l'École centrale de Lyon a développé un concept nouveau
dans lequel l'hybridation est détectée par mesure des variations des charges
électriques provoquées par la formation d'hybrides.
" En
utilisant comme récepteur de simples brins d'acides nucléiques, et en faisant
des mesures systématiques à toutes les étapes de l'élaboration de la structure
EDS, (Électrolyte/Diélectrique/Semi-conducteur) nous avons montré que
l'hybridation de brins d'ADN induit un effet de champ dans la structure
semi-conductrice sous-jacente. Le potentiel de bandes plates du semi-conducteur
est ainsi lié à la répartition des charges de surface, qui varie avec
l'hybridation.
S'appuyant sur ces résultats, l'élaboration d'un
biocapteur détectant directement l'hybridation d'ADN est donc envisageable en
utilisant un biorécepteur constitué de brins simples d'ADN, et un transducteur
capable de détecter des variations de charges électriques par effet de champ, à
savoir par exemple, une structure FET (Fiel Effect Transistor ou transistor à
effet de champ).
Un prototype de biocapteur d'acides nucléiques appelé
GenFET permettant la détection directe et in situ de séquences d'ADN a
été élaboré "77(*).
- Quant aux chercheurs du Département de recherche fondamentale sur
la matière condensée du CEA, ils ont choisi d'utiliser, pour détecter les
hybrides, les variations de poids de la biopuce. En effet, lorsqu'il s'hybride,
l'ADN testé ajoute sa masse sur la puce. Mais il n'existe pas de balance
suffisamment précise à l'échelle de la puce ! Les systèmes les plus précis
du monde, les microbalances à quartz, peuvent peser environ 1 nanogramme,
soit un milliardième de gramme, l'équivalent de 100 millions de brins
d'ADN. Les chercheurs ont donc élaboré un détecteur comportant 100 millions
de brins identiques où pourront s'hybrider les séquences d'ADN testées, qui joue
en même temps le rôle de balance.
Il leur reste maintenant à
miniaturiser l'ensemble afin que plusieurs détecteurs de ce type puissent être
mis sur le même support et permettent de tester plusieurs séquences d'ADN
différentes.
Cette technique n'en est qu'à ses débuts et doit être
perfectionnée. Outre son intérêt intrinsèque, elle suggère deux réflexions.
- la recherche bénéficie toujours des dialogues et des collaborations
entre des chercheurs d'horizons différents (en l'occurrence, recherche
fondamentale sur la matière condensée et biologie...) ;
- il
est indispensable d'encourager et de soutenir financièrement les chercheurs
français essayant de trouver des technologies innovantes et originales de
fabrication et de " lecture " des biopuces.
2.2.1. LE TISSU INDUSTRIEL
2.2.1.1. L'aide aux start-up : capital-risque et bio-incubateurs
L'Europe a pris beaucoup de retard dans le secteur de la
biotechnologie.
En 1998, les États-Unis comptaient plus de
1 300 entreprises de biotechnologie (ou " biotech ")
représentant 153 000 emplois et plus de 13 milliards de dollars
de recettes annuelles, alors qu'en Europe il n'existe que
1 200 " biotech ", représentant 46 000 emplois et
un chiffre d'affaires de 3,7 milliards d'euros.
On estime que,
dans un proche avenir, les activités liées à la génétique au sens large du terme
représenteront un marché mondial de 110 à 120 milliards de dollars et que
près de 20 % des nouvelles molécules pharmaceutiques seront issues des
biotechnologies.
Il est donc indispensable de renforcer la position de
l'Europe et, tout particulièrement, celle de la France.
Le rapport
annuel du cabinet de conseil Ernst & Young sur les biotechnologies faisait
état, pour l'année 1997 d'un recul de la France, qui se situait, dans le
secteur des sciences de la vie, au troisième rang européen derrière la
Grande-Bretagne et l'Allemagne.
|
PRINCIPALES SOCIÉTÉS DE BIOTECHNOLOGIE FRANÇAISES | |||
|
Société |
Ville |
Domaine | |
|
Ap Cells |
Paris |
Immunothérapie | |
|
Atlangene Applications |
Nantes |
Diagnostics moléculaires | |
|
BioAlliance Pharma SA |
Paris |
Pénétration et ciblage intracellulaire des médicaments | |
|
Bioprotein Technologies |
Paris |
Protéines recombinantes | |
|
Biospace Instruments |
Paris |
Instrumentation biologique | |
|
Biotech Inflection Point |
Paris |
R&D Pharma Biotech | |
|
Biovector Therapeutics |
Labege |
Délivrance de principes actifs | |
|
Bio X Tal |
Roubaix |
Biologie structurale | |
|
Cayla |
Toulouse |
Thérapie génique | |
|
Cerep |
Paris |
Chimie combinatoire, | |
|
D-Genos |
Angers |
Diagnostic microbiologique | |
|
Flamel Technologies |
Vénissieux |
Libération contrôlée de principes actifs | |
|
Genefit |
Loos-Lille |
Génomique fonctionnelle | |
|
Genopoïetic |
Paris |
Thérapie génique | |
|
Genoway |
Saint-Cloud |
Conception de modèles de recherche | |
|
Genset SA |
Paris |
Informations génomiques pour la pharmacie | |
|
Hemox Therapeutics |
Paris |
Thérapie cellulaire | |
|
Hybrigenics |
Paris |
Génomique fonctionnelle -protéomique | |
|
IDM |
Paris |
Thérapie cellulaire pour le cancer | |
|
Imtix-Sangstat |
Lyon |
Protection immunologique des greffes d'organes | |
|
Meristem Therapeutics |
Clermont-Ferrand |
Protéines recombinantes à usage thérapeutique à partir de plantes | |
|
Neurotech SA |
Évry |
Thérapie génique cellulaire | |
|
Nicox SA |
Valbonne Sophia-Antipolis |
R&D pharmaceutique | |
|
Proteus SA |
Nîmes |
Découverte de nouvelles enzymes industrielles | |
|
Qiagen SA |
Courtaboeuf |
Technologies innovantes séparation / purification acides nucléiques | |
|
Regentech |
Paris |
Cicatrisation et régérération cellulaire | |
|
Syntem |
Nîmes |
Découverte et optimisation de nouvelles molécules bio-actives | |
|
Transgène |
Strasbourg |
Thérapie génique | |
|
Tripos Sarl |
Antony |
Informatique moléculaire (78(*)) | |
En 1998, on comptait en France un peu moins de
100 " biotech ", la majorité de ces sociétés étant des
microstructures employant moins de 10 personnes et dont la pérennité est
loin d'être assurée.
Depuis un an la situation se transforme rapidement
et pourrait permettre l'indispensable rebond de la France.
Le soutien financier : le capital-risque
Le capital-risque est le meilleur moyen de financer des
start-up de biotechnologie qui ne peuvent générer de profit à très court terme
mais doivent, en revanche, consacrer de fortes sommes à leur budget de
recherche.
En France, dans le domaine du capital-risque, 1998 a été une
année de rupture.
Les fonds disponibles dans les sociétés de
capital-risque ont connu une augmentation substantielle : 4 milliards
de francs de capital-risque ont été levés en 1998 contre 1,5 milliards en
1997 ; il existe maintenant une vingtaine d'opérateurs de taille nationale
contre la moitié l'année précédente . Près de 100 sociétés sont cotées
au Nouveau Marché, contre 38 au début de 1998.
Par ailleurs, la puissance
publique a manifesté sa volonté d'aider les entreprises technologiques en
débloquant au premier trimestre 1999 une enveloppe budgétaire de
200 millions de francs dont la moitié est destinée à constituer des
" fonds de capital-amorçage ". Ceux-ci sont destinés à être investis
exclusivement dans les petites et moyennes entreprises notamment dans les
" biotech ".
Enfin, l'État a constitué un Fonds public pour
le capital-risque d'un montant de 600 millions de francs prélevé sur
l'ouverture du capital de France Télécom, auquel se sont ajoutés
300 millions de francs apportés par la Banque européenne d'investissement
(BEI). Le Fonds public pour le capital-risque est géré par la Caisse des dépôts
et placé sous la tutelle d'un comité d'engagement et d'orientation, composé de
représentants de l'administration et de trois chefs d'entreprise, présidé par
Henri GUILLAUME, auteur du rapport " Technologie et innovation ".
Outre l'impulsion en faveur des jeunes entreprises, l'intérêt de ce fonds
est l'originalité de son fonctionnement. Il n'intervient pas directement dans
les entreprises mais aide à la constitution de Fonds commun de placements à
risques (FCPR) qui prennent eux-mêmes des participations dans les PME. Ainsi,
l'argent public s'associe à l'argent privé pour réaliser un véritable effet de
levier. L'objectif est de faire passer le nombre de structures de
capital-risque actives en France de huit à près de vingt-cinq. Ces Fonds communs
de placement à risques doivent avoir un capital d'au moins 100 millions de
francs ; leurs capitaux doivent être majoritairement privés ; ils
doivent s'engager à financer à hauteur d'au moins 50 % des entreprises
françaises, innovantes, créées il y a moins de sept ans.
Le Fonds public
pour le capital-risque et le Fonds BEI peuvent apporter 15 à 30 % des
capitaux, pour des montants compris entre 15 et 90 millions de francs.
Trois catégories de FCPR ont jusqu'à présent bénéficié des fonds publics
pour le capital-risque :
- des fonds nationaux d'une taille de
300 à 800 MF pouvant financer des projets lourds avec des interventions
pouvant atteindre 30 à 50 MF par affaire ;
- des fonds
régionaux, d'une taille plus réduite, de 120 à 200 MF, qui financeront des
PME régionales avec des montants compris entre 1 et 10 MF ;
- des fonds créés par des personnes physiques, spécialistes d'un secteur,
pouvant investir dans les phases d'amorçage ou de création (" business
angels ").
Les fonds nationaux ayant bénéficié de ces mesures
sont : Sofinnova, Banexi Ventures, Auriga Ventures, Siparex Ventures,
Galileo Ventures, Natexis Ventech.
Le fonds Auriga Ventures, doté de
410 millions de francs, a exprimé l'intention d'investir 50 % de ses
actifs dans le domaine des sciences de la vie, pour une forte majorité en France
mais aussi dans le reste de l'Europe. Il a déjà décidé d'investir
14,5 millions de francs dans la société Hybrigenics, essaimage de
l'Institut Pasteur, dans le cadre d'un deuxième tour international de
60 millions de francs. En terme sectoriel, Auriga Ventures privilégie les
sociétés orientées vers la post-génomique, c'est-à-dire la protéomique.
Le soutien logistique : les bio-incubateurs
L'aide financière ne suffit pas pour induire un véritable
démarrage des jeunes entreprises de biotechnologie. Les start-up connaissent en
effet au moment de leur naissance des problèmes matériels divers :
immobiliers, juridiques, commerciaux ou de gestion.
Les incubateurs sont
des structures d'accueil qui aident les créateurs d'entreprises à :
- s'installer matériellement, avec des locaux et du matériel de
qualité ;
- réaliser des études de faisabilité de leur
projet ;
- s'assurer de la brevetabilité de la technologie
envisagée
- négocier éventuellement avec les organismes ou groupes
détenteurs des brevets ;
- mener des études de marché ;
- établir un " business plan " ;
-
trouver des collaborateurs capables d'assurer la gestion.
Les
Britanniques ont mis en oeuvre un tel soutien logistique depuis plusieurs
années.
BIO INCUBATEURS : L'EXEMPLE BRITANNIQUE79(*)
" Pour faciliter le transfert de technologie du
laboratoire vers l'industrie, les Britanniques ont adopté le système des
bio-incubateurs. Le concept est bien plus qu'une opération immobilière visant à
offrir aux start-up des locaux munis d'équipement dernier cri.
Au sein
de l'incubateur, les jeunes pousses ont aussi à leur disposition toute une gamme
de services d'accompagnement. Bien souvent les chercheurs qui s'improvisent
entrepreneurs n'ont pas les compétences dans des domaines aussi variés que la
propriété intellectuelle, le droit, le marketing, la fabrication ou encore la
finance. " Notre étude de marché aux États-Unis et en Europe a révélé qu'il
existe plus de 1 000 bio-incubateurs. Mais, seuls ceux qui avaient
une équipe complète d'accompagnement ayant une expérience commerciale
réussissent ", selon David BEST, du Bioscience Innovation Centre, à
Cambridge.
La plupart à l'image de l'incubateur d'Oxford-BiotechNet-,
sont financés par une combinaison de fonds publics et privés. À Manchester, une
partie du financement est issue du capital-risque ou de fonds d'amorçage. En
invitant aussi des compagnies plus avancées dans leur développement, le
directeur, Mark FERGUSSON, augmente les chances de retour d'investissement dans
un délai acceptable. Enfin, pour les sociétés qui peuvent rester dans les locaux
de leur université d'origine, il y a les bio-incubateurs virtuels. L'un d'eux,
le Company Maker, d'Imperial College, se contente ainsi d'apporter un
savoir-faire au niveau du management et du financement. "
En
Allemagne, une pépinière d'entreprises accueille les start-up sur le campus de
Berlin Buch. Avec un loyer inférieur à 30 francs le mètre carré, des
équipements ultramodernes répartis sur 6 000 m2 et une
connexion à un réseau de transmission de données à grande vitesse, cet
incubateur a déjà attiré plus d'une vingtaine d'entreprises.
En France,
les biopôles se dotent aussi d'incubateurs. Au Génopôle d'Évry, par exemple le
bâtiment d'accueil des start-up prévoit de leur offrir " une aide
juridique à la commercialisation et à la communication d'entreprise ".
C'est à ces incubateurs chargés d'accompagner les entreprises en phase
de création qu'est consacrée l'autre moitié de l'enveloppe budgétaire prévue
pour 1999, soit environ 100 millions de francs. Une vingtaine d'incubateurs
devraient être mis en place dans l'Hexagone, au sein d'universités ou
d'organismes de recherche publics. Chacun de ces lieux d'accueil pourrait
héberger entre 15 et 20 start-up pendant une durée limitée.
2.2.1.2. Les biopôles
Le concept de biopôle et son développement en Europe
Les biopôles sont des lieux de contact. Généralement créés
autour d'un centre universitaire ou de recherche, ils réunissent autour des
scientifiques une nébuleuse de sociétés qui couvrent tous les domaines des
biotechnologies : entreprises de service, grands groupes pharmaceutiques,
cabinets de consultation, audit, capital-risqueurs, spécialistes de la propriété
intellectuelle... Le but de ces contacts multiples est de faire naître une
synergie entre les différents acteurs, industriels, entrepreneurs ou chercheurs.
D'après Michel RENAUD, vice-président de l'Université d'Auvergne et
fondateur du biopôle de Clermont-Limagne :
" Pour créer une
entreprise, il faut un " porteur de projet ". On pense souvent aux
chercheurs eux-mêmes, mais est-il vraiment souhaitable d'amputer les
laboratoires de leurs meilleurs éléments ? Pour moi, les bons porteurs de
projet ce sont les jeunes diplômés en général. Les " ex-post docs "
notamment connaissent bien leur discipline, ils ont pour beaucoup une ouverture
internationale et ils sont, plus souvent qu'on ne le pense, ouverts à l'esprit
d'entreprise. Ce sont ces personnes-là qu'il faut chercher, former et
encourager. [...] Mais il ne suffit pas de penser en termes de créations
d'entreprise : pour que la source ne se tarisse pas, la recherche doit
être développée. [...] Enfin, toujours dans l'idée d'une chaîne continue et
d'une fertilisation croisée, il faut un lieu qui accueille les entreprises, mais
pas seulement les PME de haute technologie. Le Biopôle Clermont-Limagne a une
logique de site, presque de filière industrielle : à terme, il devra réunir
toutes les entreprises nécessaires pour traiter un problème biotechnologique
sous différents angles, y compris les services. "80(*)
Ces propos illustrent la multiplicité des acteurs susceptibles de
collaborer pour qu'un biopôle réalise la nécessaire synergie entre le monde de
la science et celui des entreprises. On peut ajouter que le rôle d'un biopôle
est aussi, en favorisant la proximité de tous les acteurs, qu'ils soient
scientifiques, industriels confirmés ou créateurs de start-up, de permettre le
transfert de ce que l'on appelle l'information " non codifiée ", le
savoir tacite (" tacit knowledge ").
Si le nombre
d'entreprises de biotechnologie en Europe reste insuffisant, son augmentation
rapide (45 % en 1998) est sans conteste liée à la multiplication des
biopôles en Europe.
De nombreux centres nationaux sont nés :
- En Grande-Bretagne : Cambridge, Oxford, Edimbourg ;
- En Allemagne : Munich, Rhénanie (Cologne, Düsseldorf, Wuppertal,
Aix-la-Chapelle, Jülich), Triangle Rhin-Neckar (Heidelberg, Ludwigshafen,
Mannheim), Berlin-Brandebourg, Iéna ;
- En Irlande :
Dublin ;
- Aux Pays-Bas : Leiden-Wageningen ;
- En Belgique : bio-Flandres et
Louvain-La-Neuve/Bruxelles-Sud/Charleroi ;
- En
Finlande : Turku ;
- En Italie : Milan.
Au
niveau de la Communauté européenne, on peut noter :
- que les
biopôles bénéficient d'aides financières (ainsi, au biopôle de Clermont-Ferrand,
le Fonds européen de développement économique régional a financé pour moitié les
coûts de création de cinq nouveaux laboratoires) ;
- que le
rassemblement des start-up au sein des biopôles permet une meilleure
coordination de leurs activités, notamment pour répondre à des appels d'offres
européens.
En France, les quatre principaux biopôles sont le Génopôle
d'Évry, Clermont-Ferrand, Lille Eurasanté et Montpellier.
|
GÉNOPÔLE81(*) | |
|
Dominante :génomique | |
|
Principales bases de recherche : Généthon, Centre national de séquençage, Centre national de génotypage | |
|
Nombre de PMI innovantes : 8 | |
|
Leaders :Genset, Département génomique de Rhône-Poulenc Rorer, Neurotech, Visible Genetics/ACT Gene, Cybergène/ESGS, Novagali | |
|
Atouts de développement : volonté publique de faire du Génopôle le pôle génomique français ; neuf installations de start-up prévues ; concentration scientifique et économique de la région parisienne | |
|
CLERMONT-FERRAND1 | |
|
Dominante :filière agro-alimentaire | |
|
Principales bases de recherche : premier centre de province de l'INRA, laboratoires INSERM et CNRS, Centre de recherche en nutrition humaine, Université d'Auvergne | |
|
Nombre de PMI innovantes : 15 | |
|
Leaders :GreenTec, Genolife, Meristem Therapeutics | |
|
Atouts de développement : présence de Limagrain ; stratégie du pôle ; mise en réseau des centres de Clermont-Limagne, de Vichy (cosmétique-parapharmacie) et Aurillac (environnement-agro-alimentaire) | |
|
LILLE EURASANTÉ82(*) | |
|
Dominante :santé | |
|
Principales bases de recherche : Institut Pasteur Lille, CHRU, Institut de chimie pharmaceutique | |
|
Nombre de PMI innovantes : 10 | |
|
Leaders :Cerep, PIL-Biovector Therapeutics | |
|
Atouts de développement : dynamisme et originalité des projets (Genfit) | |
|
MONTPELLIER1 | |
|
Dominante :expertise dans la génomie du riz et dans la recherche sur le cancer | |
|
Principales bases de recherche : Génotrop de l'Orstom-IRD, Laboratoire du Cirad, Laboratoire de biologie moléculaire et cellulaire du CNRS, Laboratoire des biotechnologies de l'environnement, Université de Montpellier I | |
|
Nombre de PMI innovantes : 6 | |
|
Leaders : DNA, Vitropic, Mycos | |
|
Atouts de développement : dynamisme ; plusieurs projets d'incubateurs ; ouverture prochaine d'une pépinière dans les biotechnologies | |
Sélection et coopération des biopôles
S'il est indispensable de favoriser la création de biopôles,
il convient de le faire dans les meilleures conditions possibles, en pratiquant
la sélection et en organisant la coopération.
- La
sélection : Elle est indispensable pour que les crédits de soutien ne
soient pas disséminés, donc inefficaces, et pour que la
" labellisation " des biopôles corresponde à une véritable
excellence, reconnue à l'extérieur.
En France, elle sera effectuée en
automne 1999 dans le cadre d'une des actions concertées incitatives (ACI) créées
par le Conseil interministériel sur la recherche et la technologie. Plusieurs
sites parisiens et huit villes de provinces concourent à l'appel d'offres
(Bordeaux, Lille, Strasbourg, Lyon, Grenoble, Marseille, Montpellier et
Toulouse).
Afin de réaliser cette sélection dans de bonnes conditions,
il serait souhaitable de prendre en considération les méthodes utilisées par les
Allemands dans le cadre du programme Bioregio : en 1995, le Ministère
fédéral allemand pour l'enseignement, la recherche, la science et la technologie
a lancé un concours appelé Bioregio afin d'accélérer le développement industriel
des biotechnologies.
Le ministère entendait ainsi encourager la
coordination de toutes les sources de financement de recherche-développement et
la création d'entreprises en synergie régionale dans ce domaine. Les régions
devaient formuler leur stratégie et les objectifs de leurs recherches tout en
faisant état du potentiel biotechnologique régional. Trois dossiers (sur
dix-sept) ont été sélectionnés par le jury constitué de membres issus de
l'industrie, de la recherche scientifique et des organisations syndicales :
celui de la Rhénanie, du triangle Rhin-Neckar et de Munich (à cela s'est ajouté
un prix exceptionnel obtenu par la biorégion Iéna) : les trois régions
" gagnantes " se sont vu accorder, chacune, 50 millions de DM sur
cinq ans, ces moyens devant leur permettre de mobiliser le plus possible de
financements privés.
La participation de l'État français, pour l'année
1999 est moins importante mais elle s'inscrit dans la durée. Afin d'être
vraiment efficace l'action des pouvoirs publics doit se situer dans une optique
précise :
- Cette action concertée incitative doit être
l'occasion de dresser un inventaire aussi exhaustif que possible des atouts de
chaque région dans le domaine de la génomique (infrastructure, organismes de
recherche, possibilités de financement privé, opportunités industrielles,
incubateurs, réseaux informatiques...).
Cet inventaire sera en effet
indispensable aux régions comme aux décideurs nationaux, aux groupes industriels
et financiers, et aux organismes internationaux qui ne peuvent eux-mêmes
recenser toutes les possibilités offertes par les régions dans un domaine précis
mais ont besoin de ces éléments pour leur confier la réalisation de programmes
(c'est le cas de la région de Montpellier et d'un programme de la Banque
mondiale).
- Le recours à des experts internationaux pour
l'évaluation des dossiers présentés par les régions doit être systématique afin,
bien sûr deprofiter de leur expérience et de leur impartialité mais aussi
de faire en sorte que la labellisation " biopôle " des régions
sélectionnées soit reconnue internationalement.
- La
coopération
au niveau national : elle est indispensable
pour que les biopôles sélectionnés aient un effet d'entraînement sur les autres.
Elle passe bien entendu par l'utilisation de réseaux informatiques mais
également par l'accueil, au sein des biopôles, des start-up n'ayant pas trouvé
d'incubateur local.
au niveau européen : elle constitue le
meilleur moyen de parvenir à des biopôles de taille suffisante pour se mesurer
aux sites américains. Elle existe déjà dans la péninsule scandinave : la
Medicon Valley regroupe le Danemark et la Suède, et constitue le troisième
centre de recherche en biotechnologies en Europe. Une autre initiative
particulièrement intéressante est la Biovalley qui regroupe l'Alsace, le
Bade-Wurtemberg et le Nord-Ouest de la Suisse. L'objectif de la BioValley est
d'atteindre la taille critique d'un pôle de niveau mondial.
BIOVALLEY
L'espace central du Rhin Supérieur -Alsace, Bade-Wurtemberg,
nord-ouest de la Suisse- réunit l'ensemble des composantes favorables au
développement d'un pôle majeur des biotechnologies en Europe : excellence
des centres de recherche, présence de grands groupes industriels, secteur en
forte croissance.
BioValley, dont l'initiative a été lancée
officiellement en 1996, recense déjà plus de 300 partenaires
potentiels : entreprises, institutions, organismes, tri-nationaux de
développement économique, organismes financiers, universités, centres de
recherche, centres de transfert de technologies.
Le réseau BioValley se
mobilise pour atteindre la taille critique d'un pôle de niveau mondial
dans le domaine des biotechnologies en :
favorisant les
alliances entre partenaires européens ;
encourageant les
alliances entre partenaires européens ;
facilitant l'accès
des jeunes entreprises au capital-risque ;
identifiant les
travaux de recherche académique susceptibles d'être valorisés ;
accélérant le transfert de technologies.
Actuellement, le concept
BioValley devient réalité grâce à la diversité des services et des prestations
proposées :
Un réseau trinational " Vie et
Santé " avec des partenaires dans les trois pays impliqués ;
BioValley Promotion Team pour la coordination des activités au
sein du réseau ;
Tables rondes : rencontres
mensuelles à Bâle, Fribourg et en Alsace ;
BioValley
" Easy Access System " :accès simple et facile aux
contacts du réseau, que ce soit de l'intérieur ou de l'extérieur de la
BioValley ;
Fonds d'expertise BioValley : aide au
financement pour les chercheurs souhaitant créer leur propre entreprise et aide
à l'élaboration d'un business plan afin de faciliter les contacts avec les
financiers ;
Guide BioValley : annuaire de tous
les partenaires de la BioValley ;
BioValley Technology
Watch : la BioValley " Promotion Team " en
collaboration avec d'autres institutions mettent en place une veille
technologique en biotechnologie ;
Site Internet :
http ://www.biovalley.com : présentation de BioValley, partenaires de
BioValley, forum et newsgroups, base de données ;
Point de rencontre BioValley : événements, séminaires,
rencontres et conférences ;
Foires et congrès :
participation de la BioValley du Rhin Supérieur aux foires, salons et
congrès ;
BioValley Bridges : conférences
multidisciplinaires et rapports pour l'harmonisation des normes et législations
entre les régions de la BioValley, en se basant sur les directives
européennes ;
Formation continue : rencontres et
séminaires de formation proposés par les organismes de formation continue et
initiale de la BioValley ;
BioValley Universities
Partnership Programm : programme d'accompagnement des universités, afin
de favoriser la création d'entreprises et la collaboration
universités-entreprises.
(83(*))
2.2.2. LES BREVETS
2.2.2.1. Aspect juridique : le champ de la brevetabilité
Le texte de base pour la Communauté européenne : la directive de juillet 1998
La directive 98/44 du Parlement européen et du Conseil, du
6 juillet 199884(*),
relative à la protection juridique des inventions biotechnologiques a été
adoptée après dix années de tergiversations. Le nombre de considérants qui
l'accompagne (cinquante-six considérants pour dix-huit articles) prouve combien
les termes de cette directive ont été pesés et ont fait l'objet de compromis.
Elle a cependant le mérite d'être très explicite.
Elle rappelle
la distinction fondamentale entre les découvertes, par essence non
brevetables et les inventions qui, seules, le sont. Elle confirme la non
brevetabilité du corps humains aux différents stades de sa constitution et de
son développement. De même, la simple découverte d'un élément du corps humain
dans son environnement naturel, " y compris la séquence ou la séquence
partielle d'un gène " ne peuvent constituer des inventions
brevetables.
En revanche, un élément isolé du corps humain, dès lors
qu'il est le résultat de procédés techniques visant à l'identifier, le purifier,
le caractériser et le multiplier est brevetable " même si la structure
de cet élément est identique à celle d'un élément naturel "85(*).
Par exemple, le travail d'identification d'un gène nécessitant
l'intervention de la technologie humaine ne constitue pas une simple découverte
et peut être breveté s'il remplit, par ailleurs, les conditions classiques de
brevetabilité : l'application industrielle d'une séquence génétique
partielle ou complète doit obligatoirement être concrètement exposée dans la
demande de brevet. Une simple séquence d'ADN sans indication de fonction ne peut
être brevetée.
Certains considérants relatifs à l'article 5
apportent des éléments précis d'information :
" (20)
considérant, en conséquence, qu'il est nécessaire d'indiquer qu'une invention
qui porte sur un élément isolé du corps humain ou autrement produit par un
procédé technique, et qui est susceptible d'application industrielle, n'est pas
exclue de la brevetabilité, même si la structure de cet élément est identique à
celle d'un élément naturel, étant entendu que les droits conférés par le brevet
ne s'étendent pas au corps humain et à ses éléments dans leur environnement
naturel ;
(21) considérant qu'un tel élément isolé du corps
autrement produit n'est pas exclu de la brevetabilité puisqu'il est, par
exemple, le résultat de procédés techniques l'ayant identifié, purifié,
caractérisé et multiplié en dehors du corps humain, techniques que seul l'être
humain est capable de mettre en oeuvre et que la nature est incapable
d'accomplir par elle-même ;
(22) considérant que le débat sur la
brevetabilité de séquences ou de séquences partielles de gènes donne lieu à des
controverses ; que, aux termes de la présente directive, l'octroi d'un
brevet à des inventions portant sur de telles séquences ou séquences partielles
doit être soumis aux mêmes critères de brevetabilité que pour tous les autres
domaines technologiques, nouveauté, activité inventive et application
industrielle ; que l'application industrielle d'une séquence ou d'une
séquence partielle doit être exposée de façon concrète dans la demande de
brevet telle que déposée;
(23) considérant qu'une simple séquence d'ADN
sans indication d'une fonction ne contient aucun enseignement technique; qu'elle
ne saurait, par conséquent, constituer une invention brevetable ;
(24) considérant que, pour que le critère d'application industrielle soit
respecté, il est nécessaire, dans le cas où une séquence ou une séquence
partielle d'un gène est utilisée pour la production d'une protéine ou d'une
protéine partielle, de préciser quelle protéine ou protéine partielle est
produite ou quelle fonction elle assure. "
La jurisprudence
- La jurisprudence européenne a montré les difficultés
qui pouvaient surgir lorsqu'on tente d'appliquer les règles classiques de
brevetabilité aux sciences du vivant, notamment pour la définition de
" l'invention " et de la " découverte ".
En 1991, le
Howard Florey Institute avait obtenu, de la part de l'Office européen des
brevets (OEB), un brevet portant sur un fragment d'ADN codant pour une protéine
humaine, la Relaxine H2. Cette protéine, sécrétée par les femmes enceintes pour
atténuer les contractions, a un intérêt thérapeutique évident.
Le brevet
accordé fit l'objet d'une procédure d'opposition qui permit à la division
d'opposition de l'OEB de rendre une décision importante le 8 décembre
1994 : elle a jugé que l'invention de la Relaxine H2 remplissait les
conditions de nouveauté et d'activité inventive, considérant qu'il s'agissait
d'une substance naturelle isolée pour la première fois et dont l'existence était
inconnue auparavant ; elle a estimé que cette substance ne pouvait
s'assimiler à une découverte dans la mesure où un procédé permettant de
l'obtenir et de la caractériser convenablement par sa structure avait été mis au
point, soulignant ainsi l'importance, pour la brevetabilité de l'intervention
humaine permettant de révéler une chose jusque-là ignorée dans la
nature86(*).
Cette décision n'avait pas, alors, fait l'unanimité.
La clarté de la
directive européenne, précisant qu'une simple séquence d'ADN sans fonction n'est
pas brevetable, devrait permettre aux diverses instances juridiques des États
membres d'harmoniser leur jurisprudence.
- La jurisprudence
américaine est beaucoup moins claire.
La notion d'utilité
nécessaire à l'obtention d'un brevet laisse à penser que l'on ne peut pas
breveter un gène dont l'utilisation pratique n'est pas précisée. Sur cette idée
se fondait le rejet, par l'Office américain des brevets, des demandes formulées
en 1991 et 1992 par Craig VENTER, l'un des responsables du programme américain
de séquençage du génome humain. Celui-ci avait déposé, pour le compte des
Instituts nationaux de la santé (NIH), une demande de brevet sur plusieurs
centaines de gènes humains. Dans un premier temps, l'Office américain des
brevets a rejeté cette demande pour " défaut d'utilité " de ces
gènes ; mais, les NIH ayant décidé, devant l'émoi de la communauté
scientifique, de ne pas aller au terme de la procédure, la jurisprudence
américaine est restée imprécise.
La confusion a même été
accentuée par une récente décision de l'Office américain des brevets, qui a
accordé à la société Incyte le premier brevet sur des EST. Les EST (Expressed
Sequence Tags) sont de courtes séquences d'ADN utilisées pour
" étiqueter " les gènes et permettre de décoder de longues séquences
d'ADN.
Les EST n'ont aucune fonction biologique précise. L'Office
américain a cependant admis qu'un EST pouvait être utile si les applications
potentielles étaient suffisamment décrites : identification de gènes ayant
eux-mêmes une fonction connue, cartographie chromosomique.
Dans ces
conditions, le problème est moins celui de la brevetabilité que celui de la
portée du brevet. En effet, la crainte principale des chercheurs est que le
" propriétaire " d'un EST n'ait également des droits sur le gène
complet séquencé grâce à l'outil que constitue l'EST.
Certes, accorder
des droits sur un gène de fonction inconnue, en s'appuyant sur des droits
reconnus sur un sous-ensemble du gène, ne serait pas conforme au droit américain
des brevets87(*).
Mais cette décision de l'Office américain des brevets va donner lieu à
des batailles juridiques pouvant avoir des solutions différentes selon les
instances saisies.
2.2.2.2. Aspect économique : l'impact des brevets
L'initiative prise le 15 avril 1999 par les plus grands
groupes pharmaceutiques mondiaux change la donne économique en matière de
brevets sur le génome.
Sous l'égide de Novartis, les groupes
AstraZeneca, Bayer, Bristol-Myers Squibb, Hoffmann-La Roche, Glaxo-Wellcome,
Hoechst Marion Roussel, Pfizer, Searle et SmithKline Beecham se sont associés à
cinq grands laboratoires publics directement impliqués dans la recherche sur le
génome humain : Whitehead Institute (MIT) for genome research, Sanger
Center (Wellcome Trust), Cold Spring Harbor Laboratory, Stanford Human Genome
Center, Washington University School of Medicine.
Le but du SNP
Consortium ainsi constitué est l'établissement d'une carte de marqueurs
génétiques du polymorphisme. Les SNP (Single Nucleotide Polymorphism)
sont des sites du génome présentant des variations d'un seul nucléotide. La
connaissance des SNP, qui sont répartis de façon homogène sur le génome (1 pour
1000 bases environ) devrait accélérer la localisation des gènes associés
aux pathologies.
Le SNP Consortium a pour objectif d'identifier, parmi
les 3 milliards de paires de nucléotides formant le génome humain, environ
300 000 SNP. Les chercheurs pourront ensuite comparer les cartes de
SNP obtenues chez des personnes non malades avec celles de groupes de personnes
souffrant de telle ou telle affection.
Cette comparaison permettra de
réaliser les génotypages nécessaires au développement de nouvelles pistes
diagnostiques et thérapeutiques.
Or, les responsables du consortium
n'envisagent pas, semble-t-il, de garder pour eux ces précieuses informations ni
de les faire breveter. Ils ont indiqué, en effet, que les informations issues de
leurs recherches seraient immédiatement rendues publiques et mises à la
disposition de l'ensemble de la communauté scientifique internationale. Mais
leur démarche n'est pas exclusivement philanthropique, malgré certaines
déclarations : " Notre mission consiste à rendre largement
accessible un important outil de recherche qui fera progresser notre
compréhension des processus des maladies et, par extension, le champ de la
médecine humaine "88(*)...
Leur but est surtout de partager le risque financier et de réduire la
duplication des efforts de recherche qui résulteraient d'une situation où
chaque grand groupe pharmaceutique chercherait à établir pour son propre compte
des cartes de SNP.
Enfin, leur démarche vise à ne pas dépendre
entièrement de plus petites sociétés, propriétaires de l'information génétique.
En effet, les principales sociétés de génomique (Celera, Affymetrix, Millenium
Pharmaceuticals, Incyte aux États-Unis et Genset en France) consacrent des
sommes très importantes à l'établissement de cartes des SNP afin de faire
breveter au plus vite leurs découvertes et de vendre ces informations aux grands
laboratoires pharmaceutiques.
Dès lors que les cartes de SNP seront du
domaine public, l'impact des brevets va se déplacer pour aller en aval :
les sociétés de génomique ne pourront plus vendre des données brutes. C'est ce
qu'expose le président directeur général de Genset, Pascal BRANDYS :
" Il est certain que les SNP seront un jour accessibles à tous ;
mais nous n'avons pas attendu pour nous engager dans les étapes suivantes. Nous
développons des technologies de génotypage et l'analyse biostatistique pour
relier génotypes et phénotypes ".
Au niveau français, il
serait utile de mettre en place, à l'Institut national de la propriété
industrielle, sous la tutelle du secrétariat d'État à l'Industrie, une cellule
de réflexion à laquelle participeraient des responsables des entreprises de
génomique. Cette cellule aurait pour mission de donner rapidement aux décideurs
politiques, aux chercheurs, responsables des biopôles et aux industriels de
tous niveaux impliqués dans la recherche génomique, des informations sur :
- les conséquences de la création du SNP consortium dans le domaine
des brevets ;
- les possibilités de réorientation de la
stratégie en matière de brevetabilité de l'information génétique.
2.3.1. LA FORMATION PROFESSIONNELLE
2.3.1.1. Les biologistes
Voici quelques recommandations pour adapter la formation des
biologistes aux nouveaux besoins :
- Favoriser l'éclosion
de " vocations " pour la biologie : il conviendrait, dans
cette optique, d'offrir à tous les étudiants de médecine et de pharmacie qui ne
sont pas reçus au concours de fin de première année, à cause du numerus
clausus, la possibilité de passer directement en deuxième année du DEUG de
biologie, à condition d'avoir obtenu soit une moyenne de 10 dans toutes les
matières enseignées en première année de médecine ou de pharmacie, soit une
moyenne de 12 en biologie. Des passerelles de ce type existent aujourd'hui
mais :
elles sont inégalement mises en oeuvre en fonction
des différentes facultés ;
elle ne tiennent pas compte de
façon spécifique de la note en biologie ;
elles ne font pas
toujours l'objet d'une information bien diffusée chez les étudiants ;
elles offrent un nombre limité de places générant un
" gâchis " intellectuel considérable. Il serait très profitable, en
effet, aux facultés de biologie, de recruter ces étudiants qui ont suivi une
formation scientifique au cours de leur première année de médecine ou de
pharmacie.
- Encourager l'enseignement de la biologie dans les
universités situées près des biopôles. Ainsi, l'Université d'Évry a créé un
DEUG de sciences de la vie, une licence de biologie moléculaire et physiologie,
ainsi qu'une maîtrise de biologie moléculaire (mention génétique humaine) ;
elle envisage aussi d'orienter vers la biologie certaines matières déjà
enseignées comme l'informatique ou les mathématiques. Ce type d'initiative
favorise considérablement la synergie entre les universités et les biopôles.
- Instituer une option " informatique " dans tous les
cursus de biologie afin de faciliter le dialogue entre biologistes et
informaticiens et, éventuellement, de susciter des vocations de
bio-informaticiens chez certains biologistes.
- Créer des écoles
doctorales de biologie qui proposent des spécialisation en GÉNOMIQUE,
BIOTECHNOLOGIE, BIOLOGIE STRUCTURALE, RECHERCHE THÉRAPEUTIQUE et
BIO-INFORMATIQUE. Les écoles doctorales sont les structures administratives
chargées, au sein des universités et des grandes écoles, de l'organisation des
DEA et des thèses. Depuis deux ou trois ans certaines écoles doctorales en
biologie, outre leurs fonction administrative, proposent à leurs étudiants des
enseignements les préparant aux métiers des biotechnologies. Mais ces
initiatives ne sont pas systématiques et dépendent des directeurs de ces écoles.
Sur une vingtaine d'écoles doctorales françaises, un quart ne propose aucun
enseignement de ce type, alors qu'un autre quart offre un cursus très
intéressant à ses étudiants.
|
LES ÉCOLES DOCTORALES LES PLUS DYNAMIQUES EN 1997-1998 | |||
|
Écoles |
Nombre d'étudiants |
Organisation des enseignements |
Les " plus " |
|
École doctorale " sciences de la vie et de la santé " de Toulouse |
280 |
- 25 modules. |
Biostatistiques, législation européenne |
|
École doctorale " biochimie et biologie moléculaire " de Paris-VII |
400 |
- 17 modules. |
Protection et valorisation des recherches, cours d'économie à l'université de Paris-Dauphine |
|
École doctorale " biologie et santé " de Vandoeuvre-les-Nancy |
400 |
- Accompagnement sur 3 ans du thésard |
Initiation à la démarche qualité |
|
Collège d'études doctorales " sciences et santé " d'Amiens |
115 |
- 11 modules. |
Gestion de projets, création d'entreprises en collaboration avec l'UTC Compiègne |
(89(*))
Il est indispensable de systématiser et d'officialiser la
mission d'enseignement des écoles doctorales. Il faut également en créer un
certain nombre, pour les matières précitées, dans les universités situées près
des biopôles. Elles devraient dispenser une double formation et permettre aux
étudiants de 3e cycle d'étudier, parallèlement à leur
spécialité, des matières destinées à développer leur " culture
entrepreneuriale " : veille technologique et intelligence économique,
propriété industrielle, réglementation, communication, capital-risque,
connaissance des marchés, gestion des ressources humaines...).
Cette
double formation doit pouvoir être reconnue et il convient donc de modifier les
titres universitaires décernés en fin de cursus pour que les étudiants puissent
se prévaloir de cette double compétence.
2.3.1.2. Les médecins et les pharmaciens
- À l'issue de la première année, il faut,
ainsi que cela a été exposé ci-dessus, favoriser la reconversion en
biologie.
- Dès le second cycle, les étudiants doivent
aborder la génomique. Cela a semblé particulièrement important à la
Commission " Génétique et Pharmaciens " instituée au Conseil national
de l'Ordre des Pharmaciens.
" La Commission estime qu'il est
important d'organiser, au niveau de la formation commune de base des
pharmaciens, un enseignement de sensibilisation à la génétique.
Actuellement, ces formations sont très disparates, que ce soit en nombre
d'heures de cours ou selon les thèmes abordés.
L'enseignement est
majoritairement réalisé par des professeurs de différentes disciplines.
Il semble souhaitable de fixer à la fois un minimum d'heures de formation, de
définir un contenu plus précis des formations et d'en donner la responsabilité
à une ou deux disciplines biologiques définies. "
Quant aux
médecins, il est indispensable de leur faire connaître l'essor des tests
génétiques, leur réalisation sur des biopuces et de les sensibiliser aux
problèmes que posera la médecine prédictive à tous les praticiens, quelle que
soit leur spécialité.
- Au niveau du troisième cycle, comme
le préconise la Commission " génétique et pharmaciens ", il
faudrait organiserune formation spécialisée de génétique
permettant aux pharmaciens biologistes d'accéder à une formation diplômante
de génétique.
Une autre de ses propositions est également
intéressante :
" La commission souhaite pouvoir
organiser un rapprochement entre le DES de génétique, lequel n'est
actuellement ouvert qu'aux médecins, et le DES de biologie médicale.
Ainsi pourraient être associés aux 4 semestres d'enseignement polyvalent du
DES de biologie médicale, 4 semestres spécialisés en génétique biologique,
enseignement partagé avec les étudiants du DES de génétique.
Cet
enseignement nouveau permettrait la reconnaissance, pour les pharmaciens et
médecins biologistes, de compétences en génétique jusqu'à présent
inexistantes. "
Par ailleurs, il convient de revitaliser la
recherche sur le médicament en France et d'assurer un enseignement de haut
niveau, favorisant l'application des découvertes en génomique au domaine des
médicaments. Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse, l'Italie et
l'Allemagne l'ont déjà fait. En France, il est nécessaire de créer un
troisième cycle de recherche sur le médicament, ouvert aux pharmaciens, aux
médecins et aux biologistes.
- Dans le domaine de la
formation continue, il conviendrait de proposer des " sessions de
génomique " aux médecins et pharmaciens.
Les pharmaciens
biologistes devront bénéficier de cours renforçant leurs compétences dans les
méthodes relevant de l'analyse des acides nucléiques (biologie moléculaire).
Quant aux 22 000 pharmaciens d'officine qui auront
éventuellement à dispenser des produits d'une nature nouvelle, il devront
compléter leur formation soit par des cours, soit par la consultation d'une
documentation très précise. La façon dont ils se sont adaptés à la dispensation
des antirétroviraux augure bien de l'avenir.
2.3.1.3. Les bio-informaticiens
- Le besoin urgent de bio-informaticiens
La formation massive de bio-informaticiens est l'enjeu majeur des années à venir
. Elle est l'un des moyens que la France doit impérativement
utiliser pour retrouver la place qu'elle occupait dans le secteur de la
génomique au début des années 1990. L'urgence s'évalue à la lumière de
l'initiative prise par les National Institutes of Health (NIH) américains pour
accélérer considérablement le séquençage du génome humain dont la première
ébauche sera communiquée au printemps 2000.
Une énorme quantité
d'informations brutes, sans aucune annotation, sera mise à la disposition de
l'ensemble de la communauté internationale. Il faut se garder d'une excessive
naïveté : ces informations ne pourront être valorisées scientifiquement
(articles) et économiquement (brevets) qu'après avoir été triées, comparées et
analysées. Ces tâches ne peuvent être accomplies que grâce à la
bio-informatique. C'est pourquoi les États-Unis peuvent faire preuve de
générosité en offrant ces données brutes à la communauté internationale ;
ils sont très avancés dans le secteur bio-informatique et vont accroître leurs
capacités : en juin 1999, un conseil consultatif fédéral a recommandé aux
NIH d'investir lourdement dans l'informatique et de créer une vingtaine de
centres de formation90(*).
Au niveau européen a été fondé le European Bioinformatics Institute
(EBI), situé à Cambridge et placé sous l'égide du Laboratoire européen de
biologie moléculaire d'Heidelberg.
Au Royaume-Uni et en Allemagne
d'intenses efforts ont été faits depuis 1993.
La France a pris conscience
du problème plus récemment. En 1995, a été créé un Groupement d'Intérêt
Scientifique " Informatique appliquée à l'étude des biomolécules et des
génomes " (INFOBIOGEN), à l'initiative du ministère de l'enseignement
supérieur et de la recherche, et de l'Association française contre les
myopathies.
OBJECTIFS
Les missions de INFOBIOGEN
sont :
1. de développer des activités de transfert et de
service visant à :
assurer la production, la maintenance, la
normalisation, la mise en ligne des logiciels et banques de données thématiques
produits par l'ensemble des équipes françaises travaillant dans le domaine des
génomes et de la structure des molécules ;
permettre à l'ensemble de
la communauté scientifique française un accès interactif aux bases de données,
en particulier en développant la connexion des utilisateurs aux réseaux
nationaux et internationaux et en facilitant l'accès à des données biologiques
actualisées (accès aux séquences quotidiennes de l'EMBL et des autres grandes
bases de données internationales) ;
fournir une assistance
informatique aux équipes françaises dans leurs projets de cartographie,
d'analyse de séquences et des macromolécules biologiques ;
mettre à
leur disposition des programmes d'analyse et de recherche rapide de similitudes
dans les séquences de biomolécules et de génomes.
2.
d'exercer des actions de formation ;
3. de coordonner
le réseau national des activités de bio-informatique et de participer à la
concertation et à la coordination nationale et internationale ;
4. De favoriser la valorisation des logiciels et des banques de données
biologiques produites en France ;
5. d'avoir une activité
de recherche propre comportant en particulier la création de logiciels d'analyse
des génomes et de biomolécules, la recherche sur les modalités de mise en
relation de bases de données et le développement d'outils d'acquisition de
données, de stockage et d'analyse ;
6. de proposer des
méthodes d'expertise et d'évaluation dans le domaine de la bio-informatique.
PARTENAIRES DU GIS INFOBIOGEN
Quatre
EPST :
le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) ,
l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) ,
l'INRA (Institut national de la recherche agronomique) ,
l'INRIA
(Institut national de la recherche informatique et automatique).
Quatre universités parisiennes :
Université de
Paris V ;
Université de Paris VI ;
Université de Paris VII ;
Université de Paris XI.
Généthon avec le soutien de l'AFM (Association française contre les
myopathies)
le MENRT (Ministère de l'éducation nationale, de la
recherche et de la technologie)
(91(*))
Le GIS INFOBIOGEN a été doté de 15 millions de francs en
1999 au titre des actions prioritaires pour les sciences du vivant définies par
le Comité interministériel de la recherche scientifique et technologique
(CIRST).
Cette impulsion doit être complétée par des actions tendant
à faire connaître aux informaticiens français l'intérêt de la bio-informatique
et à leuroffrir, dans un premier temps des formations courtes en
biologie. INFOBIOGEN pourrait, par l'intermédiaire d'Internet, envoyer des
messages aux écoles, IUT et facultés qui enseignent l'informatique ainsi qu'aux
agences de l'emploi (afin, notamment, de réorienter après janvier 2000 les
informaticiens dont la tâche aura été de gérer le bogue de l'an 2000). Cette
activité d'information doit être accompagnée d'un effort du système éducatif
pour mettre en place des sessions courtes d'initiation à la biologie.
Compte tenu de la demande et de l'urgence, ces formations pourraient être
partiellement financées par les industries pharmaceutiques et
biotechnologiques.
- Les actions à plus long terme
La formation d'experts en traitement de l'information
génomique doit devenir l'une des priorités de l'enseignement supérieur, cycle
long et filières professionnalisées confondus. Deux types d'action peuvent être
parallèlement menés :
permettre aux scientifiques
d'acquérir des compétences informatiques de bon niveau. Ainsi, l'Institut de
formation supérieure en informatique et communication de l'Université de Rennes
propose un DESS de compétence complémentaire en informatique qui accueille des
scientifiques de tous horizons ;
proposer un module de
formation " biologie moléculaire " dans tous les enseignements
d'informatique : IUT, universités, écoles d'ingénieur, afin que les
informaticiens soient en mesure de dialoguer avec les biologistes pour mieux
adapter leurs programmes aux recherches menées.
L'essentiel est en effet
de faciliter les contacts entre deux mondes très différents mais qui sont
devenus complémentaires : le domaine du vivant et celui de l'ordinateur.
2.3.1.4. La formation des citoyens
Tous les Français doivent pouvoir acquérir un minimum de
connaissances sur la génétique et ses diverses applications, tant médicales
qu'agro-alimentaires.
une " école de
l'ADN " : des initiatives de ce type ont été prise
outre-Atlantique il y a plus de dix ans. La plus célèbre, le " DNA Learning
Center " de Cold Spring Harbor (New-York) a eu plus de
150 000 visiteurs en dix ans et accueille 5 000 stagiaires
par an.
À Nîmes, une école de l'ADN a été créée tout récemment, dans
les murs du Muséum d'Histoire naturelle, à l'initiative de Philippe BERTA,
professeur de biologie (détaché de l'INSERM) à l'université de
Montpellier-Nîmes. Elle s'est dans un premier temps consacrée à un public de
jeunes de l'enseignement secondaire ou supérieur en proposant, dans quatre
ateliers de niveaux différents, de découvrir l'ADN dans le cadre du laboratoire,
avec des expériences génétiques.
Cette école de l'ADN a connu un tel
succès qu'elle envisage, outre sa fonction d'information, de développer des
activités de formation permanente (pour des juristes, des policiers, des
industriels de l'agro-alimentaire) et de devenir un lieu de débat (bioéthique,
aliments transgéniques...).
Une seconde école de l'ADN pourrait, par
exemple, être créée au sein de la Cité des Sciences et de l'Industrie, dans le
cadre du programme " les défis du vivant " qu'elle va lancer au
printemps 2001.
Ne serait-il pas pertinent de créer un
parc à thème, ludique et pédagogique,GÉNOSCOPIA ?...
2.3.2. LA MÉDECINE PRÉDICTIVE
Depuis une dizaine d'années l'accélération de la connaissance
des gènes impliqués dans lesmaladies héréditaires a permis la mise au point de
nombreux tests génétiques. L'apparition de la technologie des biopuces va
amplifier ce phénomène en favorisant la diffusion massive de tests bientôt peu
coûteux et d'utilisation facile.
Les tests génétiques ont pour
caractéristique de réaliser, notamment chez des sujets à risque, un diagnostic
avant toute apparition de symptôme : on parle de tests prédictifs
puisqu'ils permettent de prédire une maladie potentielle.
Leur
multiplication risque de poser de sérieux problèmes et devra nécessairement
s'accompagner de précautions, à prendre dans trois domaines principaux.
2.3.2.1. Précautions pour l'analyse des résultats
Les réponses fournies par les tests génétiques ne
peuvent, compte tenu notamment de la complexité des gènes, de leur
interaction et de l'influence sur eux de l'environnement, être
catégoriques.
Certaines mutations génétiques décelées par
des tests ont des conséquences médicales très claires. Ainsi, la polypose
adénomateuse familiale, responsable de 1 % des cancers colorectaux, est
systématiquement corrélée à une altération du gène APC, gène suppresseur des
tumeurs, situé sur le bras long du chromosome 5. Cette mutation provoque
toujours la formation de polypes intestinaux, l'évolution de l'un de ces polypes
au moins vers le cancer étant inéluctable.
En revanche, de
nombreux autres diagnostics sont moins clairs. En effet, les techniques de
détection de mutation sont fiables en elles-mêmes si elles sont pratiquées
correctement. Mais, souvent, elles ne permettent pas d'examiner la totalité du
gène : certaines mutations peuvent alors échapper à l'investigation. Dans
le cas des formes héréditaires de prédisposition au cancer du sein (5 à 8 %
des cancers), les deux gènes impliqués (BRCA 1 sur le chromosome 17
et BRCA 2 sur le chromosome 13) sont très longs, et ne peuvent être,
en l'état actuel de la science, totalement explorés. De plus l'analyse ne porte
que sur la région codante de cette portion d'ADN et non sur les régions
régulatrices du gène, dont les lésions éventuelles ne peuvent être détectées.
Le résultat d'un test portant sur les gènes BRCA 1 et BRCA 2
peut donc être :
- soit négatif : aucune mutation n'est
décelée mais elles ne sont pas toutes décelables...
- soit
positif : une mutation est décelée mais elle ne signe qu'une prédisposition
à la maladie, celle-ci pouvant ne jamais apparaître...
De nombreux
autres tests ne permettent de diagnostiquer qu'une prédisposition à la
maladie : c'est le cas, par exemple, du syndrome de Huntington ou du
syndrome de Lynch (HNPCC : hereditary non polyposis colon cancer)
qui concerne 2 à 5 % des cancers colorectaux et que les mutations des gènes
MSH 2, MSH 6, MLH 1, PMS 1 ou PMS 2 peuvent
éventuellement provoquer.
Enfin, il faut toujours garder à l'esprit que
les gènes interagissent avec l'environnement, qui peut faire s'exprimer ou non
les prédispositions génétiques. On sait notamment combien le mode de vie compte
dans des maladies telles que le cancer.
2.3.2.2. Évaluation de l'utilité thérapeutique des tests
L'utilité thérapeutique du diagnostic est avérée
lorsqu'existe un traitement médical ou chirurgical.
Cet intérêt apparaît
clairement pour certaines maladies monogéniques pouvant bénéficier d'un
traitement médical simple (l'hémochromatose familiale ou la fièvre
méditerranéenne familiale).
Dans d'autres cas une solution chirurgicale
est envisageable : pour la polypose adénomateuse familiale dont l'évolution
cancéreuse est, ainsi qu'on l'a vu, inéluctable, une colectomie totale est
préconisée avec un bon pronostic vital.
De même, le syndrome de néoplasie
endocrinienne multiple, détecté grâce à une mutations du gène RET sur le
chromosome 10 et qui se traduit par des cancers de la thyroïde et des
parathyroïdes, peut être évité par un acte chirurgical préventif.
La recherche de mutations génétiques a également un intérêt incontestable
dans le domaine de la prévention :
- elle évite certains
dépistages astreignants et pénibles : les enfants des familles à risque
chez qui aucune mutation du gène APC n'a été détectée ne sont pas soumis à des
coloscopies répétées ;
- elle permet de mettre en place, chez
les individus dont les mutations génétiques signent la prédisposition à une
maladie, des examens préventifs fréquents qui permettent de déceler une tumeur
dès le début du processus de cancérisation et d'accroître ainsi considérablement
l'efficacité d'un acte chirurgical. On peut citer le cas du cancer du sein ou de
la prostate.
Toutefois, en dehors des cas précités de polypose
adénomateuse familiale ou de néoplasie endocrinienne, il faut se garder de tout
acte chirurgical préventif non justifié par la découverte réelle d'une tumeur à
l'occasion d'un examen de dépistage : aux États-Unis, un test commercial de
détection des mutations du gène BRCA 1, réalisé sur simple prise de sang,
est proposé par Affymetrix.
Nombreuses sont les femmes américaines qui
ont passé ce test, mais, hormis la connaissance de leur risque important de
contracter ce cancer, il n'est pas possible de prévoir, si elles le
développeront (et quand), s'il affectera le sein ou l'ovaire, sa gravité et sa
curabilité, etc.
Ceci entraîne chez les familles considérées à risque
des comportements psychologiques de détresse, de confusion et même une exérèse
des ovaires et une mastectomie double, pratiquées " à titre
préventif " chez des femmes en bonne santé, qui n'auraient peut-être
jamais, malgré la présence du gène, développé de cancer.
En
revanche, dans bien d'autres cas, les tests génétiques n'ont qu'une fonction
d'information, car aucune solution, préventive ou curative, médicale ou
chirurgicale n'existe. Leur rôle est alors de lever le doute ou d'informer sur
les risques de transmission du handicap aux enfants.
C'est le cas de
certains cancers : le syndrome de Li et Fraumeni, par exemple, lié à une
mutation rare du gène P 53 et qui induit un risque élevé de développement
de plusieurs tumeurs de localisation variées.
C'est également le cas de
quelques handicaps monogéniques rares (certaines surdités ou cécités) et de
maladies monogéniques relativement fréquentes : myopathies, chorée de
Huntington92(*) ;
dans le cas de cette dernière, les tests prédictifs montrent toutes leurs
limites : lorsqu'une personne est porteuse de la mutation génétique de la
chorée de Huntington, elle n'a aucune certitude de développer la maladie mais
elle a celle, en revanche, de ne pouvoir disposer d'aucun traitement si la
pathologie apparaît... Dans de tels cas, un test génétique peut avoir des
conséquences psychologiques, personnelles ou familiales catastrophiques.
Il est indispensable de veiller à ce que ces tests ne soient pas
disponibles dans n'importe quelles conditions sur le marché et d'organiser une
prise en charge médicale et psychologique.
La Fédération mondiale de
neurologie et l'Association Internationale Huntington ont émis des
recommandations précises : le test ne peut être réalisé que chez un adulte
à haut risque (frère, soeur, enfant d'un malade et éventuellement petit-enfant,
neveu ou nièce). La demande doit être faite en toute liberté et en-dehors de
toute pression. La personne à risque doit avoir reçu toutes les informations
nécessaires et, avant de prendre la décision définitive de passer le test,
consulter des neurologues, généticiens et psychologues. En cas de résultat
défavorable un suivi médico-psychologique peut être mis en place si la personne
le souhaite.
2.3.2.3. Préserver le droit de ne pas savoir et celui de ne pas faire connaître
" Le droit à " l'intimité génétique " -la
genetic privacy- va être l'une des plus grosses revendications du
prochain siècle ; dans l'agenda politique et social de la plupart des pays,
elle occupera la place qui fut celle de la question des droits de l'homme et des
droits civiques au siècle dernier. À mesure que le nombre de victimes de
diverses formes de discrimination génétique augmentera, les gens vont
s'organiser afin que cette information génétique soit sous leur propre contrôle,
et non exploitée par n'importe quelle institution. "93(*)
La principale précaution à prendre en médecine prédictive est de faire
en sorte qu'aucune pression ne soit exercée sur les personnes à risque pour
qu'elles réalisent des tests génétiques, et que la diffusion des résultats des
tests soit contrôlée : elle peut avoir des répercussions sur la famille, le
travail et dans le domaine des assurances.
Il faut bien peser les
conséquences des tests génétiques dans une famille.
Si le test
d'un membre d'une famille à risque ne révèle pas de prédisposition à une maladie
héréditaire, les problèmes ne sont pas tous résolus pour autant. Certaines
études montrent que ceux qui ne sont pas porteurs d'un gène muté rencontrent
parmi les leurs des difficultés d'un autre ordre : d'une part, la
" maladie " demeure dans la famille et, d'autre part, le hasard
génétique qui épargne les uns et affecte les autres est mal vécu.
Si le
test révèle une prédisposition à une maladie de nombreux problèmes se
posent :
" Quelles sont les conséquences pour les
individus de la connaissance qu'ils portent un mauvais gène ? Cette
connaissance est-elle de nature à rendre le regard accusateur sur ses parents ou
sur son lignage ? À écraser le désir d'enfant sous un sentiment de
culpabilité ou sous un désir de normativité ? Enfin, au sein du couple,
quel peut être le potentiel destructeur de la responsabilité d'un des parents
dans la transmission, à un enfant gravement atteint, d'un gène d'une maladie
dominante ?
Voilà quelques questions dont on peut faire
l'économie. "94(*)
Enfin, l'information génétique n'est pas personnelle : une personne
indiquant à ses proches qu'elle est porteuse d'une mutation génétique peut
faire naître le doute dans l'esprit de ses enfants aussi bien que de ses
parents. Une telle information peut donc avoir des répercussions graves sur les
membres de la famille, à titre personnel mais aussi, éventuellement, à titre
professionnel et dans le domaine des assurances si des règles de protection ne
sont pas clairement définies.
On peut craindre qu'à moyen terme,
lorsque l'usage des tests génétiques sera plus répandu, les entreprises ne
pratiquent une sélection à l'embauche, éliminant de certains
postes les personnes atteintes d'une prédisposition génétique défavorable.
Cette pratique discriminatoire peut être présentée dans un premier temps
comme un élément de médecine préventive. En France, l'Institut national de la
recherche et de la sécurité pour la prévention des accidents du travail et des
maladies professionnelles a consacré un rapport à " la médecine prédictive
appliquée au travail ". Ces travaux ont été approuvés tant par le Comité
consultatif national d'éthique que par le Conseil national du patronat français
et se situent dans un cadre préventif précis : déterminer les bases
biologiques et génétiques de prédisposition à certaines affections, pour éviter
aux personnes qui en seraient porteuses d'être exposées à un risque
supplémentaire dans un environnement professionnel éventuellement pathogène.
Il est impossible que les employeurs n'aient pas la tentation d'utiliser
ces tests dans d'autres buts. Dans un souci de rentabilité, ils chercheront à
améliorer l'adéquation entre l'employé et l'emploi et surtout lutter contre une
perte de productivité liée à une susceptibilité anormale d'un employé à telle ou
telle maladie.
Une telle dérive, socialement inadmissible, se produira
inévitablement si la loi ne fixe pas des interdits.
Aux États-Unis, la
discrimination génétique est déjà très répandue. Jeremy RIFKIN, dans son récent
ouvrage " Le siècle biotech : le commerce des gènes dans le meilleur
des mondes "95(*)
évoque deux études ; la première, réalisée par L. GELLER à Harward en
1996 montre que la discrimination génétique est utilisée par les employeurs, les
compagnies d'assurance, les écoles et les agences d'adoption. Dans l'autre
enquête, il était demandé à des directeurs de ressources humaines et des chefs
d'entreprise s'ils utiliseraient les tests génétiques quand ceux-ci seraient
moins coûteux et plus répandus ; beaucoup ont répondu par l'affirmative,
précisant que cela leur permettrait de mieux planifier les embauches et
l'avancement...
Dans le domaine des assurances, les
problèmes de sélections génétiques sont inégaux selon les pays considérés et les
risques couverts.
Aux États-Unis la situation est très hétérogène. Près
de la moitié des États ont voté des lois interdisant la discrimination génétique
sur le lieu de travail, pour l'assurance maladie ou d'autres types d'assurances.
Mais, selon les États, ces interdictions sont plus ou moins étendues et ne
couvrent pas les mêmes champs. Leur portée est donc relative. Le Congrès
américain dispose de plusieurs projets de loi sur la discrimination génétique
mais ils n'aboutissent pas car ils se heurtent notamment aux intérêts des
assureurs qui ont clairement indiqué : " Nous nous battons pour que
les assurances aient accès à toute l'information médicale existante, sans
distinction entre le dossier médical classique et l'information
génétique "96(*)
Au Japon, l'Association japonaise de l'Assurance-Vie a présenté en 1997
un rapport sur la nécessité de communiquer aux compagnies d'assurance-vie lors
de la signature d'un contrat les informations génétiques de l'intéressé, si
celui-ci en a connaissance, concernant les risques d'une maladie spécifique. Ce
rapport n'a pas force contraignante mais reflète l'attitude des compagnies face
à l'utilisation des données génétiques.
En Europe, le Royaume-Uni occupe
une place particulière. Le Gouvernement a décidé d'accepter les règles du jeu
fixées par l'ABI (Association of British Insurers), dans le secteur de
l'assurance-vie. Celles-ci se résument ainsi :
- quelle que
soit la couverture du contrat, l'assureur ne peut obliger son client à se
soumettre à des tests génétiques ;
- un client qui a effectué
des tests génétiques a pour obligation de communiquer les résultats à son
assureur avant la signature de tout nouveau contrat ;
- jusqu'à
100 000 livres de couverture, soit approximativement un million de
francs, l'assureur ne peut pas utiliser les résultats ;
- au-delà de ce montant, l'assureur est libre d'en tenir compte ou
non : en cas de prédisposition à une maladie grave, il peut augmenter la
prime d'assurance ou refuser d'assurer son client.
Les autres pays
d'Europe se classent en non-interventionnistes (Allemagne, Italie, Espagne et
Portugal) et prohibitionnistes (Autriche, Norvège, Suède, Belgique, Pays-Bas et
France).
En France, la Fédération française des sociétés d'assurance
(FFSA) a décidé en mars 1999, à l'unanimité de sa commission exécutive, de
renouveler pour une période de cinq ans l'engagement pris en 1994. Les assureurs
se sont donc engagés" à ne pas tenir compte des résultats de l'étude
génétique des caractéristiques d'un candidat à l'assurance, même si ceux-ci leur
sont apportés par l'assuré lui-même " et à ne poser " aucune
question relative aux tests génétiques et à leurs résultats dans les
questionnaires de risques ". Ils ne demanderont pas à leurs clients de
se soumettre à des tests génétiques avant de souscrire une assurance-vie et ne
réclameront pas les résultats de tests éventuellement réalisés auparavant.
Pendant ce moratoire, il est indispensable que des règles précises soient
fixées par le législateur français, particulièrement à l'occasion de la
révision de la loi sur la bioéthique de N° 94-654 du 29 juillet
1994.
Il faut par ailleurs distinguer les conséquences d'une
discrimination génétique par les assurances en fonction des risques couverts.
- Dans le domaine de l'assurance-vie, des assureurs peuvent
avoir la tentation d'utiliser des informations génétiques.
Ils se
protégeraient ainsi du risque " d'antisélection " ou " sélection
adverse " : si un client est protégé par le " droit au
mensonge " l'évaluation du risque par l'assureur est faussée. En effet, si
quelqu'un, au vu des résultats d'un test génétique, découvre qu'il court un
risque de décès prématuré, il peut, en cachant ces résultats à l'assureur,
contracter une assurance d'un montant considérable, faussant ainsi les calculs
de l'assureur.
Cet argument est discutable car dans de nombreux cas, les
prédispositions génétiques à une maladie ne conduisent pas, heureusement, au
développement de la pathologie. Dans ce cas si la majorité de ceux qui ont une
prédisposition prouvée prend une assurance-vie surdimensionnée, les assurances
ne courent qu'un seul risque : celui de voir leur bénéfice s'accroître...
En tout état de cause, dans le domaine de l'assurance-vie, il est
indispensable d'aboutir rapidement à la rédaction de directives européennes
garantissant la non-discrimination génétique tout en plaçant l'ensemble des
assureurs européens dans la même situation afin de ne pas fausser les règles de
la concurrence.
C'est dans cet esprit que se situe la convention de
bioéthique européenne qui vise, à terme, à protéger les citoyens des quarante et
un États membres du Conseil de l'Europe contre " les applications abusives
des progrès biologiques et médicaux ". Cette convention, élaborée en 1994,
entrera en vigueur le 1er décembre 1999 car elle vient d'être
ratifiée par un cinquième pays, le Danemark, en août 1999 (la lenteur de sa
ratification souligne la difficulté qu'éprouvent les pays européens à prendre
des positions de principe communes sur les résultats des tests génétiques
personnels et l'usage scientifique de l'embryon humain).
En ce qui
concerne la génétique, cette convention interdit toute forme de discrimination à
l'encontre d'une personne en raison de son patrimoine héréditaire et n'autorise
les tests prédictifs de maladie génétique qu'à de strictes fins médicales.
- Dans le domaine de l'assurance maladie, la situation est très
différente si l'on se place dans un système privé ou public.
Aux
États-Unis la discrimination génétique pourrait avoir des conséquences graves si
les assurances privées refusent de couvrir le risque maladie et invalidité des
personnes dont les tests génétiques sont négatifs, laissant sans assurance ceux
qui en ont le plus besoin.
Dans une telle situation, on peut même
craindre que nombre de personnes renoncent à passer des tests génétiques, même
s'ils sont recommandés par leur médecin, simplement pour ne pas risquer de
perdre leur contrat d'assurance ou de payer une très forte surprime.
Dans les pays où la solidarité sociale est organisée par l'État, le problème est
beaucoup moins grave.
En Grande-Bretagne, la Nuffield Foundation sur la
bioéthique a rappelé, en 1993, qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter tant que
l'assurance santé dépendait principalement du secteur public.
En
France, le système de sécurité sociale constitue la meilleure garantie contre
l'exclusion de ceux qui ont des prédispositions génétiques inquiétantes. En
effet, seule une assurance maladie universelle, non discriminante par essence,
permettra de conserver une réelle solidarité.
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONSCONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
Le sujet de ce rapport, génomique et informatique, sous des
titres et des approches comme des présentations différentes, a fait récemment
l'objet de deux publications importantes ; l'une est due au Conseil
économique et social sous le titre : " La France au défi des
biotechnologies : quels enjeux pour l'avenir " adoptée le
7 juillet 1999. L'autre a pour origine l'Académie des Sciences avec comme
titre " Développement et applications de la génomique.
L'après-génome ", présenté à la presse le 8 septembre 1999.
Il me semble que ces trois rapports se complètent plus qu'ils ne se
répètent, soit par la volonté du Conseil économique et social d'embrasser
plusieurs domaines marqués par les biotechnologies, de l'humain à l'agriculture
en passant par l'alimentation, avec une attention particulière aux aspects
" éthiques " de ce défi, soit par l'ampleur et le haut niveau
scientifique de celui de l'Académie des Sciences auxquels les notes personnelles
de participants prestigieux donnent une valeur inédite par leur pertinence.
Tenter d'en faire un résumé serait déplacé dans ce rapport demandé par
l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques.
En présenter quelques-unes des conclusions sans développer le cheminement
intellectuel comme scientifique ou technique les altéreraient trop.
Le
rapport que m'a confié l'Office permet de poursuivre le but principal de cette
délégation : mettre à la disposition des parlementaires les éléments de
connaissance et de compréhension d'évolutions prévisibles d'une société, dans
laquelle ils ont cette responsabilité spécifique qu'ils ne peuvent transférer à
nul autre, contribuer à ce que la loi soit dite.
Les recommandations
que je me permets de suggérer sont, me semble-t-il, une façon efficace de
fournir des arguments, des éléments de réflexion et de proposition, au
législateur.
LES RECOMMANDATIONS
|
POUR LA RECHERCHE | ||
|
I. Au niveau des structures | ||
|
Renforcer les partenariats public-privé en les structurant dans deux directions : | ||
|
- |
La collaboration des chercheurs publics avec les grands groupes pharmaceutiques ; | |
|
- |
La collaboration des chercheurs publics avec les petites entreprises de biotechnologies (qui ont souvent elles-mêmes noué des liens avec les groupes) ; | |
|
Le partenariat public-privé trouve tout son sens dans le processus de découverte de nouveaux médicaments : compte tenu de l'investissement (3 milliards de francs) et du temps (12 ans) nécessaire pour la mise au point d'une nouvelle molécule thérapeutique, les grands groupes pharmaceutiques, dont aucun ne représente plus de 5 % du marché mondial, procèdent actuellement à une externalisation de leur recherche (près d'un tiers du budget de recherche-développement en moyenne, contre 4 % en 1994) et ont besoin de nombreux partenaires. | ||
|
Valoriser la recherche publique, inciter les chercheurs
à créer des entreprises ou à exercer des fonctions de consultant auprès
des entreprises innovantes, ces consultations devant se situer un
contexte de transparence. Il convient, au minimum, d'inciter les
chercheurs à réfléchir aux débouchés éventuels de leurs résultats en
terme de produits. Utile dans de nombreux secteurs scientifiques, cette
valorisation de la recherche publique est indispensable dans le domaine
de la génomique. | ||
|
Favoriser les réseaux composés de partenaires publics et privés (nationaux et internationaux), sur le modèle notamment du réseau Génoplante. | ||
|
II. Au niveau des orientations | ||
|
Affiner la connaissance de l'ADN (zones non codantes,
épissage, régulation génétique, microsatellites...) et des protéines
(laprotéomique) ; développer la recherche en biologie
structurale ; | ||
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Favoriser la recherche et le développement des biopuces en France dans deux directions : la synthèse in situ et la détection des hybrides. | ||
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POUR L'INDUSTRIE | ||
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I. Le tissu industriel | ||
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Aider les start-up de biotechnologie en intensifiant les efforts réalisés depuis 1998 dans le domaine du capital-risque et en multipliant les bio-incubateurs ; | ||
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Favoriser le développement des biopôles, organiser la sélection des meilleurs et leur coopération. Dresser un inventaire exhaustif des atouts de chaque région dans le domaine de la génomique en recourant systématiquement à des experts internationaux afin que la labellisation " biopôle " soit reconnue à l'étranger. | ||
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II. Les brevets | ||
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Mettre en place à l'Institut national de la propriété industrielle une cellule de réflexion, à laquelle participeraient des responsables des entreprises de génomique, afin d'étudier les conséquences de la création du SNP97(*) Consortium en avril 1999 et de réorienter éventuellement la stratégie de brevetabilité de l'information génétique. | ||
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POUR LA SOCIÉTÉ | ||
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I. La formation professionnelle | ||
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Les biologistes : | ||
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- |
développer l'enseignement de la biologie du XXIe siècle ; | |
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- |
Encourager l'enseignement de cette discipline dans les universités situées près des biopôles ; instituer une option " informatique " dans tous les cursus de biologie ; créer des écoles doctorales proposant des spécialisation en génomique, biotechnologie et bio-informatique. | |
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Les médecins et les pharmaciens : | ||
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- |
Enseigner la génomique dès le deuxième cycle ; rapprocher le DES de génétique (médecins) et le DES de biologie médicale (pharmaciens) en instituant des enseignements communs ; | |
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- |
Créer un troisième cycle de recherche sur le médicament, ouvert aux pharmaciens, aux médecins et aux biologistes ; | |
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- |
Proposer des " sessions de génomique " aux médecins et pharmaciens dans le cadre de la formation continue. | |
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Les bio-informaticiens : | ||
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- |
Essayer de combler le besoin urgent de
bio-informaticiens en faisant connaître aux informaticiens français
l'intérêt de la bio-informatique et en leur offrant dans un premier
temps des formations courtes en biologie ; à plus long
terme, permettre aux scientifiques d'acquérir des compétences
informatiques de bon niveau et de proposer un modèle de formation
" biologie moléculaire " dans les enseignements
d'informatique afin de faciliter le dialogue entre le domaine du vivant
et celui de l'ordinateur. | |
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Les citoyens | ||
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Créer une seconde école de l'ADN, par exemple à la Cité des Sciences et de l'Industrie ; | ||
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Créer un parc à thème ludique et pédagogique, " GÉNOSCOPIA "... ? | ||
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II. Dans le domaine de la médecine prédictive | ||
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Veiller à ce que les tests de diagnostic génétique ne soient pas disponibles dans n'importe quelles conditions et organiser une prise en charge médicale et psychologique des individus ; | ||
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Préserver ledroit de ne pas savoir et celui de ne
pas faire connaître : | ||
* *
*
Les progrès de la biologie modifient et enrichissent notre
compréhension des mécanismes de la vie ainsi que les modes de production d'un
grand nombre de domaines : agriculture, élevage, agro-alimentaire,
environnement et santé. Les domaines de la santé humaine et de la médecine sont
ceux qui bénéficient le plus rapidement et profondément des apports
scientifiques et technologiques nouveaux.
La France doit prendre en
compte cet état de fait et mobiliser ses moyens pour que sa contribution à
l'enrichissement de la connaissance soit majeure et pour bénéficier aussi, à
travers ses industries, du fruit de ces progrès technologiques.
L'origine des progrès dans les sciences de la vie et de la santé humaine tient à
la maîtrise des connaissances de la génétique et de ses outils que sont la
génomique, la protéomique, la bio-informatique. Dans le domaine de la recherche
médicale, celui de la recherche des thérapeutiques médicamenteuses tire un plein
avantage de la maîtrise de ces outils. La France, pour des raisons qui tiennent
à une perception tardive de l'importance des enjeux, à un affaiblissement
notoire de son industrie pharmaceutique, à des efforts insuffisants de formation
des chercheurs dans ce domaine, doit maintenant faire l'effort de revenir dans
le jeu.
Plusieurs rapports sont produits sur l'importance du sujet et
toutes les recommandations convergent pour inciter les responsables politiques à
mobiliser des moyens massifs sur les programmes de recherche, le transfert des
connaissances, l'incitation à la création d'activités nouvelles dans le domaine
des biotechnologies et plus particulièrement dans celui des technologies
médicales et du médicament. Elle doit se lancer sans plus attendre dans la
phase post-génomique : la protéomique.
La France a su, dans son
histoire, mobiliser ses moyens pour participer pleinement aux enjeux
scientifiques, techniques et industriels que représentaient, au cours de ce
siècle, l'énergie et la vitesse. Les grands programmes de transport, de
maîtrise de l'énergie, de l'aéronautique et de l'aérospatiale ont montré que la
recherche, l'industrie et le pouvoir politique savaient, quand il le fallait, se
mobiliser sur les grands enjeux. Ceux des sciences de la vie sont de même
importance. Au sein de ce vaste domaine, ceux de la santé et de la thérapeutique
vont occuper une place majeure dans nos sociétés. Les responsables politiques, à
tous les niveaux, doivent faire l'effort de compréhension du domaine et se
mobiliser pour doter notre pays des moyens de la recherche en génomique, en
protéomique et en bio-informatique. C'est un domaine prioritaire. La formation
des étudiants, des enseignants et des chercheurs doit prendre cette priorité et
cette urgence en compte.
EXAMEN DU RAPPORT PAR L'OFFICEEXAMEN DU RAPPORT PAR L'OFFICE
L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques
et technologiques, s'est réuni le mercredi 13 octobre 1999 pour examiner le
rapport de M. Franck SÉRUSCLAT, sénateur.
M. Henri REVOL,
président, sénateur, a remercié le rapporteur pour la qualité des informations
fournies aux membres de l'Office sur la génomique et les biotechnologies,
domaines qui méritent qu'on leur porte un vif intérêt tant pour les
partenariats qu'ils induisent entre la recherche publique et la recherche
privée, que pour les créations d'entreprises qu'ils peuvent susciter.
M. Jean-Yves LE DÉAUT, premier vice-président, député, a souligné les
liens qui existent désormais entre la génomique et l'informatique. Il a rappelé
les priorités de la recherche française, fixées par le Comité interministériel
de la recherche scientifique et technologique (CIRST) dans un sens favorable aux
sciences du vivant. Il a insisté sur la nécessité de maintenir les efforts
budgétaires en faveur de la génomique et de la post-génomique. Rappelant
l'excellence des travaux de l'Institut national de recherche en informatique et
en automatique (INRIA), il a exprimé le souhait que, dans un biopôle au moins,
la collaboration entre la biologie et l'informatique soit le résultat d'une
démarche des informaticiens en direction des biologistes et non l'inverse.
Mme Michèle RIVASI, députée, a évoqué l'opportunité d'une
pluridisciplinarité plus ouverte, ne se limitant pas à une coopération des
biologistes et des informaticiens. Elle a mis en lumière l'urgente nécessité de
prendre des mesures limitant l'accès aux résultats des tests génétiques, afin
notamment que les assureurs ou les employeurs ne puissent pas en avoir
connaissance.
À l'issue du débat, le rapport a été adopté à l'unanimité
et sa publication autorisée.
" RÉFLEXIONS POUR L'AVENIR :
CONSULTATION DANS UN CABINET MÉDICAL EN 2010 " RÉFLEXIONS POUR L'AVENIR : CONSULTATION DANS
UN CABINET MÉDICAL EN 2010
Faut-il proposer une charte
" éthique " ?
Le recours à des médicaments génomiques
entraîne-t-il des comportements nouveaux du médecin envers le malade ?
Faut-il proposer une charte " éthique ", sous réserve de préciser le
sens de ce terme, au prétexte d'usage de copies conformes, chimiques et inertes,
des composants du génome humain ?
Dans la mesure où ils ne sont que
des produits chimiques corrigeant des déviances génétiques, comblant l'absence
totale ou partielle d'un gène manquant, chimiquement déterminé, le médecin
devrait-il avoir un comportement particulier envers celui auquel il apporte ses
soins ? Ce médicament génétique a comme objet d'éviter la survenue ou
d'effacer les effets d'un trouble génique détecté par comparaison entre un
génome normal obtenu par décryptage portant sur les cellules somatiques à
l'exception des cellules germinales, autrement dit ne corrigeant que les causes
d'une maladie vécue sans intention d'en protéger une descendance ?
Mais peut-on être assuré de n'intervenir que sur eux, de maîtriser le parcours
du virus vecteur, d'éviter une déviance aboutissant à un chromosome
terminal ?
Cette hypothèse contraint-elle à une charte différente
du serment d'Hippocrate ? Le respect du code de bonne conduite et la notion
de responsabilité sans cause ne sont-ils pas les garants d'un juste exercice
professionnel comme du respect des autres commandements en vigueur ? Les
pratiques thérapeutiques comme les actes chirurgicaux ne sont-elles pas sujets à
risques ?
L'objectif de ce rapport n'était pas la prise en compte
de ces questions : éventuellement, elles pourraient être le sujet d'un
nouveau rapport consacré aux " Sciences de la Vie et Droits de
l'Homme ". Il trouverait une partie de son sujet dans des réponses à
apporter aux préoccupations du Comité national d'éthique qui souhaite que soient
clairement distingués :
" - les diagnostics
présymptomatiques qui permettent de mettre en évidence l'existence d'une
anormalité génétique avant les manifestations cliniques qui peuvent en
résulter ; il s'agit souvent d'une maladie monogénique ; dans certains
cas, une action préventive et curative peut être proposée ; dans d'autres
pas (maladie d'Huntington) ;
- les diagnostics génétiques qui ont
pour objet d'évaluer le risque pour la descendance de l'individu testé, soit
dans le cas d'une famille " à risques " [...], soit dans le cas d'une
population plus particulièrement disposée à une affection déterminée ;
- les diagnostics probabilistes de prédisposition à une maladie grave
qui ont pour objectif d'évaluer chez un individu le risque de survenue de
l'affection en comparaison de ce risque dans la population
générale "98(*).
Lors de la conférence mondiale sur la science, à Budapest, du
26 juin au 1er juillet 1999, les interventions de
G. KURUDJIAN, directeur de la division de l'éthique des sciences et des
technologies comme de F. MAYOR, directeur général de l'UNESCO, ont donné le
sentiment que le respect de la déontologie entourant les comportements
professionnels, y compris demain le recours à la thérapie génique, protège
efficacement et le médecin et le malade lors de leur rencontre professionnelle.
Au cours de cette conférence, et notamment du débat sur " le possible
et l'acceptable -la science face à l'éthique ", les risques majeurs
soulignés par les intervenants ne paraissent pas devoir entrer dans une
pratique ordinaire de la vie médicale, sauf peut-être :
- les
possibilités d'utilisation abusive de l'information génétique sur les individus
que peut détenir un médecin ;
- l'acceptation de la
modification thérapeutique des lignées germinales ;
- la
connaissance du gène de l'origine d'une maladie permettant aux médecins de
pratiquer le dépistage chez le foetus ou chez l'enfant ou l'adulte, qui crée
des possibilités, donc des responsabilités nouvelles.
Mais ces réponses
font partie des engagements normaux de tout médecin et n'appellent pas une
charte " éthique " particulière.
Des risques nouveaux
Le recours à cette thérapeutique génétique n'est pas exempte de
surprises, voire même de risques, auxquels le médecin devra prêter
attention :
- des effets secondaires, comme en thérapie
ordinaire, peuvent se manifester ; le médicament étant une substance à
action physiologique ce risque devrait être plus rare et moins
spectaculaire ;
- une parfaite connaissance des effets d'un
gène sera difficile à acquérir. Le gène responsable d'une maladie et identifié
comme tel, peut, par combinaison d'effets avec d'autres gènes, avoir un effet
protecteur envers d'autres maladies. Ainsi, la drépanocytose s'accompagne d'une
protection contre le paludisme et un diabète non insulino-dépendant s'accompagne
d'une résistance aux famines séculaires.
Donc, si on répare un gène, il
faudra surveiller l'apparition d'effets, différents de ceux provoqués par la
chimiothérapie conventionnelle où cette surveillance n'est pas nécessaire :
- l'incapacité d'être certain que le vecteur traitant ne touchera
que les cellules cibles laisse possible des modifications de gène dans toutes
les cellules y compris les cellules gonosomiques (c'est-à-dire porteuses de
spermatozoïdes ou d'ovocytes) et de transmettre la mutation à l'ensemble de
l'organisme ou même à la descendance. Ces mutations ont des effets
inconnus : aucun effet ou effet tumoral voire même de mutation de l'espèce.
Un exemple : agir sur les blastes serait faire bénéficier d'un
traitement plus efficace contre la mucoviscidose et plus définitif, mais les
blastes, cellules à division rapide, peuvent se révéler oncogènes ;
intervenir sur les cellules gonosomiques des parents pour éradiquer la
mucoviscidose sera une tentation, mais sans certitude de ne pas provoquer des
mutations inattendues.
- À l'étape zygotique (jusqu'à la morula par
exemple), un diagnostic génétique est possible, les tentatives d'intervention
pour corriger peuvent donner des mutations viables pas forcément décelables et
n'étant pas sûr de leur devenir, avec le risque de créer des mutants viables
donnant naissance à un être humain ayant un génome anormal.
- L'homme est capable de créer des lignées de souris hypersécrétantes en
hormone de croissance qui leur donne des muscles sans commune mesure avec les
souris ordinaire. On peut envisager de faire de même sur l'être humain pour
créer des " super-sportifs ".
Ces diverses perspectives, et
bien d'autres, invitent à confier la surveillance de la thérapie génique à des
pharmacologues-cliniciens, mais aussi à des généticiens ; on ne doit pas
compter sur une simple surveillance clinique et biochimique, elle doit être
aussi morphologique et de l'ADN. On ne peut se contenter de l'observation des
individus traités : il faut s'intéresser à leur descendance.
Le
matériel technique en 2010 :
Depuis plus de 150 ans, le
médecin utilise la seringue de Pravaz, depuis moins longtemps le stéthoscope a
remplacé l'écoute à l'oreille collée sur une serviette blanche dans le silence
de l'entourage, les appareils de radio pour scopies pulmonaires plus ou moins
douteuses ont totalement disparu après avoir fait quelques ravages parmi les
médecins utilisateurs et parfois les malades examinés. Les classiques
indications des analyses du sang avec leurs kyrielles de mises en évidence et
dosages dépassant depuis longtemps les banales glycémies, urémies ou numérations
globulaires et autres signes caractéristiques de maladies restent utiles bien
que moins nécessaires.
Les développements des techniques modernes ont, au
cours des années, contribué au perfectionnement du diagnostic : internet,
intranet, lecteurs de CD-ROM et de disquette, analyse sur goutte de sang ou
d'urine, ordinateur et logiciels d'aide à la décision. Le praticien dispose
d'aides techniques qui quelquefois lui font oublier de prendre le temps
d'examiner son malade ; il fait, trop vite, recours et confiance à l'ECSG,
l'échographie, le scanner, la RMN...
Depuis quelques années, les
lecteurs de génomes ou parties de génomes sont entrés dans tous les cabinets
médicaux : ils permettent la découverte de la moindre altération, voire de
l'absence totale de certains gènes. La lecture nécessite une formation plus
délicate, plus élaborée que celle des radioscopies classiques toujours utiles.
Des laboratoires spécialisés en analyse génétique permettent une étude détaillée
des risques décelables, étude suggérée par le médecin traitant demandeur.
Des interrogations angoissantes
La connaissance de chaque
gène, c'est-à-dire ce qu'il produit et ce qu'il régit, devra faire partie de
celle du médecin ; pourra-t-il, seul, reconnaître sur un gène la déficience
d'une protéine, ou toutes autres causes d'une maladie ou devra-t-il demander une
analyse à des laboratoires spécialisés comme il le fait déjà pour les
composantes chimiques du sang ? Après avoir appris à lire une radioscopie,
une radiographie, pourra-t-il lire une cartographie du génome humain ? Des
spécialistes pour chaque chromosome, capables de déceler les causes d'une
déficience seront-il les recours ?
" Lorsque les chercheurs
auront trouvé et décodé (" séquencé ") le gène responsable de telle
maladie et ce qui l'active ou la désactive, les médecins devraient être en
mesure de traiter la maladie en remplaçant certaines des cellules
" défectueuses " du malade par d'autres dans lesquelles le gène visé
sera sain... Encore embryonnaire, la thérapie génique est coûteuse et ne réussit
pas toujours. Les gènes modifiés ne sont pas transmis aux enfants du
patient. Cependant la modification des gènes dans les ovules et les
spermatozoïdes (cellules germinales) d'un couple pourrait éviter à leurs enfants
d'être atteints d'une maladie héréditaire dont l'un des parents ou les deux
seraient porteurs. Cette manipulation des cellules terminales est actuellement
interdite chez l'homme dans la plupart des pays... L'acceptation de la
modification thérapeutique germinale chez les êtres humains n'est-elle qu'une
question de temps après une période tabou initiale, comme ce fut le cas pour la
fécondation in vitro ?
La connaissance du gène à l'origine
d'une maladie permet aux médecins de pratiquer le dépistage chez le foetus -ou
chez l'enfant ou l'adulte- pour déterminer si celui-ci en a hérité. Mais quelle
mesure faut-il alors prendre ? Certains maladies héréditaires ne se
manifestent pas avant l'âge mûr. D'autres comme la mucoviscidose, ont des effets
dès la naissance. Faut-il interrompre la grossesse ? Dans la négative,
faut-il dire à l'enfant qu'il est atteindre de la maladie même si celle-ci est
incurable ? Les compagnies d'assurance ou les employeurs doivent-ils avoir
accès à l'information génétique de leurs clients ou de leurs salariés ? Si
l'interruption de grossesse paraît justifiée en cas de mucoviscidose, qu'en
est-il de l'hémophilie ? Et que faut-il faire si une maladie héréditaire
est liée à une caractéristique désirable telle que la créativité
artistique ? Qui décide de ces questions ? Où faut-il tracer la limite
et quelles garanties faut-il mettre en place ? "99(*)
On peut supposer qu'une consultation hospitalière de cardiologie se
déroulerait ainsi en 2005-2010 100(*) :
Jacques, 30 ans, dont le père est décédé brutalement à l'âge de
38 ans, décide d'aller à la consultation hospitalière spécialisée, lui
a-t-on dit, dans la recherche des causes de mort subite.
Depuis une
dizaine d'année la cardiologie a bénéficié des progrès de la génétique
moléculaire permettant la compréhension des bases moléculaires comme
l'identification des gènes morbides impliqués dans les arythmies et
cardiopathies héréditaires et susceptibles d'être à l'origine de mort subite.
Des consignes de vie et même une thérapeutique peuvent être envisagées.
L'interrogatoire médical de Jacques suggère l'hypothèse d'un syndrome de
QTnt-long congénital dans lequel 3 gènes codant des canaux ioniques sont
impliqués :
KvLQT 1 (gène majeur) HERG et SCN 5A,
respectivement logés sur les chromosomes 11, 7 et 3.
Un
génotypage en cardiologie mérite d'être envisagé pour vérifier s'il présente des
anomalies à l'ECG et/ou à l'échographie cardiaque et/ou des épisodes de
syncope.
L'avancée des connaissances et surtout le développement des
biopuces permettent, dans le cadre de cette consultation cardiologique, de
définir le statut de Jacques en terme, notamment, de risques de mort subite et
même de risques d'accidents coronariens.
Jacques ayant donné son
consentement, l'analyse génétique sera réalisée dans le cadre d'un bilan de
départ, devant tout signe clinique évocateur.
Un prélèvement de sang est
effectué et envoyé au laboratoire hospitalier d'analyses génétiques pour en
extraire l'ADN suivi de l'étude d'une batterie de gènes identifiés comme
responsables ou modulateurs d'une pathologie héréditaire cardiaque. Une ou
plusieurs biopuces permettront l'étude des gènes impliqués dans la myocardite
hypertrophique. L'analyse, entièrement robotisée, demandera moins d'une heure,
alors qu'avant il fallait plusieurs semaines ; Jacques peut revenir dans
48 heures. Il quitte le service avec un peu d'angoisse.
Les
résultats, sans être tout à fait rassurants, ne sont cependant pas trop
alarmants.
Le gène majeur KvLQT 1 est normal ; les deux
autres, HERG et SCN 5A présentant des altérations, et avec les données
révélées par l'étude familiale, invitent à la mise en oeuvre d'une thérapeutique
atténuée, accompagnée d'un suivi médical régulier. Une prescription adaptée de
bêtabloquants, dont l'effet bénéfique est connu depuis 1991, sera le seul
traitement préventif.
Une visite médicale en 2010 a été récemment
décrite dans une revue scientifique américaine101(*)
" John, un diplômé de l'enseignement secondaire âgé de
23 ans, [...] est en bonne santé mais fume un paquet de cigarettes par
jour depuis six ans. Assisté d'un programme informatique interactif qui prend en
compte les antécédents familiaux de John, son médecin note qu'il existe, du côté
paternel, d'importants antécédents d'infarctus du myocarde et que le père de
John est décédé à l'âge de 48 ans.
Pour obtenir des informations
plus précises concernant ses propres risques de contracter une maladie
coronarienne et autres maladies dans le futur, John accepte d'envisager
une série de tests génétiques disponibles en 2010.
Après avoir consulté
un programme informatique interactif qui explique les bénéfices et les risques
de tels tests, John accepte (et signe la déclaration de consentement éclairé) de
subir 15 tests génétiques qui fournissent des informations sur le risque de
maladies pour lesquelles il existe des stratégies préventives. Il s'oppose, par
contre, aux 10 tests supplémentaires concernant des troubles pour lesquels
aucune intervention préventive, validée cliniquement, n'est encore disponible.
Un prélèvement d'ADN réalisé au niveau de la joue à l'aide d'un
écouvillon, est envoyé pour analyse et les résultats sont retournés dans un
délai d'une semaine.
|
RÉSULTATS DES TESTS GÉNÉTIQUES CHEZ UN PATIENT HYPOTHÉTIQUE, EN 2010 | |||||
|
Condition |
Gènes concernés* |
Risque |
Risque pendant la | ||
|
Risque réduit : |
HPC1, HPC2, HPC3 |
0.4 |
7 | ||
|
Risque élevé : |
APOB, CETP |
2.5 |
70 | ||
|
* |
HPC1, HPC2, HPC3 |
sont les trois gènes pour le cancer de la prostate héréditaire. | |||
|
APOE |
est le gène pour l'apoliproprotéine E. | ||||
|
FAD3 et XAD |
sont des gènes hypothétiques pour la démence d'Alzheimer familiale. | ||||
|
APOB |
est le gène pour l'apolipoprotéine B | ||||
|
CETP |
est le gène pour la protéine de transfert des esters du cholestérol. | ||||
|
FCC4 |
est le gène hypothétique pour le cancer du colon familial. | ||||
|
APC |
est le gène pour polypose adénomateuse colique. | ||||
|
NAT2 |
est le gène pour le N-acétyltransférase 2. | ||||
La consultation suivante avec le médecin et une infirmière
spécialisée en génétique porte sur les conditions pour lesquelles le risque de
John diffère considérablement (par un facteur de plus de deux) par rapport à la
population générale. Comme la plupart des patients, ce dernier est intéressé, à
la fois, par son risque relatif et son risque absolu.
John est heureux
d'apprendre que les tests génétiques ne donnent pas toujours de mauvaises
nouvelles ; ses risques de développer un cancer de la prostate ou une
maladie d'Alzheimer sont réduits étant donné qu'il porte des variantes à faible
risque de plusieurs gènes dont on connaît le rôle dans ces maladies en 2010.
Cependant, John est inquiet quant aux arguments en faveur de ses risques
accrus de contracter une maladie coronarienne, un cancer du colon et un cancer
des poumons. Confronté à la réalité de ses propres données génétiques, il arrive
à ce moment crucial où il comprend qu'un changement dans son comportement en
matière de santé, tout au long de sa vie et basé sur la réduction des risques
spécifiques, est possible. Et il y a beaucoup à offrir. D'ici à l'an 2010, le
domaine de la pharmacogénomique se sera développé et un traitement médicamenteux
prophylactique basé sur la connaissance de John sur ses propres données
génétiques peut être prescrit de façon précise permettant de réduire son taux de
cholestérol et son risque de maladie coronarienne à des niveaux acceptables. Son
risque de cancer du colon peut être traité en démarrant un programme basé sur
une coloscopie annuelle à partir de l'âge de 45 ans, ce qui est dans son
cas une manière rentable de prévenir un cancer du colon. Le risque important de
développer un cancer des poumons lui apporte la motivation principale de
rejoindre un groupe de soutien composé de personnes exposées à un risque
génétique élevé de complications graves dues au tabagisme et il arrête de fumer
avec succès.
Les perspectives d'une médecine préventive individualisée
basée sur la génétique sont particulièrement passionnantes, car elle pourrait
apporter une profonde contribution à la santé humaine.
Cependant, pour
réaliser un tel projet, des protections efficaces contre le mauvais usage des
informations génétiques doivent être en place. Par ailleurs, un autre challenge
critique, sera qu'un nombre plus important de médecins, infirmières et autres
dispensateurs de soins devront bien connaître le domaine émergent de la
médecine génétique. "
Toutefois, l'utilisation des tests
génétiques mérite réflexion et précaution.
|
" - |
les tests génétiques ne sont et ne seront qu'une arme diagnostique de plus. Ils devront être utilisés en fonction des demandes des patients et des possibilités thérapeutiques ; |
|
- |
les tests génétiques posent et poseront des problèmes sociaux et éthiques majeurs (qui ne sont pas tous forcément nouveaux mais qui prennent là une sérieuse ampleur) ; |
|
- |
les tests génétiques seront d'autant plus mal utilisés qu'il y aura moins de politique de santé publique et d'éducation sanitaire. "102(*) |
|
Acides aminés : |
Molécules constituant les protéines. Il en existe vingt
(Alanine, Arginine, Asparagine, Acide aspartique, Cystéine, Acide
glutamique, Glutamine, Glycine, Histidine, Isoleucine, Leucine, Lysine,
Méthionine, Phénylalanine, Proline, Sérine, Thréonine, Tryptophane,
Tyrosine, Valine). |
|
Acides nucléiques : |
Macromolécules biologiques, supports de l'information héréditaire, ils portent les gènes. Il en existe deux types selon la nature du sucre qui rendre dans leur constitution :l'ADN (constituant des chromosomes) et l'ARN. Ils sont caractérisés par la succession -séquence- de nucléotides. |
|
ADN (acide désoxyribonucléique) : |
Molécule enroulée et repliée sur elle-même, composant
des chromosomes. Elle est composée de deux brins complémentaires, en
vrille l'un autour de l'autre. Chaque brin est une chaîne de
nucléotides. Brique élémentaire de l'ADN, un nucléotide est composé de
trois molécules : un sucre simple, un groupement phosphate et une
des quatre bases azotées que sont l'adénine, la guanine, la cytosine et la
thymine (A, G, C et T). |
|
Anticorps : |
Complexe de protéines produites par certaines cellules du sang (globules blancs) et dont la double fonction consiste, d'une part, à reconnaître et à fixer toute molécule " antigène " produite par un corps étranger, d'autre part, à activer d'autres cellules participant à la défense de l'organisme. |
|
ARN (acide ribonucléique) : |
Molécule très proche de l'ADN mais contenant le plus souvent un seul brin, formée d'un squelette phosphate et sucre ribose, le long duquel sont attachées des bases -adénine, ou cytosine, ou guanine, ou uracile- en séquence linéaire. |
|
ARNm (ARN messager) : |
Molécule d'ARN dont le rôle consiste à transmettre la séquence des bases d'un brin de molécule ADN, donc son code génétique, à la machinerie cellulaire qui fabrique les protéines. |
|
Apoptose : |
Dite aussi " mort programmée de la cellule ". Elle correspond à une sorte de mort douce de la cellule par implosion, qui ne cause pas de dommages à son environnement, contrairement à la nécrose, mort violente par explosion de la cellule. Le dérèglement de l'apoptose peut conduire à l'immortalisation des cellules normalement destinées à mourir, induisant ainsi la formation de tumeurs cancéreuses. |
|
Base : |
Molécule chimique azotée qui rentre dans la composition des nucléotides de l'ADN (adénine, guanine, cytosine et thymine) ou des ribonucléotides de l'ARN (adénine, guanine, cytosine et uracile). |
|
Chromosomes : |
Structures visibles lors de la division cellulaire, les chromosomes portent et transmettent les caractères héréditaires. Composés d'ADN et de protéines, ils portent les gènes. Chez les organismes eucaryotes (être vivants dont les cellules sont pourvues de noyaux), ils sont présents dans le noyau des cellules sous forme de paires homologues, chaque chromosome existant en deux exemplaires. L'espèce humaine en possède 23 paires par cellules. Les cellules sexuelles ne contiennent qu'un exemplaire de chaque paire. |
|
Gènes : |
Segments d'ADN portés par les chromosomes, ils conservent et transmettent les caractères héréditaires. Un gène est un élément d'information ; caractérisé par l'ordre dans lequel s'enchaînent les bases nucléiques, contenant les instructions nécessaires à la production dans la cellule d'un type précis de protéine. On dit qu'un gène " code " (pour) une protéine. Chez l'homme on évalue à près de 100 000 le nombre de gènes. |
|
Génome : |
Ensemble des gènes d'un organisme. Le génome d'une cellule est formé de tout l'ADN qu'elle contient. |
|
Molécule : |
La plus petite partie d'une substance chimique qui peut exister de manière indépendante ; les molécules sont composées d'atomes. |
|
Nucléotide : |
Motif de base de l'ADN comportant trois éléments chimiques : une des quatre bases azotées (A, C, G ou T), un sucre, le désoxyribose, et un groupement phosphate. Dans l'ARN le sucre est le ribose et la base qui remplace la thymine (T) est l'uracile (U). |
|
Oncogène : |
Type de gène impliqué directement ou indirectement dans la croissance et la division cellulaire et dont une mutation peut mener, en concertation avec d'autres oncogènes également mutés, au cancer. |
|
Plasmide : |
Petite molécule d'ADN circulaire qui se réplique indépendamment du chromosome principal de la bactérie. |
|
PCR ou RPC(" polymerase chain reaction ") : |
Amplification exponentielle d'une séquence d'ADN réalisée in vitro à l'aide d'une enzyme et de deux " amorces " délimitant les bornes de la séquence à amplifier. |
|
Protéine : |
Molécule complexe dont le squelette est formé par l'enchaînement d'acides aminés, et pouvant avoir des fonctions aussi variées que la catalyse (enzymes), la reconnaissance d'agents étrangers (anticorps) ou le transport d'énergie (globine associée au fer dans l'hémoglobine). |
|
Recombinant : |
Terme caractérisant une molécule d'ADN hybride formée à partir d'au moins deux fragments n'ayant pas la même origine, provenant soit de deux espèces différentes d'organismes, soit de deux fragments du même chromosome qui n'étaient pas adjacents à l'origine. |
|
Rétrovirus : |
Virus dont le génome est formé d'ARN et dont l'action particulière consiste à utiliser une enzyme forçant la cellule hôte à créer de l'ADN viral. Cet ADN viral sera alors capable de pénétrer dans le noyau de la cellule infectée et de s'intégrer aux chromosomes. Le virus du SIDA est un rétrovirus. |
|
Virus : |
Particule formée de matériel génétique entouré d'un manteau protéo-lipidique et programmé pour se multiplier à l'intérieur et aux dépens d'un hôte, bactérie ou cellule. On distingue les " virus à ADN ", dont le génome est formé d'ADN (les adénovirus en sont une espèce particulière), et les " virus à ARN ", dont le génome est formé d'ARN (les rétrovirus en sont un exemple). |
|
- Annexe n° I : |
Le problème du financement des nouvelles thérapies. Gilles JOHANET. |
|
- Annexe n° II : |
La vaccination par ADN nu. Rapport de la mission pour la science et la technologie de l'Ambassade de France aux États-Unis. Septembre 1999. |
|
- Annexe n° III : |
Réflexions de lecture du rapporteur : les dérapages possibles au cours de l'existence. |
|
- Annexe n° IV : |
Entretiens du rapporteur. |
|
- Annexe n° V : |
Lettre de saisine de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques |
ANNEXE N° IANNEXE N° I
LE PROBLÈME DU FINANCEMENT DES NOUVELLES THÉRAPIESLE PROBLÈME DU FINANCEMENT DES NOUVELLES THÉRAPIES
Intervention de M. Gilles JOHANET, directeur général
de la Caisse nationale d'assurance maladie, au colloque sur : " Les
conséquences de l'évolution des sciences biomédicales. Enjeux de santé et
réponses politiques ", organisé par le rapporteur le vendredi
12 mars 1999 au Palais du Luxembourg103(*).
2005 est la date convenue de l'achèvement du déchiffrage des séquences
du génome humain et de l'identification des 50 à 80 000 gènes qui le
constituent. Nous allons assister à l'irruption dans le système de soins de la
médecine génétique, actuellement encore discrète sinon modeste.
Nous
aurons ainsi une connaissance des quelque 5 000 maladies monogéniques
et nous pourrons identifier les gènes impliqués dans les maladies d'origine
polygénique. Ce sera l'avènement de cette fameuse médecine prédictive que nous
annonçaient Jacques RUFFIER et Jean DAUSSET, avec un champ immense de
possibilités diagnostiques et de thérapies géniques.
Cette innovation
pose des problèmes d'ordre financier pour les différentes activités génétiques
qui s'ouvrent à nous :
En ce qui concerne les pathologies
courantes, le diagnostic génétique introduit un risque de
" trop-plein " : pathologies courantes, bénéficiaires nombreux,
il y a donc un marché avec des entreprises qui l'ont déjà investi puisque nous
voyons arriver des kits de diagnostics génétiques. Cela pose deux problèmes,
celui des indications assurant la prise en charge et celui de la qualité.
Pour l'autre segment de l'activité génétique concernant cette fois
les pathologies orphelines, il est clair que le défi naît, au contraire, d'un
vide potentiel de la recherche. Se posent alors les questions, d'une part d'un
financement spécifique de cette recherche, du transfert et de l'activité
quotidienne, et d'autre part de l'information et du contrôle de la qualité.
À la réflexion, il me semble qu'appliqués à cette innovation majeure qu'est
la médecine génétique, les risques liés à l'extension du champ des soins et à
leur financement sont entièrement confondus avec les risques que nous courons à
poursuivre avec le système de soins actuel.
On peut distinguer quatre
risques potentiels :
Premièrement, des dépenses considérables liées à un
non-choix: on assiste à un financement de l'innovation sans redéploiement ;
le maître-mot de la politique française est depuis le 4 octobre 1945 " toujours
en plus, jamais à la place ".
Deuxièmement, des dépenses dont l'utilité
médicale serait " variable ", c'est-à-dire un trop-plein de tests, a
fortiori de thérapies, inappropriés dans leur essence comme dans leur
destination.
Troisième risque, des dépenses dont la mise en oeuvre
s'opérerait avec des inégalités considérables d'accès :
Inégalités d'ordre médical, liées à la pathologie elle-même une fraction
non négligeable des 5 000 maladies génétiques sont des maladies
orphelines pour lesquelles la population potentiellement bénéficiaire est
extrêmement étroite. Or une demande faible dans notre marché des soins est une
demande inexistante.
Inégalité d'ordre social, fondée sur les
critères classiques, producteurs d'inégalité croissante dans notre système de
soins, ou créée par un autre facteur de discrimination de la population qui est
l'inégalité du savoir (où sont les bonnes équipes, qui est vraiment
efficient ?).
Quatrième risque encouru : une mise en oeuvre de
ces nouvelles pratiques sans contrôle suffisant de la qualité.
Face à
ces risques, il me semble que l'on peut se poser cinq questions:
Premièrement, sommes-nous capables d'édicter des normes ?
Des normes de sécurité et de fiabilité des produits : on sait en
général le faire, même si c'est parfois tardif
Des normes
d'indication: qui doit être bénéficiaire ou non de la prise en charge, sachant
que dans ce domaine, les coûts sont tels que cette prise en charge est un
discriminant quasi absolu ?
Des normes d'agrément, de
référencement des laboratoires, voire des centres de soins, ce qui a été
introduit par les lois bio-éthiques.
Des normes de qualité. A
l'heure actuelle, s'agissant des laboratoires, les normes de qualité ne sont
financées et prévues que par le programme Biomed qui est un programme
européen ; la France a considéré jusqu'ici qu'elle pouvait se dispenser de
toute action dans ce domaine. Ce programme ne porte que sur quatre pathologies
-qui certes concernent un nombre important de patients, puisqu'il y a la
mucoviscidose, la myopathie de Duchenne, etc.-, alors qu'il existe
5 000 maladies monogéniques. De surcroît, le programme Biomed n'a pas
a priori vocation à être éternel. En définitive, sommes-nous capables
d'instaurer une transparence, condition d'une réelle qualité ?
Deuxième question : sommes-nous capables de rendre cette transparence
opposable ?
Sommes-nous capables, si nous instaurons des normes
d'agrément et de référencement, de ne pas financer les centres qui ne sont pas
agréés, ce qui serait dans nos pratiques assez innovant ? Sommes-nous
capables, si nous posons des indications de prise en charge, de les
respecter ? Quand je dis " nous ", je pense bien entendu à
l'assurance maladie mais aussi aux professionnels de la santé.
Troisième
grande et capitale question : sommes-nous capables d'assurer le financement
de cette activité nouvelle par redéploiement ?
Le déremboursement
de produits inutiles, et il est heureux de ce point de vue-là -et de ce point de
vue-là seulement- que nous ayons un vaste choix, est certainement l'une des clés
du progrès médical et social.
Quatrième question : en élargissant
quelque peu, peut-on imaginer et accepter des modes de financement et
d'organisation différenciés ?
S'agissant de la médecine génétique
appliquée aux pathologies courantes pour lesquelles il existe déjà une offre
prise en compte par le marché, s'agissant des actes et des diagnostics
stabilisés à moyen terme, il me semble tout à fait possible de financer ces
activités à l'acte.
S'agissant en revanche des activités liées aux
pathologies orphelines, le mode de financement actuel par dotation globale, avec
une intégration des laboratoires concernés dans les centres
hospitalo-universitaires, est parfaitement inapproprié. Ces laboratoires étant
spécialisés, ils ont une vocation et une attractivité nationales ; un
financement sur la base d'établissements voire même de régions, ne peut
manifestement prendre en compte qu'imparfaitement cette réalité. Sommes-nous
par conséquent capables de différencier deux modes de financement avec, pour les
pathologies rares, un réseau national constitué de laboratoires référencés et
bénéficiant d'un financement spécifique ?
Enfin, j'ai proposé trois
principes d'action pour épouser la modernité dans ce domaine : la
transparence, la sélectivité, la coresponsabilité. Peut-on imposer ces trois
principes d'action à la médecine génétique seule, tout en continuant d'en
exonérer le reste des activités de soins ?
ANNEXE n° IIANNEXE
n° II
AMBASSADE DE FRANCE AUX ÉTATS-UNIS
MISSION POUR LA
SCIENCE ET LA TECHNOLOGIE
LA VACCINATION PAR " ADN NU "LA VACCINATION PAR ADN NU
Septembre 1999
Rapport de synthèse de la Mission aux États-Unis des
Professeur Patrice DEBRÉ, professeur d'immunologie, Hôpital
Pitié-Salpêtrière, Paris ;
Dr Bernard CHARLEY, directeur de
recherche INRA, Jouy-en-Josas ;
Dr Lucyna COVA, directeur de
recherche, INSERM, Lyon
|
Accompagnés de : |
- Stéphane ROY, attaché pour la science et la technologie (San Francisco) ; |
|
- Wahid BAKOUCHE, attaché pour la science et la technologie (Washington). |
Préambule
Ce rapport présente les résultats
d'une mission effectuée en juin 1999 sur la vaccination par " ADN nu "
dans le cadre d'une action de veille en Recherche et Développement dans le
domaine des biotechnologies aux États-Unis. Elle rassemble le contenu d'une
série d'entretiens réalisés en Californie et dans la région de Washington. Dans
certains cas, les données ont été complétées par des informations issues de
documents.
Elle présente les récents développements sur le thème de la
recherche sur la vaccination à " ADN nu " en analysant la situation
d'un point de vue scientifique tout en essayant de faire le point sur la
stratégie des entreprises de biotechnologies et leurs interactions avec le monde
académique.
Cette mission s'est rendue dans les laboratoires
suivants : Chiron Corporation, Emeryville, Californie ; Dynavax
Technologies Corp., Berkeley, Californie ; Center for Comparative Medicine,
University of California à Davis, Californie ; Vical, San Diego,
Californie; et Agricultural Research Center, United States Department of
Agriculture, Beltsville, Maryland.
INTRODUCTION
I.
STRUCTURES VISITÉES
1. Chiron Corporation.
2. Dynavax
Technologies Corporation
3. Center for Comparative Medicine, University
of California à Davis
4. Vical Inc.
5 Agricultural Research
Service, USDA
6 Maxygen
II. APPRÉCIATION DE LA SITUATION AUX
ÉTATS-UNIS
1. Optimisme des interlocuteurs
2. Approche
thérapeutique ou préventive
3. Essais cliniques chez l'être humain
4. Importance de l'approche vétérinaire
III. DÉFIS À RELEVER
1. Augmentation de la réponse immunitaire
2. Ciblage des
cellules cibles
3. Aspects réglementaires
IV. STRATÉGIE DES
ENTREPRISES DE BIOTECHNOLOGIE
1. Nombre limité de sociétés de
biotechnologies
2. Vical et ses partenaires
3. Approche de
Chiron
V. CONCLUSIONS
INTRODUCTION
Le marché de
l'immunothérapie et de la vaccinologie est devenu très compétitif et très vaste
dans la diversité des maladies ciblées (cancer, maladies infectieuses,
neurodégénératives...). Les sociétés de biotechnologie et les grands groupes
pharmaceutiques cherchent à produire des vaccins plus efficaces. D'ores et
déjà, de nouvelles technologies permettent :
1. de développer de
nouvelles méthodes de préparation ;
2. d'envisager de nouvelles
cibles et
3. d'administrer ces vaccins différemment.
Le principe
de la vaccination par " ADN nu " date d'une découverte inattendue
faite en 1989 et publiée dans Science104(*).
Une simple administration de plasmides contenant des séquences d'ADN codant
pour des protéines permettait la pénétration de l'ADN dans les tissus et
résultait en son expression in situ. L'expression d'une protéine étrangère codée
par de l'ADN injecté dans les cellules d'un tissu a provoqué une réponse
immunitaire. Cette nouvelle propriété a très vite semblé offrir de grandes
opportunités pour les vaccins thérapeutiques ou prophylactiques et révolutionner
la vaccinologie aux États-Unis.
Dans le cadre de son action de veille
dans le secteur des biotechnologies, la Mission pour la Science et Technologie
aux États-Unis a choisi le thème de la vaccination par " ADN nu ".
Faisant appel à des experts français, cette étude a pour objet de mieux faire
connaître la situation américaine, de déterminer ses tendances en recherche et
développement et d'analyser la faisabilité de cette approche en vaccinologie.
Dans cette optique, cette mission d'étude a consisté à la visite de
centres de recherche privés ou académiques, différents par leurs centres
d'intérêts, leurs préoccupations et leur degré d'implication. Cette note est le
résultat d'entretiens avec des Chief Executive Officer (CEO), des Chief
Scientific Officer (CSO), des Directeurs de recherche et des Professeurs
d'Université.
Dans un premier temps, nous présentons les différents
laboratoires choisis et visités, puis nous analysons la situation aux États-Unis
à la fois sur le plan scientifique et stratégique avant de donner quelques
éléments sur le paysage des sociétés de biotechnologies impliquées dans cette
approche.
I. STRUCTURES VISITÉES
1. Chiron Corporation.
Personnes rencontrées :
Margaret A. LIU, MD,
vice-président, Vaccines and Gene Therapy Research ;
Jeffrey
B. ULMER, Ph. D., Director, Vaccines Research ;
John
J. DONNELLY, Ph. D., Director, Vaccine Research.
Société de
biotechnologie de grande importance, Chiron a été fondée en mai 1981 à
Emeryville, à proximité des Universités de Californie à Berkeley (UCB) et à San
Francisco (UCSF) par William RUTTER et son ancien élève Edward PENHOET. Devenue
publique en 1983, Chiron multiplie les accords de coopération en recherche et
développement pour pouvoir croître. C'est en 1988 qu'a lieu l'identification du
virus de l'hépatite C. Cette découverte ouvre la voie à la fabrication de
tests et à la réalisation de vaccins et de traitements. Après de multiples
rachats (Cetus en 1991, etc.), l'entreprise devient très vite un groupe
biomédical à l'expertise reconnue. Chiron emploie environ 7000 personnes
dont 1 500 sur le site d'Emeryville. Implantée sur l'ensemble des
États-Unis et de part le monde, Chiron a pour ambition d'être la première
entreprise de biotechnologie dont la création de produits transformera la
pratique de la médecine. En 1998, ses bénéfices se sont montés à
220 millions de dollars.
Chiron est actif dans trois grands secteurs
de l'industrie de la santé : les diagnostics, les vaccins et les
biothérapies. La recherche et développement de Chiron se concentre sur la
thérapie génique, les vaccins, la génomique et la découverte de nouvelles
molécules thérapeutiques.
Chiron a clairement misé sur l'approche
d'immunisation par " ADN nu " dans le cadre de sa politique de R&D
en vaccinologie. Les recherches dans ce domaine portent essentiellement sur les
différentes modalités de cette technologie :
- mécanismes
fondamentaux, présentation antigénique, intégration de l'ADN ;
- ciblage de l'antigène aux cellules dendritiques (recrutement à l'aide de
chimiokines) ;
- tentatives pour éviter la dégradation de
l'ADN (digestion par nucléase) ;
- approche par
électro-incorporation in vivo pour en augmenter l'intégration cellulaire.
Cette compagnie se focalise sur deux applications essentielles : le VIH
(virus de l'immunodéficience humaine) et l'hépatite C. Un groupe d'une
quinzaine de personnes travaille aujourd'hui sur le sujet de la vaccination par
" ADN nu ".
2. Dynavax Technologies Corporation
Personnes rencontrées :
Dino DINA, M.D., President &
Chief Executive Officer ;
Joseph EIDEN Jr., M.D., Ph. D., Vice
President, Research and development ;
Gary VANNEST, Ph. D.
Dynavax a été fondée en 1997 par les Professeurs Eyal RAZ et Dennis
CARSON de l'Université de Californie à San Diego en association avec le
Professeur Lawrence LICHTENSTEIN du John Hopkins School of Medicine à Baltimore
(Maryland). Les docteurs CARSON et RAZ sont les co-découvreurs des séquences
immunostimulatrices qui forment la base de la technologie développée par
Dynavax. Dynavax est une société privée qui ne possède pas encore de revenus.
Elle emploie 22 personnes et finance la recherche de 9 chercheurs à
l'université de Californie à San Diego.
Ce groupe qui avait parié sur
l'utilisation de la vaccination par " ADN nu " (5 brevets
déposés), en particulier dans ses applications pour l'asthme et l'allergie,
s'est aujourd'hui reconverti vraisemblablement à cause des prises de brevets par
les autres compagnies de biotechnologies, de l'absence d'applications à très
court terme et des aspects réglementaires encore inexplorés. Dynavax a choisi de
s'intéresser aux séquences d'ADN immunostimulatrices (ISS) en tant qu'adjuvant.
Dynavax espère pouvoir avoir deux de ses candidats de séquences
immunostimulatrices en phase I d'essais cliniques en 1999.
3.
Center for Comparative Medicine, University of California à Davis
Personnes rencontrées :
Steve W. BARTHOLD, DVM,
Ph. D., Professeur Directeur ;
Paul L. UCIW, Ph. D.,
Associate Professor ;
Gary RHODES, Ph. D. Associate
Professor ;
Philippe LENA, Ph. D., Assistant Research.
Au cours de cette journée, une table ronde avait été organisée et les
personnes suivantes sont intervenues : Professeurs Murray GARDNER,
Marta MARTHAS, Peter BARRY, Chris MILLER et Mike McCHESNEY.
Le Center
for Comparative Medicine (CCM) est un centre de recherche et d'enseignement
spécialisé dans l'étude de la pathogénie des maladies infectieuses communes aux
animaux et aux humains. Le CCM regroupe 13 chercheurs choisis à l'école de
médecine et à l'école vétérinaire. Le CCM veut développer une activité de
recherche intégrée au modèle animal entier. De ce fait, le CCM jouxte le
" California Regional Primate Research Center " (CRPRC), centre de
primatologie unique au monde et se trouve a proximité du " Targeted
Genomics Laboratory " (TGL). Le TGL a pour but de créer et maintenir une
collection de souris transgéniques, utilisées pour étudier l'origine génétique
et le développement de certaines maladies. Le CCM est né de la volonté d'un
groupe de chercheurs dans la perspective de regrouper la thématique de la
pathogénie des maladies infectieuses pour générer des collaborations et des
projets de recherche communs et de devenir un centre d'excellence de la
recherche en biologie intégrée à l'animal entier.
Le programme de
vaccination par " ADN nu " a débuté en 1995 avec l'arrivée de Gary
RHODES, ancien employé de Vical. Cette visite a permis de noter plusieurs
applications des vaccins par " ADN nu " notamment pour des
applications vétérinaires dans le domaine du FIV105(*)
et du SIV106(*).
Les résultats (éventuellement encourageants pour le FIV) nécessitent cependant
largement d'être complétés avant que l'on puisse en tirer de réelles données,
notamment sur l'avantage de cette technique par rapport aux vaccinations
classiques en matière d'efficacité. On a eu l'impression que même au sein de
cette structure universitaire importante, qui possède un des plus grand centre
des primates (CRPRC), les équipes impliquées dans le développement du vaccin par
" ADN nu " sont petites et les résultats obtenus, bien
qu'encourageants, n'ont pas permis une démonstration claire. Ces travaux ne
reflètent pas de manière complète les progrès réalisés dans ce domaine aux
États-Unis. A titre d'exemple, les travaux présentés sur la vaccination des
macaques contre le SIV montrent un échec de cette approche au niveau
prophylactique, c'est-à-dire des difficultés d'induire une immunisation. Ceci
est en contradiction avec les résultats récemment publiés dans Nature Medicine
par la prestigieuse équipe de Harriet Robinson (Emory University, Atlanta) qui a
montré que le vaccin par " ADN nu " induit une immunité cellulaire
protectrice contre le SIV dans ce modèle. Il est donc très difficile d'évaluer
les progrès de recherche sur le vaccin à " ADN nu " en se basant sur
les travaux de Davis.
4. Vical Inc.
Personnes
rencontrées :
Jon A. NORMAN, Ph. D., Vice-President.
Research ;
Robert H. ZAUGG, Ph. D., Vice-President,
Business Development ;
Marston MANTHROPE, Ph. D., Executive
Director, Cell Biology ;
Seth D. GOLDBLUM, Director, Corporate
Development ;
Carl J. WHEELER, Ph. D., Director
Chemistry.
Vical a été fondée en 1987 pour travailler en recherche et
développement dans le domaine de la chimie des lipides. C'est en 1989 que leurs
travaux les ont conduit à découvrir que l'ADN nu injecté pouvait avoir un effet
immunologique et qu'ils ont déposé un brevet. Devenue publique en 1993, Vical
continue à collaborer avec de grands groupes pharmaceutiques pour l'utilisation
de la vaccination à " ADN nu " à usage thérapeutique. En 1998, Vical
avait des revenus de 8 millions de dollars et enregistrait toutefois une
perte de 7,5 millions de dollars. La compagnie emploie 101 personnes
au premier trimestre de l'année 1999.
Cette compagnie est certainement
une des plus avancées dans le domaine. Elle a donné en licence le brevet de la
technologie de l'immunisation par " ADN nu " pour la majeure partie
des pathologies pouvant être évoquées. A l'heure actuelle, les protocoles
concernent d'une part des essais en matière de vaccination anti-paludéenne en
corrélation avec le Naval Research Institute à Washington, d'autre part des
essais expérimentaux dans le modèle murin pour déterminer les meilleurs modèles
expérimentaux d'infection. Vical a par contre conservé en développement propre
l'utilisation des séquences d'ADN pour une approche d'immunothérapie du cancer.
Vical a ainsi 3 produits en essais cliniques: allovactin 7
(phase III), leuvectin (phase II) et vaxid (phase I).
Vical conserve aussi une activité de recherche fondamentale dans deux domaines
liés à l'injection d'ADN nu. D'une part, elle se concentre sur la délivrance de
protéines thérapeutiques à partir d'injection de gène nu, d'autre part elle se
focalise sur les processus de transfert de gènes en thérapie génique.
5. Immunology and Disease Resistance Laboratory, Agricultural Research
Service, USDA
Personnes rencontrées :
Joan
LUNNEY, Research Leader ;
Mark JENKINS, LPSI ;
Kang
Duk CHOI, LPSI ;
John and Rose HAMMOND, PSI.
Les chercheurs
rencontrés travaillent sur plusieurs maladies animales contre lesquelles ils
élaborent actuellement des stratégies de vaccination par ADN : maladies
parasitaires et virales des poules, des bovins, du porc. En matière de
vaccination contre les parasites protozoaires, des essais sont en cours contre
la cryptosporidiose bovine et contre les coccidioses aviaires : utilisation
d'ADN administré chez les bovins par voie intramusculaire ou intra-mammaire
(" gene-gun ")-,injection d'ADN autour des ganglions associés à la
glande mammaire (Mark JENKINS). Chez la poule, vaccination ADN par voie
intramusculaire avec un gène du parasite, en association avec un plasmide codant
pour l'IL-15 aviaire (Kang Duk CHOI). Chez le porc, des essais de
vaccination sont en cours contre une herpès-virose (maladie d'Aujeszky), ou
contre la toxoplasmose, avec de nouveau association de plasmides codant pour un
antigène, et de plasmides codant pour des cytokines porcines (J. LUNNEY).
Nous avons aussi rencontré, en marge de la vaccination par ADN, des
chercheurs travaillant sur l'utilisation de plantes recombinantes comme vecteurs
de vaccins (J. et R. HAMMOND).
6. Maxygen
Personne rencontrée :
Russell J. HOWARD, Ph. D.,
President et CEO.
Maxygen est une entreprise privée fondée en 1997 comme
spin-off de Glaxo Wellcome (Oxford, Angleterre) et d'Affymax (Santa Clara,
Californie) par Alejandro ZAFFARONI, Russell HOWARD, Isaac STEINER et Pim
STEMMER. Ce dernier, ancien employé d'Affymax, a développé le " DNA
shuffling " qui constitue la base de la technologie proposée par Maxygen.
Le " DNA shuffling " est une approche nouvelle basée sur le
" brassage " d'ADN de la même famille pour créer de nouveaux épitopes
qui pourraient être particulièrement intéressants pour des nouveaux vaccins. Il
est intéressant de noter que Robert WHALEN107(*)
vient tout juste de rejoindre Maxygen pour utiliser cette approche technologique
et développer de nouveaux vaccins par " ADN nu " avec comme objectif
d'augmenter la réponse immunitaire.
II. APPRÉCIATION DE LA
SITUATION AUX ÉTATS-UNIS
À partir de ces structures visitées (ce qui
ne constitue qu'un échantillon des recherches et applications industrielles en
cours aux États-Unis), il apparaît clairement que la stratégie de la vaccination
par " ADN nu " représente une approche qui, en 10 ans seulement,
a mobilisé et mobilise toujours nombre d'équipes académiques et de structures
industrielles. A titre d'illustration, le Keystone Symposium sur " DNA
vaccines : immune responses, mechanisms and manipulating antigene
processing " a regroupé plus de 300 personnes.
1. Optimisme
des interlocuteurs
Le fait qu'une entreprise de la taille de Chiron
investisse une part importante de ses efforts en vaccinologie sur la vaccination
par " ADN nu ", et de surcroît ait recruté toute l'ancienne équipe de
Margaret LIU chez Merck (Jeffrey ULMER et John DONNELLY) est à lui seul la
preuve que les principaux intervenants industriels dans ce domaine " croient "
en son succès. Le même enthousiasme par rapport à la vaccination par " ADN
nu " se retrouve bien évidemment chez Vical.
Les doutes principaux
tiennent cependant aux délais importants requis avant le stade de l'application:
une entreprise de petite taille comme Dynavax a de ce point de vue fait
l'analyse qu'elle ne pouvait pas se lancer, pour des raisons scientifiques
(méthode encore faiblement efficace) et par conséquent financières, dans des
recherches à long terme sur la vaccination par " ADN nu ". C'est pour
cette raison qu'elle a choisi une approche à plus court terme sur l'effet
immuno-adjuvant des plasmides eux-mêmes, et leur utilisation potentielle pour
lutter contre les allergies.
La plupart des interlocuteurs ont aussi
tempéré leur optimisme sur les chances de succès de cette approche, en faisant
le constat que la transposition des bons résultats, obtenus (et publiés) chez la
souris, à d'autres espèces animales, y compris les primates, posait des
problèmes : il est admis par tous que le pouvoir immunogène des vaccins par
" ADN nu " actuellement en cours d'étude est inférieur à celui des
vaccins classiques. Il est par conséquent essentiel d'augmenter cette
immunogénicité, par plusieurs approches (voies d'immunisation; méthodes
d'injection; association ADN puis rappel par la protéine ; électroporation
in vivo ; effet adjuvant de l'ADN lui-même, des séquences ISS ou
CpG ; formulation de l'ADN avec des adjuvants classiques; encapsulation de
l'ADN, administration de l'ADN par des vecteurs; utilisation de cytokines à
effet adjuvant co-administrées sous forme d'ADN...).
2. Approche
thérapeutique ou préventive
L'approche vaccinale (préventive) est la
plus classique et est surtout appliquée à la recherche de vaccins
anti-infectieux chez l'homme et l'animal. Toutes les étiologies infectieuses
sont concernées : virus, bactéries, parasites. Son efficacité protectrice
contre différents pathogènes a été clairement démontrée dans différents modèles
animaux. Bien que la protection obtenue ne soit pas supérieure à celle induite
par les vaccins recombinants, les vaccins à " ADN nu " ont de
nombreux avantages. Parmi les atouts principaux de ces vaccins on peut
citer :
- synthèse permanente d'antigène dans les cellules
qui permet une stimulation constante du système immunitaire ;
- induction d'une réponse non seulement humorale mais aussi
cellulaire ;
- modulation facile des vecteurs à base d'ADN,
ce qui est particulièrement intéressant dans le cas d'émergence des variants
d'échappement ;
- faible coût, car la préparation d'ADN est
peu onéreuse, et l'immunisation par "ADN nu" nécessite peu d'injections évitant
de lourdes et coûteuses procédures de synthèse et de purification des
protéines ;
- facilité de stockage (pas besoin de
réfrigération) ; cette approche vaccinale apparaît comme particulièrement
pertinente pour les pays en voie de développement.
L'efficacité
thérapeutique du vaccin à " ADN nu " est moins bien documentée. Outre
les perspectives anti-tumorales pour lesquelles une autre mission d'étude est
prévue, des approches thérapeutiques par utilisation de l'ADN sont en cours
d'étude. Un des avantages essentiels du vaccin génétique comme nouvel outil
thérapeutique pour les sujets atteints d'infection chroniques est l'induction
d'une réponse cellulaire via les molécules du CNOE de classe I. C'est un
atout majeur par exemple pour le traitement des hépatites B chroniques, car
les CTL induits par l'injection d'ADN nu peuvent reconnaître et lyser les
cellules hépatiques infectées. L'approche thérapeutique est utilisée également
pour le traitement d'allergie et de l'asthme par injection
d'oligodéoxynucléotides (ODN) immunostimulants (exemple ODN de
22 nucléotides) seuls ou conjugués chimiquement avec l'allergène
(Dynavax). D'autres possibilités d'utilisation thérapeutique de l'ADN concernent
l'injection intra-tumorale de plasmides codant pour l'IL-2 et pour une molécule
HLA de classe I (essais phase III chez l'homme), ou l'injection
répétée de plasmides codant pour l'érythropoïétine chez le chien âgé (Vical).
3. Essais cliniques chez l'être humain
Les premiers
essais cliniques chez les humains utilisant la vaccination par " ADN
nu " ont été effectués par PowderJect108(*)
en collaboration avec Glaxo Wellcome, pour la prophylaxie de l'hépatite B.
Les résultats prometteurs de protection efficace obtenus récemment pour
différents virus (influenza, VIH, HTLV I, HBV, Ebola, Cytomegalovirus,
HTLV, rage...) dans différents modèles animaux ont été à la base des premiers
essais de vaccination par " ADN nu " chez l'homme. Plusieurs essais de
vaccination par " ADN nu " sont conduits actuellement chez des
volontaires aux États-Unis; Influenza (John Hopkins University, Baltimore,
Maryland), malaria (en collaboration avec le Capitaine Steve HOFFMAN de l'U.S.
Naval Medical Research Center (Bethesda, Maryland) et Pasteur Mérieux
Connaught), hépatite B (University of Cincinnati, Ohio), VIH (University of
Pennsylvania à Philadelphie en collaboration avec Merck et Vical), Herpès
(University of Washington à Seattle)... Ce qui montre l'intérêt des autorités
américaines pour cette approche.
4. Importance de l'approche
vétérinaire
La facilité de préparation de l'ADN, le faible coût de
sa production, l'absence de danger et sa stabilité à la température, expliquent
que de nombreuses expérimentations aient été menées chez les animaux
domestiques, espèces cibles directes des vaccins ADN. Ces essais concernent
toutes les espèces animales domestiques (truites, oiseaux, mammifères) et tous
les pathogènes importants. Les structures académiques de recherche visitées (UC
Davis et USDA à Beltsville) ont des programmes de recherche sur la vaccination
par ADN chez les animaux domestiques, chaque équipe travaillant sur
" sa " maladie " préférée ". On retrouve les mêmes
tendances que dans les essais sur animal de laboratoire, sur primates ou chez
l'homme : besoin d'augmenter l'immunogénicité, par exemple par l'emploi
simultané de plasmides codant pour des cytokines (IL-15 chez le poulet contre
la coccidiose; plasmides codant pour diverses cytokines chez le porc contre la
toxoplasmose ou contre une herpèsvirose du porc) ; recherche des voies
optimales d'administration. Un accent particulier est mis sur la possibilité de
vacciner le jeune animal (vaccination néonatale), en présence d'anticorps
maternels, ce qui représente un net avantage de la vaccination par " ADN
nu " par rapport aux vaccins classiques protéiques (UC Davis).
La
situation des applications vétérinaires de la vaccination par " ADN
nu " est marquée au niveau industriel par le fait que la société Vical a
signé avec la société Mérial (fusion des activités Santé animale de
Rhône-Mérieux et Merck) un accord d'exclusivité limité dans le temps, au cours
duquel Mérial évalue les domaines d'application. Au terme de cette période,
Mérial devra définir les maladies et les espèces animales pour lesquels il aura
l'exclusivité de l'exploitation du brevet Vical.
III. DÉFIS À
RELEVER
1. Augmentation de la réponse immunitaire
Le besoin
évident d'accroître l'immunogénicité des vaccins ADN se traduit en termes de
pistes de recherche par :
- variations autour de la voie
d'administration (sous cutanée, intramusculaire, mucosale) et méthode
d'injection (seringue, systèmes sous pression avec l'exemple de Bioject ;
par le " gene gun " avec l'exemple de PowderJect®System) ;
- différentes présentations de l'ADN (en association avec des
microparticules, des acides gras; vecteur réplicatif type alphavirus;
association avec des adjuvants classiques (alun) ...) ;
- effets adjuvants de cytokines co-injectées sous forme plasmidique
(notamment GM-CSF en essai chez l'homme et les animaux domestiques) ;
- association vaccin " ADN nu " et rappel par l'antigène
protéique ;
- modification des séquences immunostimulantes du
plasmide lui-même ou injection simultanée d'oligonucléotides.
2.
Ciblage des cellules-cibles
Le constat qu'une part importante de
l'ADN injecté est perdu, dégradé par des macrophages résidents, et donc ne
transfecte pas suffisamment de cellules justifie la recherche de moyens
susceptibles d'augmenter in vivo la transfection des cellules musculaires
(injection intramusculaire) : utilisation d'un système à usage unique
d'injection et électroporation in vivo (Chiron).
3. Aspects
réglementaires
Personne rencontrée :
Imran KHAN,
Ph D., Bio-Trends International, Inc., Research Leader.
En médecine
vétérinaire, le correspondant de Biotrends International comme ceux de Vical en
relation avec Mérial considèrent qu'il n'y aura pas de frein majeur à
l'utilisation de l'ADN en vaccination des animaux, à certaines conditions:
absence de marqueur de résistance aux antibiotiques à l'exception du marqueur
kanamycine ; absence de diffusion du plasmide injecté, dans les organes
génitaux, le liquide séminal; absence d'insertion dans la lignée germinale.
En médecine humaine, les essais effectués par Vical ont donné lieu à une
approche soigneusement évaluée avant de soumettre le protocole expérimental à
la FDA (Federal Drug Administration).
IV. STRATÉGIE DES
ENTREPRISES DE BIOTECHNOLOGIE
1. Nombre limité de sociétés de
biotechnologies
Le nombre de sociétés de biotechnologies impliquées
dans la recherche et développement en vaccination par " ADN nu " est
assez limité. Outre les sociétés visitées, il est intéressant de noter que
PowderJect Vaccine Inc., a une activité très importante dans ce domaine en
utilisant sa plate-forme technologique d'injection PowderJect®. Ainsi au mois de
janvier 1999, PowderJect et Glaxo Wellcome (Oxford, Angleterre) ont étendu leur
collaboration sur la vaccination par " ADN nu " pour
l'hépatite B, le VIH, des maladies infectieuses et certains cancers. Cette
extension de la collaboration fait suite aux premiers résultats prometteurs des
tests cliniques pour le vaccin de l'hépatite B. Il semble aussi que la
compétition soit croissante dans le domaine de la vaccination par " ADN
nu ". En effet, de nombreuses sociétés de biotechnologies (Chiron, Vical,
Merck, PowderJect...) sont activement impliquées dans l'application de cette
approche et le domaine est couvert par des prises des brevets.
Compte
tenu que le domaine de vaccination par " ADN nu " dans l'état actuel
est largement couvert par des brevets et que le développement de nouvelles
approches requière un investissement important en recherche, on comprend que
des start-up, comme Dynavax et Apollon109(*),
ne soient pas très compétitives et préfèrent changer d'orientation. Par contre,
on note simultanément l'implication d'autres petites compagnies de
biotechnologie dans le domaine du vaccin à " ADN nu ", mais qui
proposent des stratégies très différentes. C'est le cas par exemple de Maxygen
qui veut commercialiser la technique de " DNA shuffling ".
Enfin, il est intéressant de noter qu'au cours de ces entretiens, les différents
acteurs impliqués dans la R&D sur la vaccination par " ADN nu "
aux États-Unis ont été très souvent " débauchés " par différentes
compagnies qui se sont offertes ainsi une expertise. Ainsi Dino DINA, CEO et
Président de Dynavax, était au préalable employé par Chiron Corporation depuis
1982 où il a dirigé le département Vaccins. Il a été remplacé par Margaret LIU
qui est à l'origine de l'alliance de Merk et de Vical. Enfin, le passage de Gary
RHODES (Professeur à UC Davis) de Vical au milieu académique a permis le
démarrage de cette activité sur le campus.
2. Vical et ses
partenaires
Vical a compris très tôt l'intérêt du développement de
la vaccination par " ADN nu ". Très rapidement Vical a couvert par les
brevets la vaccination par ADN pour les différents virus (VHB, VIH,
Influenza...), bactéries, parasites et cancer.
Vical a ensuite accordé
des licences à de grand groupes pharmaceutiques pour l'utilisation de sa
technologie d'immunisation par " ADN nu ". Dès 1991, Merck Research
Laboratories a obtenu une licence pour utiliser cette approche dans le
traitement des maladies infectieuses (pour HBV, HIV et HCV), et une stratégie
similaire a été adoptée pour Pasteur Mérieux Connaught. Mérial (à l'époque
Rhône Mérieux) a obtenu la licence de cette technologie pour des applications
vétérinaires en 1995. En 1997, Merck a repris une licence pour les maladies
cardio-vasculaires et Rhône-Poulenc Rorer pour les maladies neurodégénératives.
Tout dernièrement, en 1999, Pfizer vient de donner en licence la technique de
délivrance des gènes pour des applications en santé animale110(*).
Un accord de " cross-licensing " a été signé entre Dynavax et
Vical au début de l'année 1998 donnant l'accès aux technologies respectives des
deux partenaires. Ainsi, Dynavax a accès à certains brevets qui couvrent
l'immunisation par ADN dans le domaine des maladies de l'asthme et de
l'allergie. En retour Vical obtient l'accès à la technologie développée par
Dynavax pour l'immunostimulation de certaines séquences d'ADN pour utiliser dans
le domaine des maladies infectieuses et du cancer.
Enfin, Vical garde
uniquement la mise au point des vaccins pour les thérapies du cancer.
3. Approche de Chiron
La situation de Chiron est différente car
cette très importante société de biotechnologie a beaucoup investi dans le
vaccin à " ADN nu " contre HIV et l'hépatite C. Chiron a
" débauché " de Merck d'abord Margaret LIU et ensuite toute son équipe
avec des chercheurs de très haut niveau comme Jeffrey ULMER et John DONNELY qui
sont une référence dans le domaine d'immunisation génétique. Cependant, comme la
licence est détenue par Merck, le problème de rachat va être posé au moment de
la commercialisation du vaccin.
Sous la houlette de Margaret LIU, Chiron
a donc très nettement concentré ses efforts sur l'aspect technologique de la
vaccination à " ADN nu ". De l'avis même de nos interlocuteurs, une
telle approche est nécessaire pour d'une part augmenter l'efficacité de
l'immunisation et d'autre part contourner les brevets déposés par Vical qui
semblent verrouiller le marché. Le but est de résoudre les problèmes
technologiques afin d'utiliser cette approche vaccinologique pour différentes
maladies.
IV. CONCLUSIONS
Cette mission a permis de
montrer l'intérêt de cette technologie et son développement dans l'industrie des
biotechnologies. Tous les interlocuteurs s'accordent à dire que la vaccination à
" ADN nu " a de nombreux avantages dont la possibilité de
prédire/combattre les changements observés dans les souches de nombreux agents
infectieux et de présenter les antigènes sous leur forme native, la stabilité
de la réponse immunitaire, la simplicité de production en utilisant des
procédés de fermentation bactérienne, et la lutte contre l'immunosénescence
(activité développée par Pharmadigm Inc).
Cependant, cette méthode
demande encore à être comparée aux vaccins traditionnels, étudiés en matière de
stratégie vaccinale (technique " prime boost ") et des recherches dans
le domaine fondamental avant de pouvoir clairement définir sa place et son
avenir en vaccinologie présentative et/ou thérapeutique.
Cette mission a
aussi permis d'apprécier l'intérêt et l'enthousiasme des sociétés de
biotechnologies pour la vaccination par " ADN nu ". Le domaine est
très largement couvert par les brevets ce qui rend difficile l'émergence de
start-up, à l'exception de celles qui proposent des approches méthodologiques
innovantes. L'immunisation par " ADN nu " est considérée aux
États-Unis comme une approche d'avenir qui est en train de révolutionner la
vaccinologie et l'immunothérapie comme l'attestent des publications dans les
journaux de très haut niveau et des nombreux essais chez l'homme. L'appréciation
de la recherche dans le domaine fondamental est difficile en se basant sur les
structures académiques visitées et devrait être complétée par la visite des
laboratoires de pointe sur la côte Est.
ANNEXE N° IIIANNEXE N° III
Réflexions de lecture du
rapporteur :Réflexions de lecture du
rapporteur :
LES DÉRAPAGES POSSIBLES AU COURS DE L'EXISTENCELES DÉRAPAGES POSSIBLES AU
COURS DE L'EXISTENCE
De génération en génération, les informations contenues dans
le noyau, 2x23 chromosomes pour chacun de nous, sont les copies de celles
que possédaient notre ancêtre, l'Homo sapiens sapiens, modifiées
lors des recopiages, au fil des divisions cellulaires, en mal souvent, en bien
exceptionnellement.
Au cours de la vie de chacun, le patrimoine
génétique initial assure les renouvellements nécessaires aux remplacements des
cellules qui disparaissent normalement, qu'il s'agisse des cellules de la peau
comme de tous nos organes sauf en ce qui concerne le muscle cardiaque et le
cerveau. Ces deux organes, essentiels à la vie, ne bénéficient pas de ces
possibilités de renouvellement : leur usure provient de l'apparition, dans
la cellule, de facteurs capables d'engager l'apotpose cellulaire.
Il est
reconnu et admis que si des cellules germinales (blastes) sexuelles, (début de
la lignée ovocytaire ou au début de la lignée des spermatozoïdes) subissent une
altération du génome, cela peut donner une mutation ou une maladie transmise
génétiquement (trisomie 21)
Si ces cellules sont des cellules
germinales d'une lignée à renouvellement rapide (derme, lymphoblastes), la
mutation va créer une maladie à retentissement important puisqu'un seul blaste
malade sera le " père " de nombreuses cellules matures après multiples
division (cancers cutanés, leucémies). Ce système de renouvellement continue est
destiné à pallier une usure naturelle (peau).
Si ces cellules sont des
cellules très différenciées à renouvellement faible ou nul (neurones
myocardiocytes), le plus souvent cela aboutit à la mort de la cellule et à la
dégénérescence progressive de l'organe ; si cette destruction ou cette
erreur de retranscription du génome touche la partie codant le mécanisme de
division cellulaire (mécanisme inhibé dans l'exemple du neurone et du coeur), le
réveil de ces mécanismes peut provoquer la naissance d'une tumeur (cancer)
constitué d'une masse de filles de cette cellule qui n'aurait jamais dû
retrouver la capacité de se diviser.
L'apoptose est due à l'exécution du
message de leur mort que contiennent des cellules essentielles à la vie. C'est
probablement une partie du génome qui est réprimée (cachée à la rNa
transcriptase pendant la vie cellulaire) : à un moment donné, il va être
exprimé donnant naissance à des protéines toxiques entraînant l'autodestruction
de la cellule. L'apoptose est un phénomène cellulaire autonome, ce n'est pas une
attaque extérieure de la cellule. Elle serait donc autoprogrammée pour se
détruire.
Il y une organisation duale des données génétiques. Ce sont
les allèles : un gène de prédisposition à une longue vie (gène du
centenaire) serait aussi porteur d'une prédisposition à l'infarctus du myocarde
vers 40 ans. Lequel sera dominant ? et pourquoi ? Les conditions
de vie contribuaient-elles à la victoire de l'un ou de l'autre ?
Même si la réalité n'est pas aussi simple , il n'en reste pas moins que des
transformations passagères, plus ou moins durable, peuvent devenir
transmissibles et rompre, modifier l'équilibre initial ; des maladies
peuvent apparaître sans pour autant être automatiquement transmissibles.
" Un pourcentage élevé du potentiel génétique humain reste
silencieux. L'expression des gènes est régulée de façon physiologique en
réponse à des facteurs externes (condition de nutrition, stress variés,
infection virales etc.) ou internes (mutations, actions hormonales) lors de
processus tumoraux ou au cours du vieillissement.
Que sait-on de
l'organisation du noyau, des compartiments nucléaires où s'activent ou bien se
répriment les gènes, se maturent les ARN, s'assemblent les ribosomes,
s'organisent l'import et l'export des ARN et des protéines ? Ces questions
relevant de l'architecture du noyau vont devenir de plus en plus essentielles.
La cellule contient des horloges internes (cyclines et protéines kinases
qui régulent le cycle cellulaire, les télomères qui régulent le nombre de
cycles, des programmes d'apoptose et de vieillissement, qui régulent la survie
cellulaire).
Connaître la fonction des gènes est une tâche de grande
ampleur et d'importance, car cette connaissance constitue la base d'une
physiologie intégrée. On sait que les grandes fonctions de base et les
machineries cellulaires sont conservées de la levure de bière à
l'homme ". (D'après M. YANIC et A. SENTENAC Rapport
Académie des Sciences).
Une autre source de modification se produit
lors de l'appariement des chromosomes d'origine maternelle et d'origine
paternelle, intervenant 18 heures après la fécondation et aboutissant à la
formation du zygote ; nous avons tous la même quantité de
" livres " dont le sujet est imposé à tous : contribuer à la
naissance d'un être humain complet. Mais chacun des parents n'apporte pas
exactement le même texte sur le même sujet ; par exemple le père donne la
recette des yeux bleus, la mère peut être sans projet ou apporter celle des
yeux marrons, recette dominante qui s'imposera aux yeux bleus. Pour avoir les
yeux bleus, il faut soit que les parents aient tous deux la recette des yeux
bleus, soit que la mère n'ait pas de recette ou porte une recette illisible.
Enfin la " consommation constante " des protéines finalement
éliminées après usage sous forme d'urée, exige leur fabrication également
constante : au cours de celle-ci des incidents, des erreurs peuvent
apparaître ; comme dans le fonctionnement d'une automobile se dégrade par
usures ; des incidents, des accidents, des maladies, non transmissibles,
peuvent, chez les êtres vivants, se manifester au cours d'une existence.
1. Comme chacun, dans un dictionnaire, en connaissance des 26 lettres
alphabétiques, peut lire les mots utiles au langage des hommes entre eux,
comprendre le sens de chacun d'entre eux, selon sa place dans une phrase, dans
des ouvrages ou dans des discours, les généticiens, suffisamment expérimentés,
peuvent lire dans ce dictionnaire humain, le génome, à condition d'avoir la
connaissance des 24 lettres111(*)
de notre alphabet d'humain. Leurs places, leurs présences sur les gènes .donnent
un sens, un rôle, une activité particulière aux comportements de chacun de nous,
avec une particularité essentielle : chaque bibliothèque est propre à
chacun, même chez des jumeaux parfaits.
Malgré cette diversité certaine
entre les individus, les être humains ne reproduisent que des êtres humains se
ressemblant alors que dans le règne végétal et animal les différences
aboutissent à des espèces qui, entre elles, de l'arbre majestueux au pissenlit
ou à la violette, de l'éléphant au virus du SIDA, paraissent ne pas avoir un
génome initiateur commun, différent ,bien évidemment, entre celui du règne
végétal celui du règne animal.
2. La composition des éléments
constitutifs de l'être humain, l'ADN comme de tous les constituants des cellules
humaines, est connue ; leur origine est soit la chimie minérale soit la
chimie organique. Tout ce que les hommes créent, manipulent, reste cependant
inerte et sans avenir propre comme ces mêmes substances le sont dans le corps
humain. Les généticiens-biologistes ne savent pas les " mettre en
vie ", ne savent pas comment ces mêmes substances accourent dès la
naissance chez les êtres vivants comme dans le règne végétal et leur permettent
de croître puis de mourir
" Qu'est-ce que la vie ? Ce
problème s'est posé à l'homme depuis des millénaires, et malgré les immenses
progrès de la biologie, le statut du vivant, reste, quoi qu'on en pense,
toujours aussi incertain : les tentatives de réduction de l'organisme au
physico-chimique laissent toujours un résidu inexplicable, tandis que les
définitions du vivant hésitent entre la tautologie et l'irrationnel. L'étude du
vivant, contrairement aux autres sciences, ne peut se passer de l'idée de
finalité... Ni la finalité théologique ni la réduction de la vie à la matière,
ni les théories vitalistes n'apportent une réponse satisfaisante à l'énigme de
la finalité biologique. Quant à l'explication du rôle du hasard, même associé à
la sélection naturelle, une analyse probabiliste sérieuse montre qu'elle se
heurte à des difficultés insurmontables.
Le fait que la vie soit
compréhensible reste donc incompréhensible. C'est une leçon d'humilité pour la
raison, mais n'empêche pas la biologie de fonctionner et de
progresser "112(*).
Les hommes d'aujourd'hui restent pantois, le souffle coupé par
l'émotion, la surprise en découvrant cette merveille d'organisation minutieuse,
astucieuse dans ses moindres détails qui permet à l'homme d'assurer les
fonctions multiples et diverses de son esprit, de son corps, de tous ses
organes ; ils en découvrent, en même temps les fragilités et les
possibilités de remédier à des conséquences qui peuvent être désastreuses. Ils
s'interrogent sur son origine et craignent de n'en point trouver une explication
satisfaisante. Les uns se réfugient dans la tranquillité d'un créateur
omnipuissant, omniscient, d'autres acceptent une évolution depuis l'apparition
de la première cellule dans la soupe originelle après le big-bang ; ils
s'appuient sur les étapes connues depuis l'Homo erectus jusqu'à
l'Homosapiens sapiens ou sur les évolutions des plantes comme les
angiospermes
ANNEXE N° IVANNEXE N° IV
ENTRETIENS DU RAPPORTEUR ET PARTICIPATION À DES COLLOQUESENTRETIENS DU RAPPORTEUR ET PARTICIPATION À DES
COLLOQUES
Le rapporteur a été reçu, le 15 juin 1999 par M. Claude ALLÈGRE, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie et le 29 juin 1999, par M. Bernard KOUCHNER, secrétaire d'État à la Santé.
|
24/09/1998 |
Centre de recherche de Synthélabo à Bagneux.
Visite organisée par le Syndicat national de l'industrie
pharmaceutique : |
|
06/10/1998 |
- M. F. Sauer, directeur exécutif de l'EMEA (European Agency for the Evaluation of Medicinal Products). |
|
12/10/1998 |
" Les inventions biotechnologiques : protection et exploitation ". Colloque organisé par l'Institut de recherche en propriété intellectuelle Henri-Desbois en collaboration avec l'Académie de droit européen de Trèves. |
|
13/10/1998 |
" Publique et privée, quelles conditions pour une recherche commune ? ". Cercle institutionnel Rhône-Poulenc Rorer. |
|
16/10/1998 |
" Les médicaments de demain ". Colloque organisé par le Conseil de l'ordre des pharmaciens. |
|
25/11/1998 |
- M. F. Meyer, directeur général de la recherche. Rhône-Poulenc Rorer. |
|
27/11/1998 |
" Économie-santé " IVe forum international de la gestion de la santé organisé par le groupe " Les Échos ". |
|
10/12/1998 |
- Dr O. Amédée-Manesme, directeur des affaires scientifiques, pharmaceutiques et médicales. Syndicat national de l'industrie pharmaceutique. |
|
15/12/1998 |
Petit déjeuner de presse :
|
|
16/12/1998 |
- Pr J.-L . Salzmann, professeur des universités, praticien hospitalier à l'UFR-SMBH de Bobigny ; co-fondateur de la société Génopoïétic. |
|
21 et 22/01/1999 |
Déplacement à Lyon : |
|
27/01/1999 |
- M. B. Tocqué, président directeur général de la société ExonHit Therapeutics. |
|
10/02/1999 |
- Dr F. Thomas, société Bioserve. |
|
11/02/1999 |
Déplacement à Strasbourg : |
|
17/02/1999 |
- Mme G. Berger, directrice du département bio-ingénierie au ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie. |
|
09/03/1999 |
- Pr. A. Revol, professeur émérite à l'université Lyon I, biologiste honoraire des hôpitaux de Lyon. |
|
11/03/1999 |
Réunion à l'Académie des sciences pour l'étude du pré-rapport " Développement et applications de la génomique - L'après-génome ", sous la présidence du professeur François Gros, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. |
|
12/03/1999 |
Colloque organisé par le rapporteur au Palais du
Luxembourg sur : " Les conséquences de l'évolution des
sciences biomédicales : enjeux de santé et réponse
politiques " avec la participation de :
|
|
16/03/1999 |
- Dr P.-H. Gouyon, professeur de génétique à l'université de Paris-Sud-Orsay. |
|
19/03/1999 |
Visite du Génopôle d'Évry : |
|
28/03 au 02/04/1999 |
Déplacement aux États-Unis : |
|
Boston : | |
|
Philadelphie : | |
|
San Francisco : | |
|
16/04/1999 |
Déplacement à Grenoble : |
|
05/05/1999 |
- Pr. D. Strosberg, vice président de la
Société Hybrigenics et vice-président de l'association France
Bio-Tech ; |
|
18/05/1999 |
- Pr. B.-P. Roques, membre de l'Académie des sciences, directeur de l'unité de pharmacochimie moléculaire et structurale (Paris V). |
|
03/06/1999 |
Déplacement à Lille : |
|
01/07/1999 |
- M. Capdeville, président de la Fédération nationale des syndicats pharmaceutiques. |
|
01/07/1999 |
- M. J.-R. Fourtou, président directeur
général de Rhône-Poulenc |
ANNEXE n° V : Lettre de saisine de l'OfficeANNEXE n° V : Lettre de saisine de l'Office

1P. KOURILSKY, Préface " Des gènes
aux protéines ". Bibliothèque Pour la Science, diffusion Belin.
2 Catherine VINCENT. Le Monde. Numéro spécial :
Le Siècle.
3 Oui 2. Denoël. 1971.
4 Adénine, Thymine, Guanine, Cytosine.
5 Le Séquençage. Document fourni par le
Centre national de séquençage.
6 Le
Monde - 3 juin 1998.
7 Cf.
entretien du rapporteur avec M. Manfred ZORN. Center for bioinformatics and
computational genomics. Université de Berkeley, Californie. 2 avril 1999.
8 Le Monde. 24 mars 1999.
9 Le génome des organismes eucaryotes tels que les
plantes, les animaux, les champignons, les levures, est protégé par une membrane
à l'intérieur du noyau de la cellule.
10
Jean WEISSENBACH. ENA Mensuel n° 285.
11
Françoise FOURY. Revue Gène. 195.1.1997.
12 ENA Mensuel n° 285.
13
Pierre CASELLAS, Directeur du centre d'immunologie de Sanofi Recherche à
Montpellier.
14 Fiche
" Informatique et séquençage ". Génoscope.
15 Laboratoire d'électronique, de technologie et
d'instrumentation.
16 PCR :
Polymerase chain reaction ou réaction de polymérisation en chaîne. Ce
procédé permet de copier en grande quantité une séquence quelconque d'ADN en un
temps très bref.
17 AMIGO :
Présentation générale - Février 1999. LETI/CEA.
18 AMIGO : Présentation générale - Février 1999. LETI/CEA.
19 La société Affymetrix a intenté un procès
à Incyte Pharmaceuticals et à Synteni. Elle est elle-même attaquée par Hyseq
pour deux de ses brevets...
20 J.
DANGOUMAU, Professeur des universités, praticien hospitalier, pharmacologie.
21 Cf. la thèse de Line BOUREL :
" Synthèse combinatoire appliquée à la découverte de nouveaux
médicaments ". Université de Lille. 1997.
22 Pour la science. n° 241 Novembre 1997.
23 Pour la Science. n° 241. Novembre 1997.
24 B. MERRIFIELD a reçu pour ces travaux le
prix Nobel de chimie en 1984.
25 André
TARTAR. Directeur de la CEREP. L'Usine nouvelle.Hors série. Novembre
1998.
26 Michel KACZOREK. Président de
Syntem. L'Usine Nouvelle.Hors série. Novembre 1998.
27 " Une nouvelle stratégie de recherche ".
Synthélabo.
28 " Quels
antibactériens pour demain ? ", J.-F. DESNOTTES. La
Recherche n° 314. Novembre 1998.
29 Rapport de l'OTA (Office of Technology Assessment). 1984.
30 Le kilobase (kb) est une unité de taille correspondant à
1000 paires de bases d'ADN. La taille moyenne d'un gène est de 1 à
2 kb.
31 La transduction est le
transfert de séquences d'ADN entre différents génomes par l'intermédiaire d'un
virus.
32 Séquences situées avant ou
après le gène proprement dit sur le filament d'ADN et impliquées dans
l'efficacité de la production des protéines.
33 Pr Alain FISCHER.
34 AFM.
Chronique des mille jours de la thérapie génique. N° 6. Novembre 1998.
35 Dr. LEBOULCH (Harvard Medical
School, Massachusetts) et Dr. BACHELOT (Centre Léon Bérard. Lyon).
36 Société Gencell RPR.
37 Chronique des mille jours de la thérapie génique. N° 3 mars
1998 ; AFM.
38 " Thérapie
génique : thérapie du gène et gène médicament ". Axel KAHN.
39 Source : www.wiley/genetherapy.com. Transgène
février 1999.
40 Source : L'Usine
nouvelle - Hors série - Mars 1999.
41
" Targeted gene correction : a new strategy for molecular
medicine ". S. YE, A. COLE-STRAUSS, B. FRANK,
E. KMIEC. Molecular Medicine Today. Oct. 1998.
42 Afp, 15 novembre 1998 - Comptes-rendus de l'Académie
des Sciences.
43 Note de presse :
CEA-INSERM - 30 mars 1998.
44 Les
cellules dendritiques sont des cellules spécialisées dans la présentation
d'antigènes.
45 " Immunité
antitumorale et perspectives d'immunothérapie ". Marina OSTANKOVITCH, Agnès
BUZYN, Sacha GNJATIC, Jeannine CHOPPIN, Jean-Gérard GUILLET (Laboratoire
d'immunologie des pathologies infectieuses et tumorales. INSERM, U 445.
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46 Le pistolet à gènes ou " gene
gun " est un appareil permettant de faire pénétrer, à l'intérieur des
cellules, l'ADN fixé sur des microparticules d'or.
47 Pour la Science. N° 263. Septembre 1999.
48 On appelle antigène toute molécule capable d'être reconnue
par le système immunitaire et de provoquer une réponse de ce système.
49 " Qu'apporte la connaissance du génome de
Helicobacter Pylori ? " Agnès LABIGNE, Peter JENKS, Véronique MAZARIN,
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52 Définition de la pharmacogénomique par le
Professeur George POSTE.
53 Tableau et
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54 Tableau et citation extraits et traduits de l'article " This
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55 J. DANGOUMAU, Professeur des universités,
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1999.
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80 Courrier
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L'Usine nouvelle. Hors série. Mars 1999.
82 L'Usine nouvelle. Hors série. Mars 1999.
83 Source : Association Alsace
Biovalley.
84 Elle devra être transposée
dans le droit national des États membres au plus tard le 30 juillet 2000.
85 Article 5 de la directive 98/44.
86 La protection juridique des inventions
biotechnologiques après l'adoption de la directive européenne. Laurence
TELLIER-LONIEWSKI. Gazette du Palais. 21 janvier 1999.
87 " Patent on gene fragments sends
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88 Déclaration d'Arthur HOLDEN,
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90 Washington Post. ST Presse de l'Ambassade de France.
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92 La chorée de Huntington est une
maladie neurodégénérative incurable. Elle débute en moyenne vers 40-50 ans,
provoquant des mouvements anormaux, des troubles du comportement, un démence et
la mort, au bout d'une quinzaine d'années.
93 Jeremy RIFKIN. Dossier Biofutur,. n° 181. Septembre 1998.
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96 R. COORSH.. Health Insurance
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97 SNP :
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98 La
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100 D'après les réflexions de Mme Claire RODRIGUEZ-LAFRASSE,
maître de conférences des universités, particien hospitalier en biochimie et
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102 Jacques Dangoumau, Professeur des universités, praticien
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103 Ethica.
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104 Wolff et
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105
FIV : feline immunodeficiency virus.
106 SIV : simian, immunodeficiency virus.
107 Ancien vaccinologiste du CNRS.
108 PowderJect Pharmaceutical a été fondée en 1993 pour exploiter
les recherches réalisées à l'Université d'Oxford (Angleterre) et se trouve basée
à Madison, Wisconsin.
109 Petite
start-up créée en 1992 en Pennsylvanie, Apollon n'a jamis réussi à devenir
publique. Son approche technologique rentrait en conflit avec les brevets de
Vical.
110 Cette collaboration s'élève
à 40 millions de dollars. Source :Bioworld Today.
26 janvier 1999.
111 4 bases
et 20 acides aminés.
112 Le
Paradoxe de la Vie. Francis Kaplan La Découverte. Janvier 1995.
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